RENCONTRE – Le photographe parisien Jonk parcourt le monde pour capturer les vestiges de lieux abandonnés : des usines, des châteaux, des églises, progressivement recouverts par la végétation au fil des ans. Avec Naturalia, Anatomy of Contemporary Ruins, un ouvrage rassemblant près de 200 photos, l’artiste nous invite à repenser notre rapport avec la Nature. 

Jonk, le photographe qui prend des photo de lieux oubliésUP le mag : Comment as-tu commencé à t’intéresser aux lieux abandonnés ? 

Cela fait une vingtaine d’années que je m’intéresse à l’art urbain et à l’univers des graffeurs. Cela m’a amené à découvrir de nombreuses friches industrielles et des entrepôts abandonnés dans les périphéries des grandes villes mais aussi en milieu rural. J’ai appris à aimer les atmosphères hors du temps de ces lieux oubliés. Je prends autant de plaisir à les explorer qu’à les photographier. Au fil des années, j’ai commencé à voyager dans de nombreux pays, à la recherche de ces endroits perdus.

J’ai été rapidement fasciné par l’impact du temps qui passe, en découvrant des anciennes usines, ou des anciens hôpitaux fermés depuis des décennies où la végétation a repris progressivement ses droits. Trouver ces lieux demande un énorme travail de préparation et de recherches. Ce sont de véritables expéditions, qui m’amènent parfois à marcher plusieurs dizaines de kilomètres dans la nature et à entrer dans des lieux interdits d’accès. Il y a donc une montée d’adrénaline car je prends potentiellement des risques. Ces dernières années, j’essaie d’être toujours accompagné dans mes expéditions. Je me sens vraiment comme un explorateur quand j’arrive dans ces endroits désertés par toute présence humaine. Il y a un esthétisme très particulier à ces lieux. Une forme de beauté silencieuse qui me touche particulièrement.

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Ton livre Naturalia rassemble 200 photos prises dans une trentaine de pays sur quatre continents. Quel message souhaites-tu faire passer avec cet ouvrage ? 

La nature trouve le chemin partout, dans des hôpitaux, des églises, des châteaux… Lorsque l’être humain abandonne ses créations, la nature les reprend et nous rappelle qu’elle peut effacer toute trace de l’Homme. En observant cela, cela m’a fait réalisé qu’il est peut-être temps d’arrêter de construire à outrance. Je me souviens d’avoir exploré un hôpital psychiatrique laissé à l’abandon en Italie depuis 1978. Aujourd’hui, une forêt a poussé dans les couloirs de cet établissement totalement délaissé. Le lieu n’a pas du tout été réutilisé. C’est une forme de gâchis. Je pense qu’il est urgent de redonner une seconde vie à ces lieux oubliés. La nature est plus forte que l’Homme et nous devons à mon sens la respecter davantage. Si elle continue à se croire tout-puissante, l’Humanité finira par disparaître. J’aimerais que mon travail éveille les consciences et inspire peut-être des comportements plus humbles face à la nature.

Quels sont tes projets dans les semaines à venir ? 

Je suis toujours impatient de plonger dans l’inconnu et, dès que c’est possible, je saute dans un avion pour poursuivre mes périples. J’aimerais beaucoup me rendre au Japon, explorer les traces de l’après Fukushima. En attendant de proposer une exposition photo de mon projet Naturalia, je continue également à partager mes photos d’art urbain. Parallèlement à la sortie de mon dernier livre Wastelands, qui relate le travail de 26 artistes de la scène street art dans des friches industrielles abandonnées à travers le monde,  j’organise une exposition à la galerie Artistik Rezo située 14 rue Alexandre Dumas, à Paris dans le 11ème arrondissement, qui se tiendra du 31 octobre au 1 décembre 2018. L’occasion de partager une partie de mon univers, et de faire voyager les gens dans des territoires où l’art est libre tout en leur proposer d’interroger l’impact du temps qui passe.

N’hésitez pas à découvrir le site de Jonk ici.

A découvrir aussi Naturalia, Anatomy of Contemporary Ruins aux éditions Carpet Bombing Culture (35 euros)


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