Climat : des maires français interpellent Total


DANS L’ACTU – Les maires de 13 collectivités en France et des associations demandent à l’entreprise Total de respecter son « devoir de vigilance » et de s’engager, elle aussi, dans la lutte pour préserver le climat. Ils se réservent le droit de poursuivre le géant pétrolier en justice.

Dans son dernier rapport, le 8 octobre, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a indiqué que, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°, ce qui aura déjà des conséquences très problématiques, il faudrait réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030. Autrement dit, le temps presse. De plus en plus de citoyens en sont conscients et se mobilisent sur le terrain. Des collectivités également, en s’engageant dans la transition énergétique. Mais cela ne suffira pas, si tout le monde ne s’y met pas, et en particulier les géants pétroliers. Tel est le message que veulent passer 13 élus de l’association Les Eco-maires et les associations Notre Affaire à Tous, Sherpa et ZEA, qui viennent d’interpeller Total sur le sujet.

Grace aux combats menés par des ONG, depuis juillet 2017, les grosses entreprises doivent respecter ce qu’on appelle un « devoir de vigilance », c’est-à-dire identifier et prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement qui peuvent résulter de leurs activités. Plus concrètement, elles doivent établir un « plan de vigilance » qui présente ce qu’elles mettent en place pour limiter leur impact. Or, selon ces édiles et ces associations, représentés par l’avocat Me Sébastien Mabile, le plan présenté par Total n’est pas à la hauteur des enjeux. Ils pourront donc, si Total ne corrige pas son plan, en 2019, engager une action en justice avec une mise en demeure.

Partager les responsabilités

Ces maires, issus de différents bords politiques, viennent d’un peu partout en France, mais sont tous engagés d’une manière ou d’une autre dans la préservation de la planète. Grande-Synthe, dans l’agglomération de Dunkerque, par exemple, suit la voie écologique depuis le début des années 2000 avec des cantines bio, 100 % d’électricité verte, de l’éco-pâturage ou encore des transports gratuits. La commune de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) a, elle, mis en place une régie municipale agricole, c’est-à-dire des terres cultivées en bio qui lui permettent d’alimenter ses cantines et crèches. Le village de Correns (Var) est, lui, énergétiquement autonome et s’alimente grâce à 4 000 m² panneaux solaires. Toutes ces actions reçoivent bien souvent le soutien des citoyens, qui plaident pour des politiques publiques favorables à la planète.

Eric Piolle, maire de Grenoble, explique la démarche :

Mais, pendant ce temps-là, Total, est présent dans 130 pays et figure parmi les 20 plus grands contributeurs d’émission de Co2 dans le monde. Le groupe affirme sa volonté d’afficher une croissance de 5 % par an d’ici 2022. Avec des conséquences sur toute la planète. « Notre ville voit défiler 400 000 véhicules par jour, elle investit beaucoup de moyens, par exemple, pour diminuer la consommation énergétique des bâtiments. Mais, à l’heure où les collectivités voient diminuer leurs dotations, Total fait 8 milliards de dollars de bénéfices », se désole Patrick Jarry, maire de Nanterre. « Dans notre ville nous avons actuellement beaucoup de coupures d’eau à cause de la sécheresse. Si tout le monde n’agit pas, on sera toujours en train de mettre des rustines. Les responsabilités doivent être partagées », estime Vanessa Miranville, maire de La Possession, à La Réunion.

« La société a besoin de coups de boutoir. La loi nous fournit des armes », résume Jean-Pierre Bouquet, président des Eco-maires et Maire de Vitry-le-François (Marne). « Les choix stratégiques des prochaines années des géants du pétrole auront des conséquences irréversibles ! Les entreprises du secteur de l’énergie doivent réorienter radicalement leurs politiques d’investissements. Et, en bref, cesser toute exploration d’énergie fossile et mettre fin à de nombreux projets actuels », souligne Marie Toussaint, présidente de l’association Notre Affaires à Tous. Et le temps presse, car si le réchauffement climatique n’est pas limité, « on risque de se retrouver face à une société violente », rappelle Alexandre Touzet, maire de Saint-Yon (Esonne).


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