EXTRAIT DU MAG – Le collectif marseillais Yes We Camp, composé d’architectes, d’urbanistes et d’artistes, s’appuie sur  l’intelligence collective pour réinventer l’art du vivre-ensemble dans des espaces urbains en transition.

Le Rêv café à Montreuil créé avec Yes we Camp

Le Rêv Café à Montreuil n’est pas tout à fait un café comme les autres. On peut très bien s’y installer, sans consommer et y bavarder entre voisins. Cet endroit convivial et solidaire, porté par l’association Yes We Camp, en partenariat avec les associations Quatorze et Remake, a été inauguré au printemps 2018.

Le lieu propose une programmation culturelle éclectique gratuite et une restauration à prix abordable, à base de produits locaux. Il ouvre aussi ses portes au monde associatif, comme nous l’explique Morgane Manscour, la coordinatrice du lieu : « Montreuil compte près de 3 000 associations. Nous mettons nos locaux et notre cuisine à leur disposition gratuitement pour leurs évènements. »

Le Rêv café est également le point d’ancrage d’une expérimentation et d’une réflexion collectives sur la transformation du quartier de la République à Montreuil. Repenser la ville et la façon de l’habiter font partie des missions des membres du collectif Yes We Camp. Depuis 2013, l’association explore de nouvelles façons de concevoir et d’utiliser l’espace urbain. L’aventure de Yes We Camp a démarré à Marseille. Alors que la ville, désignée capitale européenne de la culture, doit absorber un afflux conséquent de touristes, le collectif se voit confier la création d’un camping éphémère sur un terrain prêté par la mairie. « Nous avons construit une mini-ville en trois mois », se souvient Nicolas Détrie, directeur de Yes We Camp. Un défi relevé grâce à la l’implication bénévole d’architectes, de plombiers, de charpentiers et d’artistes.

Des laboratoires d’innovation sociale

Les grands voisins une expérience pour réinventer le vivre ensembleYes We Camp s’est aujourd’hui spécialisé dans le déploiement de projets d’urbanisme temporaires. Il prône l’écologie pratique et la micro-architecture. Depuis 2015, l’association est engagée aux côtés des associations Aurore et Plateau urbain dans l’aventure des « Grands Voisins » dans 14ème arrondissement de Paris. Le collectif a réaménagé l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, un espace de 15 000 m2 où cohabitent désormais des personnes vulnérables, des entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, des artistes et le grand public. Des réfugiés isolés en démarche d’insertion, des anciens sans domicile fixe et des jeunes en grande précarité sont hébergés aux Grands Voisins.

L’association Aurore accueille près de 600 personnes dans les centres d’hébergement créés sur le site. Le lieu est aussi ouvert au grand public et aux artisans qui ont installé leur atelier et leur boutique sur place. « C’est un véritable laboratoire de la mixité sociale. Notre objectif est de créer un espace qui facilite la rencontre et la proximité entre des populations qui n’ont pas l’habitude de cohabiter », explique Aurore Rapin, coordinatrice du projet. L’expérimentation devrait se poursuivre jusqu’en 2020 et permettra à la mairie de Paris de s’en inspirer pour les futurs grands projets d’aménagement urbain. « Nous sommes assez libres, cela nous permet de tester des choses. Notre mission est d’utiliser l’architecture et l’art pour faciliter les échanges et le lien social. »

Les Grands Voisins disposent aujourd’hui d’un restaurant de 250 m2 qui propose des produits issus des circuits courts. On y trouve aussi un espace de coworking, un atelier pour organiser des activités créatives, une boulangerie, un repair café, où il est possible de bricoler à prix libre et un atelier de construction dans lequel chacun peut venir contribuer à la maintenance du site. Des conférences et des concerts sont régulièrement organisés. La richesse et la diversité des propositions font de ce lieu un espace urbain atypique. L’association Yes We camp est actuellement engagée dans une dizaine de projets d’aménagement temporaire, dans le même esprit,  principalement en Île-de-France et à Marseille.

L’émergence de nouvelles formes d’urbanisme

« Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que les institutions nous écoutent et nous font confiance », relève Arthur Poisson, designer et membre du collectif Yes We Camp. La démarche des collectifs investis dans une autre manière d’envisager le vivre-ensemble par le prisme de projets urbains a commencé à éclore dès les années 70. La nouvelle génération d’ambassadeurs de l’urbanisme alternatif dont fait partie le collectif Yes We Camp séduit aujourd’hui les collectivités. La mairie de Paris a l’intention de s’appuyer sur le modèle des Grands Voisins pour amorcer la mutation du quartier de Bercy-Charenton dans les années à venir. Une vraie reconnaissance du travail de terrain des associations.

Il existe actuellement en France près d’une quarantaine de collectifs mobilisés sur les questions du vivre-ensemble et de l’habitat alternatif en milieu urbain et rural. À chaque fois, l’implication spontanée des citoyens et des professionnels, basée sur le partage de compétences, et les chantiers participatifs, contribuent à faire évoluer les modèles d’urbanisme.

Ces collectifs démontrent qu’avec des moyens limités, il est possible de créer des espaces publics partagés,  à moindre coût, grâce au réemploi, aux circuits courts et à l’intelligence collective. En travaillant sur des projets urbains dans des quartiers ou des espaces en mutation, ils bouleversent les codes et les schémas traditionnels. « Le caractère temporaire des déploiements portés par Yes We Camp crée une dynamique d’implication nouvelle, qui inverse la méthode classique de conception d’un projet. En partant du terrain, il faut aller vite, oser et se soucier davantage du processus que du résultat », conclut Nicolas Détrie.


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