INITIATIVE – Dans les environs d’Albi, Yann Roques et Alexandre Leuger, à l’origine du projet Silva, ont décidé de planter des milliers d’arbres pour créer une forêt. Pour y parvenir, ils ont lancé une campagne de financement participatif, sur Leetchi.  

« J’ai toujours voulu planter une forêt », explique Yann Roques, 29 ans et à l’origine du projet Silva (forêt en latin). Mais tout a vraiment démarré au festival de Cannes, au printemps dernier. Avec le cinéaste Alexandre Leuger, il y présente, en tant que co-auteur, le film Le sang des hommes libres. « Là, on a réalisé qu’on souhaitait faire quelque chose de totalement différent, qui a du sens, qui ne soit pas superficiel. Surtout, on avait envie de mettre en place un projet utile, nous précise Yann avec son accent chantant d’Albigeois. Faire un film, oui, c’est gratifiant, mais cela ne sert à rien. »

L’idée pour ce fils d’agriculteur qui a grandi « à la campagne » : revenir aux sources, sauvegarder la nature, les écosystèmes. « À la campagne, on voit les méfaits du climat, tout est pollué, dans les champs, les vergers, s’insurge l’archéologue de formation, ajoutant que l’activité humaine a « modifié la biodiversité ; les hirondelles, les mésanges disparaissent. Et encore ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Le sol, il faut voir comment il est appauvri. »

Planter des espèces diverses

Alors, pour faire leur part du colibri, tenter de redresser la barre à leur niveau, son compère et lui ont décidé de planter des arbres sur une propriété privée, près d’une ferme sur la commune du Garric dans le Tarn. Il s’agit en fait de recréer une forêt disparue dans les années 1870-1900. À la fin du 19ème siècle, le nombre de bois n’a jamais été aussi bas, mais, petit à petit, la France a replanté des espèces.  Résultat, explique Bernard Fischesser dans son livre La vie illustrée de la forêt : “La forêt occupe actuellement le double de la surface qu’elle couvrait en 1827 et autant qu’elle en occupait au Moyen Age.” Oui, réplique Yann, « mais le reboisement s’est fait assez mal, souvent une seule espèce a été plantée, et la biodiversité a diminué quand même ».

Du coup, les deux amis prévoient de planter de nombreuses espèces, et cela, à partir de novembre 2018. Certaines vont grandir assez vite, comme l’érable de Montpellier, d’autres prendront leur temps – « Le chêne, par exemple, atteint l’âge adulte après 80 ans. » Surtout, Alexandre et Yann développent leur projet dans un espace non ouvert au public, excepté durant la phase d’occupation du terrain – 3 ans – durant laquelle les porteurs de projet noueront des partenariats avec des écoles pour sensibiliser les enfants sur la reforestation.

Plus de forêt primaire en France

« Après cette phase d’entretien, de suivi et d’observation, nous laisserons cette « nouvelle » forêt se développer seule, elle sera autonome, explique Yann. Car il faut éviter que les gens y laissent des détritus après leur passage. Mais surtout qu’il y ait exploitation de l’espace vert par l’homme. » Exploitation ? « Il suffit qu’une personne coupe ne serait-ce quelques arbres pour qu’on considère que l’espace forestier est exploité, cela fragilise les écosystèmes. »

En France, il ne reste plus de forêt primaire, c’est-à-dire non exploitée par l’Homme depuis 10 000 ans (en Europe, une seule subsiste, en Pologne). Il n’y a quasiment même plus de ce qu’on appelle des forêts naturelles, c’est-à-dire qui n’ont pas été « modifiées » par les humains depuis un siècle (voire deux). « Et celles-ci ne concerne que 0,2 % des espaces forestiers en France : on n’en trouve plus que dans le Morvan, les Pyrénées et les Alpes. »

En attendant le début de la plantation, plus de 8 500 euros ont été collectés. Pour y participer, rendez-vous ici. Le réalisateur Alexandre Leuger filmera la phase de plantation et, en résultera, un film documentaire.

 


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