IMPACT DURABLE – Ce mois-ci, UP le mag, en partenariat avec Up Campus et la Mairie de Paris, vous propose de découvrir les initiatives qui créent au quotidien un impact écologique et social durable dans la capitale. A l’occasion de la fashion week, zoom sur les acteurs de la mode éthique. Rencontre avec Alice Gras, fondatrice de Hall Couture, un espace de travail partagé dédié à la mode responsable. 

D’où est venue l’idée de la création de Hall Couture ?

Quand je suis arrivée à Paris pour poursuivre mes études à l’école ESMOD, j’ai cherché des espaces de travail partagés avec des machines et j’ai réalisé avec surprise que ce genre d’endroit n’existait pas en région parisienne. Puis, pendant la 2ème année de mon master en école de commerce, fin 2014, j’ai créé Hall Couture avec deux associés, Renaud Attal et Jean Moreau. Au départ nous avons sous-loué un espace dans le laboratoire citoyen La Paillasse, ensuite nous sommes venus dans cet ancien loft. Le fait d’être seul pour avancer est assez pénalisant. D’où le nom « Hall », qui permet la rencontre et d’élargir ses horizons. Nous avons ensuite déménagé dans un local plus grand (au Viaduc des arts, dans le 12ème arrondissement de Paris) : nous sommes passés de 80 à presque 200 m².

Cela change quelque chose pour vous ?

Ce qui a changé, c’est que nous avons désormais un concept-store digne de ce nom, soit une véritable boutique ouverte tous les jours de la semaine de 10 à 19h, permettant aux résidents de montrer leurs créations au public, et à celui-ci de se rendre compte que l’on peut créer au niveau local.

En quoi votre démarche se veut-elle innovante et responsable ?

Ici, nous accueillons, en continu, 15 personnes à temps plein pour des résidences de six mois. Nous prenons en priorité des personnes qui ont vision de long terme pour leur projet, ouverts à l’idée de travailler en colocation et dans une démarche innovante. Par exemple, actuellement, la marque Sorato, propose des sacs fabriqués à partir de Kilims marocains, une forme de tissage traditionnel. La créatrice Kelly Miller créé, quant à elle, des perfectos à partir de cuirs issus de la Réserve des Arts (une association qui récupère des matériaux auprès d’entreprises culturelles, ndlr). Nous avons des partenariats avec des ateliers en Ile-de-France pour la création de petites séries, et l’entreprise Co-recyclage, qui récupère des rouleaux issus de grandes maisons, revendus à bas prix aux créateurs. Nous sommes aussi dans une démarche de circuit hyper court. Par exemple, actuellement dans notre showroom, la marque Les Mariées Fox propose des robes de mariée pouvant être portées à d’autres occasions, grâce à des retouches faites directement sur place.

Vous vous positionnez donc plutôt sur un certain niveau de gamme…

Je pense qu’on possède trop de vêtements, je ne suis pas la seule à le dire, les entreprises qui proposent des locations aussi… En même temps, les beaux vêtements durent dans le temps et on est content de les ressortir. Je me sens plus proche des créateurs qui prennent leur temps, qui côtoient un certain niveau de gamme, créent des pièces avec un niveau stylistique intéressant, des belles matières. Cela me semble plus intéressant que de voir tout le monde avec la même robe, puis une nouvelle la semaine suivante, pour finalement tout cela finisse à la poubelle… Il y a des nouveaux modèles à inventer, par rapport aux modèles de la fast fashion.

Quelles sont les solutions qui peuvent permettre de rendre la mode plus responsable selon vous ?

Un jour, j’ai entendu quelqu’un dire qu’« il y a assez de textile sur terre pour nous habiller tous pendant 100 ans ». Je suis persuadée que c’est vrai. Revaloriser les matières pour créer des collections, c’est ce que font par exemple Les Récupérables. Ensuite, il y a tous les concepts de location, qui permettent de réduire la pollution. Pour l’instant ce n’est pas dans les habitudes françaises, mais cela pourrait évoluer. Personnellement, j’achète une majorité de mes vêtements en friperies ou dépôt vente, je ne vais plus chez aucune marque de la fast fashion depuis plusieurs années. Et je vais une fois de temps en temps chez Ekyog (marque de mode écologique, ndlr). Je ne me considère pas comme un ayatollah de la mode durable mais le plaisir de la mode, on peut aussi le trouver avec un impact moindre.

Et la technologie, que peut-elle apporter à la mode ?

Lors de la création de la Fashion Tech Week, j’ai rencontré pas mal de personnes qui exploraient l’intersection entre technologie et mode. Inviter les gens à être plus créatifs, augmenter les savoir-faire plutôt que d’arroser le marché avec de nouveaux styles, cela va bien avec notre réflexion sur l’épuisement des ressources. Par exemple, la créatrice Lou-Anne Boehm a travaillé sur un prototype de vêtement éternel qui pourrait changer de couleur grâce à des encres thermochromiques. Mais tous les projets avec de la technologie ne sont pas forcément dans une logique de développement durable.

Pour que la mode change, il faudrait aussi que les consommateurs changent leurs habitudes. Qu’est-ce qui pourrait encourager cela ?

Je ne me considère pas comme différente de beaucoup d’autres gens donc si moi je peux changer, d’autres peuvent le faire… En même temps, je sais que c’est difficile car des grandes marques font croire qu’il faut toujours consommer plus… Mais les consciences évoluent progressivement, grâce à des outils comme les vidéos virales de Greenpeace, ou le mouvement Fashion Revolution et la campagne #WhoMadeMyClothes. À une période, il était facile de stigmatiser la mode durable car ses acteurs rejetaient l’idée même de tendance. Mais des marques ont su réinjecter du design dans la mode, ça a fait progresser le mouvement.

La mode éthique, c’est chic ! Ne manquez pas notre Up conférences coorganisé avec la ville de Paris, le mardi 2 octobre,au Panpiper, 2-4 Impasse Lamier, 75011 Paris à 19h15. Inscription gratuite. 

Nos invités :

–          Majdouline Sbaï, Sociologue et spécialiste de la mode éthique, fondatrice de l’entreprise « Après la chute », et auteure de « Une mode éthique est-elle possible ? »

–          Elsa Monségur ou Alice Merle, Co-fondatrice de la textilerie, un atelier dédié à la fabrication éco-responsable à Paris

–          Sébastien Kopp, Fondateur de la marque pionnière Veja

–          Damien Pellé, Directeur du Développement durable aux Galeries Lafayette qui s’est récemment lancé dans une démarche écoresponsable importante avec l’initiative « Go for good »


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