REPORTAGE – Plus de 1 000 opérations de nettoyage citoyen ont été organisées le samedi 15 septembre un peu partout en France. Environ 200 000 “cleaners” ont participé à l’événement. UP a naturellement suivi le mouvement, dans le 15e arrondissement de Paris.

La météo favorable a sans doute motivé les troupes. Samedi 15 septembre, dans le 15e arrondissement de Paris, près de 120 personnes, dont beaucoup de jeunes, ont zappé la Journée du patrimoine et du matrimoine, ou la demi-finale de Coupe Davis, pour la bonne cause : munis de gants et de sacs poubelles, ces citoyens engagés ont préféré nettoyer la planète et, plus précisément, la voie publique. À deux pas de la mairie du 15e arrondissement, les habitants ont répondu à l’appel de l’association World CleanUp day – France, qui a organisé plus de 1 000 opérations de nettoyage citoyen dans le pays ce jour-là. Pendant une heure trente, des équipes de 4 à 5 personnes sont parties à la chasse au déchet. Une expérience collective à laquelle nous avons participé.

Des objets insolites jetés dans la rue

Rapidement, le verdict de notre groupe tombe : impossible de tout ramasser dans les temps, tant les sacs plastiques se remplissent vite. Les mégots de cigarette, malgré l’interdiction en vigueur d’en jeter, sont partout, autour des arbres, près des portes d’entrée des immeubles, autour des bouches d’égout, et y compris sur les espaces verts. Surtout que, parfois, on en voit… à deux pas d’une poubelle.

Mais il n’y a pas que ça, loin de là. Nous récupérons des publicités volantes, des tickets de métro, des tickets de caisse, des bouteilles en plastique ou en verre, des canettes, des emballages ou des bouchons en plastique, des mouchoirs ou des bouts de papiers. Des objets plus insolites, aussi, font partie de notre butin : des médicaments, des vis et des clous, des bouts d’objets en plastique indéterminés, des vêtements d’enfant, le revêtement d’une raquette de ping-pong, des pommades et même… un phare de  voiture.

En Allemagne, les gens sont plus propres

Les déchets ramassés lors du worldcleanupday

Une partie du butin après 1h30 de ramassage

Certains passants, intéressés, nous posent des questions en voyant des citoyens – et non des agents de la ville – se courber (et transpirer) pour traquer les détritus laissés à l’abandon. Ils demandent ce qu’on fait là, et n’hésitent pas à affirmer qu’il faudrait davantage « sanctionner »  celles et ceux qui jettent leurs déchets n’importe où, alors qu’il y a des poubelles. « C’était moins sale avant… », « En Allemagne, les gens sont plus propres… », « J’ai déjà vu des gamins jeter une bouteille de soda avant d’entrer dans un immeuble, j’ai failli leur dire quelque chose… »

Certains partagent cette impression, et ouvrent le débat. D’autres passants lancent des « C’est bien ce que vous faites », voire un « merci »… que des ramasseurs ont du mal à accepter : « Car cela signifie : ‘merci de ramasser à ma place’, cela m’agace… », sourit une citoyenne pour qui chacun doit prendre ses responsabilités.

Générer une prise de conscience

Les citoyens pèsent les déchets ramassés lors du worldcleanupday

Les citoyens pèsent les déchets ramassés

Notre démarche interpelle et aura peut-être un impact bien après notre passage. Les personnes feront peut-être un peu plus attention avant de jeter leur mégot ou un bout de papier sur le trottoir. Et c’est ce qui compte. Le but de l’opération n’est pas de tout ramasser – c’est illusoire – mais de « générer une prise de conscience par l’action », explique Yaël Derhy, coordinatrice générale pour l’association française.

L’heure tourne, il faut revenir au point de rendez-vous. Il est presque difficile d’arrêter car notre regard se focalise sur les déchets que l’on croise à nos pieds et on veut tout ramasser. « C’est un peu addictif », sourit un membre de notre groupe.

En 1h30, nous avons récupéré 10 kilos de déchets recyclables et non recyclables, ce qui fait deux kilos par personne. Nous apprendrons plus tard que les 120 citoyens de l’opération dans le 15ème arrondissement de Paris auront permis d’éliminer 127 kilos de déchets de l’espace publique. « Il y avait 63 kg de déchets résiduels, 16,3 kg de déchets en verre et 47,7 kg de déchets recyclables. Sans oublier 20 kilos de mégots ! »


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