REPORTAGE – C’est un café unique en son genre dans la capitale, où la mixité sociale se vit au quotidien. Au Café des petits frères, situé rue des batignolles dans le 17e arrondissement de Paris, des bénévoles se relaient derrière le comptoir pour servir des cafés à 0,45 euro à des SDF, des étudiants, des ouvriers et des habitants du quartier. 

Paulo, 81 ans, a l’œil qui pétille. Il a laissé pour quelques heures la maison de retraite où il vit pour saluer Nathalie, une bénévole de ce café associatif géré par l’Association des petits frères des pauvres et prendre un café au comptoir. Il y a encore quelques années, Paulo était sans domicile fixe. Sa vie a peu à peu changé à partir du jour où il a passé la porte du lieu  : “Les démarches administratives n’étaient pas son truc”, sourit Nathalie. Elle l’avoue, elle a eu un coup de cœur pour cet homme jovial “qui a toujours le sourire et ne se plaint jamais”. Alors elle l’a aidé à y voir plus clair, en l’accompagnant dans ses démarches. Nathalie est bénévole dans ce qui ressemble à un oasis de solidarité dans la jungle urbaine parisienne.

Ici, des visages et des histoires se croisent, des mondes différents se côtoient et parfois se rencontrent au-delà des préjugés. “Je suis là pour faire en sorte que les gens se sentent à l’aise, peu importe qui ils sont, du cadre supérieur au SDF, nous traitons tout le monde sur un pied d’égalité.” Face aux situations précaires, Nathalie n’est pas là pour répondre à tous les problèmes, mais elle oriente quand c’est nécessaire ceux qui en ont besoin vers les services adéquats. Elle écoute surtout avec bienveillance ceux qui ont envie de parler. Un art de l’accueil inconditionnel qu’elle maîtrise avec une grande simplicité. La plus limpide. Celle qui vient directement du cœur.

Un lieu solidaire, convivial et culturel

Sur les murs du café, des toiles aux couleurs pastel réalisées par un artiste local apportent une touche bucolique et esthétique dans cet endroit déjà très lumineux, meublé avec goût, avec des tables et des chaises rouges un peu design. On y trouve aussi une bibliothèque bien fournie, accessible à tous.

“Nous organisons ici des vernissages, des ateliers d’écriture , des ateliers philo et même des projections de films”, souligne Nathalie. Des activités ouvertes à tous où chacun est libre de s’exprimer, de partager son opinion en toute liberté. “Nous faisons en sorte que la bienveillance soit au cœur des échanges. Ici, l’objectif est de créer du lien, pas de juger les gens.”

Au fond de la salle, un ordinateur est également à disposition des clients qui sont autorisés à surfer gratuitement sur Internet. Joseph, jeune retraité qui a rejoint l’équipe de bénévoles il y a 2 ans, aime apporter un coup de main à ceux dont les démarches en ligne posent difficultés. Il passe de l’ordinateur au comptoir, en saluant un habitué des lieux, Bienvenido, fan d’énigmes mathématiques, avec qui il a noué des liens amicaux. “Il habite dans le quartier, tout comme moi et nous aimons discuter ensemble.”

Le café le moins cher de Paris

Certains salariés font un détour pour s’arrêter dans ce bistrot où le café est au prix imbattable de 45 centimes d’euros. Des ouvriers, des entrepreneurs fréquentent volontiers le lieu. Les tarifs des consommations sont volontairement bas pour n’exclure personne. Les clients s’offrent volontiers des cafés entre eux, cela crée des échanges, des discussions, un début de rencontre. La complicité se crée entre des personnes au vécu très différent. C’est d’ailleurs ce qui plaît à Nathalie, la bénévole : “J’aime la diversité, la mixité des gens que nous rencontrons ici.”

Et ce café, qui rassemble, relie et parfois guérit les âmes isolées, possède son lot de belles histoires que Nathalie a grand plaisir à raconter : “Je me souviens d’un homme qui venait régulièrement. On sentait bien qu’il traversait une mauvaise passe. Il dessinait  sur un coin de table. Il s’est révélé être un artiste extraordinaire. Et avec l’aide d’habitants du quartier touchés par ses créations, il a organisé des expositions. Aujourd’hui il vit de son travail”, sourit-elle. Une belle histoire qui a débuté autour d’un café.

Le café des petits frères, 47 rue des Batignolles 75017. Ouvert du lundi au samedi.


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