INITIATIVE – L’association La Fête des Voisines met en place des « salons bien-être et réparation des corps » éphémères, à destination de femmes sans-abri ou en grande précarité, à Paris.

La Halte aux femmes, à Paris, près de la gare de Lyon, est un espace géré par l’association Aurore où les femmes en grande précarité peuvent venir se reposer, prendre une douche, laver leurs vêtements et prendre une collation. Mais, ce samedi, l’ambiance y est un peu différente de l’ordinaire. Sur fond de musique douce, Nathalie a étalé des vernis de toutes les couleurs sur une table, Myriam a sorti son maquillage. Chafia se fait faire les ongles en rouge, tandis que Maria reçoit un soin des pieds. Un peu plus loin, dans une autre pièce, Nadège se fait masser. Ce moment de détente, dit « salon bien-être et réparation des corps », a lieu chaque début de mois, à l’initiative de l’association La Fête des Voisines.

Ivan Mouton fait partie des initiateurs de ce projet. « Cela fait plusieurs années que je fais des maraudes bénévolement auprès de sans-abri avec différentes associations. Près de 40 % des personnes à la rue sont des femmes, et pourtant, on les voit très peu, elles se cachent, se murent dans leurs corps », raconte-t-il. La lecture du livre témoignage d’Anne Lorient, Mes années Barbares, a été pour lui un déclic. Cette dernière y raconte son parcours familial chaotique et ses années dans la rue, dont une partie avec ses enfants. Elle n’est plus sans-abri depuis treize ans et s’investit aujourd’hui auprès de nombreuses associations.

Prendre le temps de s’occuper de soi

L’association La Fête des Voisines met en place des « salons bien-être et réparation des corps » éphémères, à destination de femmes sans-abris ou en grande précarité, à Paris« Dans la rue, il y a un manque de soin, d’estime de soi. Avec Ivan, on s’est dit qu’on pouvait mobiliser dans nos entourages des professionnels du bien-être pour faire quelque chose. L’idée c’est de redonner un peu d’espoir, recréer un peu de contact, de lien, en prenant le temps », explique Anne, marraine de l’association La Fêtes des Voisines. Elle se fait la porte-voix des femmes sans-abri dans la société, dans les médias ou auprès des politiques. « À Paris, les femmes ne meurent pas de faim, mais surtout de solitude », tient-elle à rappeler.

« Le fait d’être en nombre réduit permet de prêter un peu plus d’attention à chacune, alors que d’autres jours nous avons quelque fois jusqu’à cent passages en une journée », explique Solange, animatrice salariée de l’association Aurore. Normalement, la Halte aux femmes n’est pas ouverte le samedi, mais le local ouvre spécialement pour cet atelier de la Fête des Voisines, toujours en présence de professionnels d’Aurore. Les femmes qui le souhaitent, une quinzaine environ, assistent à la séance en prenant rendez-vous. Tous les membres de la Fête des Voisines sont bénévoles.

Échanger en toute simplicité

Des massages por aller mieuxEmeline, par exemple, travaille dans les médias. « J’ai récemment appris à masser lors d’une formation alors je me suis dit que je pouvais mettre ce savoir à profit », explique-t-elle. Myriam, elle, est maquilleuse professionnelle. « J’ai entendu parler de cette initiative via l’application Entourage et j’ai eu envie de participer », affirme-t-elle. Ces moments sont aussi l’occasion d’échanger dans la convivialité. Maria évoque quelques épisodes de sa jeunesse en Roumanie pendant qu’on lui fait une pédicure. Chafia, 67 ans, actuellement logée en hôtel, se réjouit.

« Avant, je ne savais pas que ces associations existaient, mais au final c’est pas mal. » D’autres viennent surtout bénéficier d’un peu de calme. Suzie, qui porte toujours un gros sac, apprécie de pouvoir venir se détendre le dos grâce au massage. À la fin de la matinée, tous les participants partagent une petite collation sucrée, dans la bonne humeur.

La Fête des Voisines organise par ailleurs, sur d’autres temps, des séances bien-être ouvertes à un groupe plus important d’une cinquantaine de femmes, ou encore des événements autour de la lecture. Plus globalement, les membres de l’association veulent sensibiliser sur la situation des femmes à la rue. Une pétition sur ce sujet, réclamant l’ouverture de plus de centres d’accueils dédiés aux femmes, a d’ailleurs été lancée par une militante associative. Elle a déjà recueillie plus de 220 000 signatures.


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