DANS L’ACTU – Selon une étude menée par UFC-Que Choisir, deux tiers des produits issus de la mer contiennent des particules de micro-plastiques. Un constat qui est loin d’être une surprise pour l’ONG de protection des océans Surfrider, qui milite pour une réduction des déchets, seule solution pour éviter une aggravation du phénomène.

Près de 71 % des mollusques contiennent des particules de plastique inférieures à 5 millimètres. C’est l’une des informations qui ressort de l’étude publiée fin août par les homologues européens de l’association de consommateur UFC-Que Choisir. Trois types d’échantillons ont été testés : des mollusques, des crustacés et le sel de mer. Conclusion : plus de deux tiers des 102 échantillons d’aliments analysés sont contaminés par ces particules de micro-plastiques. Elles proviennent des déchets des emballages et des bouteilles en plastique qui terminent leur course dans l’océan après avoir voyagé dans nos égouts et nos cours d’eau. À l’heure actuelle, les effets de ces micro-plastiques sur l’Homme sont encore inconnus, mais l’ensemble de la chaîne alimentaire marine est concernée. 690 espèces aquatiques sont reconnues comme étant touchées par la pollution au plastique.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Chaque seconde, 206 kg de déchets finissent dans l’océan. Parmi ces déchets, les bouteilles en plastique arrivent en troisième position derrière les mégots de cigarettes et les fragments de plastique. Les gestes d’incivilité ou d’inattention associés aux failles de la collecte des déchets contribuent à polluer nos fleuves et nos rivières : “Les bouteilles en plastique jetées aux abords des cours d’eau, les emballages oubliés sur les trottoirs après le passage du camion poubelle finissent dans les réseaux d’eau pluviale qui, rappelons-le, se jette le plus souvent directement dans les cours d’eau“, explique Antoine Bruge, chargé de mission sur les déchets aquatiques au sein de l’ONG Surfrider. 78 % des déchets retrouvés sur les plages sont des plastiques à usage unique.

Nettoyer les plages et les océans ne suffira pas

Une opération de nettoyage des plages avec Surfrider à Lacanau

Une opération de nettoyage des plages avec Surfrider à Lacanau (Gironde)

L’association organise depuis 1995 des opérations de nettoyage appelées les initiatives océanes. 10 000 plages ont été nettoyées dans le monde en un peu plus de 20 ans, des côtes européennes au plages d’Amérique du Sud. En 2016 par exemple, on relève sur le site de l’ONG qu’un volume de 1 398 mètres cube de déchets a été récolté, soit l’équivalent de 9 319 baignoires débordantes !

Des projets ambitieux de nettoyage des océans sont apparus ces dernières années. Le projet Ocean Clean-up, porté par le jeune Néerlandais Boyan Slat a pour ambition de collecter les déchets en surface grâce à des barrières flottantes en s’appuyant sur les courants marins d’ici 2019. Le projet français Plastic Odyssey a, lui, pour but de transformer les déchets plastiques en carburant grâce à un pyrolyseur installé sur un catamaran et sensibiliser les populations au recyclage des déchets plastiques en démontrant que ces déchets peuvent être revalorisés. Un prototype a été présenté en juin dernier à Concarneau et devrait s’élancer sur les océans de la planète en 2020.

Une lueur d’espoir face à la pollution ? “Ces projets sont positifs mais ils ne régleront pas le problème de la pollution des océans si on ne s’attaque pas à la source de ce problème : la production des déchets. Il faut améliorer le traitement des déchets dans les pays en voie de développement et poursuivre nos efforts en matière de réduction des déchets dans les pays développés“, estime Antoine Bruge.

Mesurer l’impact des mesures de tri

En avril dernier, le ministère de la Transition écologique a présenté sa feuille de route pour une économie circulaire. La consigne solidaire des bouteilles en plastique figure parmi les propositions destinées à réduire notre production de déchets et à améliorer le tri sélectif des déchets. La consigne ne réduira pas les quantités de déchets mais permettra de mieux les revaloriser. Concrètement, avec ce système  chaque nouvelle bouteille ou canette collectée contribuerait à un fonds dédié à une grande cause environnementale, de santé ou de solidarité tout en participant à la réduction des déchets. L’objectif est d’atteindre 100 % de collecte des déchets recyclables d’ici 2025.

L’association Surfrider tente d’évaluer l’impact de ces mesures. Depuis 2014, l’association collecte des données dans 5 fleuves français dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Nord de la France : l’Adour, le Var, l’Aa, la Liane et la Slack, dans le cadre du programme Riverine Input. L’objectif de ce programme est d’identifier et de quantifier les déchets présents dans les milieux aquatiques.

“À ce jour, des analyses dans le Gave de Pau, en aval de la ville de Pau, ont montré que chaque mètre de cube d’eau contient en moyenne 3,3 particules de micro-plastiques, explique Antoine Bruge. Ce programme va nous aider à mesurer l’efficacité des mesures prises pour la réduction des déchets sur le long terme.”

Pour éviter de contaminer l’océan et la faune marine, la meilleure solution reste encore d’éradiquer la consommation de produits en plastique à usage unique de son quotidien : pailles, coton-tiges, sacs, et bouteilles et de changer des habitudes devenues dangereuses pour l’avenir de la biodiversité.


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