INTERVIEW- Le collectif parisien Lève les yeux nous invite à reprendre le pouvoir sur nos vies hyper-connectées. L’usage des smartphones a bouleversé notre rapport au monde et au temps en capturant notre attention. Et si il était temps de sortir de ce phénomène d’hypnose collective imposée par les écrans ? Florent Souillot, cofondateur de l’association nous explique pourquoi. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer l’association Lève les yeux  ? 

 Florent Souillot cofondateur du collectif Lève les yeuxFlorent Souillot : L’association est née d’un constat, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir les yeux rivés sur nos téléphones portables, au travail, dans les transports, au restaurant, en famille. Toutes les sphères de nos vies, publiques et privées, sont parasitées par ce réflexe qui consiste à consulter ses messages, à ne pas manquer une notification sur les réseaux sociaux, où à jouer à des jeux pour fuir l’ennui ou le moindre temps mort. Cette attention donnée aux smartphones se fait au fond au détriment d’une forme de présence à soi-même, aux autres, à l’environnement qui nous entoure. Il y a un déplacement de l’attention qui pose question. Notre objectif est d’interroger l’usage que nous faisons des écrans et les comportements addictifs qu’ils peuvent générer.

Sommes-nous devenus les esclaves de nos téléphones ? 

Nos téléphones intelligents ne sont pas si innocents. Ils font de nous des produits car nos données sont en permanence utilisées à des fins mercantiles. Il y a de véritables enjeux politiques, économiques derrière la captation de notre attention par les smartphones. On utilise le smartphone essentiellement pour le divertissement (réseaux sociaux, messagerie instantanées, vidéos, jeux, etc.) et les concepteurs de ces applications travaillent avec des psychologues pour concevoir des designs qui vous rendront accro. Aujourd’hui, 40 % des Français avouent se réveiller en pleine nuit pour consulter leurs téléphones.

4 étudiants sur 10 affirment ne pas pouvoir s’en passer. Le phénomène d’addiction est global. En Afrique, en Asie, le constat est le même. L’outil en tant que tel est une avancée. Nous ne sommes pas contre la technologie. Nous pouvons communiquer, nous informer, nous divertir instantanément. C’est positif. En revanche, c’est notre façon de consommer cet outil que notre collectif a envie d’interroger. Nous souhaitons sensibiliser l’opinion sur les risques liés à l’utilisation addictive de nos smartphones qui se traduisent très directement par des troubles du sommeil, des difficultés de concentration ou encore des troubles de la mémoire sans parler des conséquences indirectes (perte d’empathie, isolement, etc.)

Quelles alternatives proposez-vous ?

Nous sommes en train de créer un label, un réseau de lieux où les consommateurs seraient invités par exemple à se déconnecter l’espace de quelques heures pour profiter des échanges avec les autres autour d’un verre.  Le Bar Commun, un café associatif situé dans le 18ème arrondissement de Paris, s’est, par exemple engagé à entrer dans une démarche de sensibilisation de ses clients et à promouvoir toutes les initiatives favorisant la pratique raisonnée des smartphones. Il est aujourd’hui le premier lieu labellisé “Lève les yeux”.

D’ici la fin de l’année, nous espérons fédérer une cinquantaine de lieux en France : des salles de concerts, des bars, des salles de spectacles. L’objectif est grâce à cette action de déplacer la norme sociale qui a fait de notre téléphone, un prolongement de nous-mêmes. Nous voulons rendre désirable l’alternative choisie aux smartphones, autour des notions de convivialité, d’attention, de présence. Nous réfléchissons également à des actions dans le métro et à des ateliers de sensibilisation…

Comment comptez-vous partager votre appel à la connexion raisonnée  ? 

Nous souhaitons d’ici la fin de l’année mobiliser notre collectif composé d’artistes pour interpeller de manière ludique et créative le grand public sur le sujet. Nous espérons également proposer des conférences pour informer et éveiller les consciences. Nous publions des articles, des études sur les réseaux sociaux. Notre monde idéal, n’est pas un monde sans smartphone, c’est un monde où on s’interroge sur la façon dont on l’utilise. L’abus de smartphone est reconnu comme une des causes de l’anxiété, du stress et de la dépression. Notre capacité d’attention et d’empathie est menacée. L’engagement citoyen est anesthésié à un moment pourtant crucial de notre époque alors il est urgent, je crois, de nous réveiller et de lever les yeux…


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