AU CINE – I feel good, le nouveau film du tandem Benoît Delépine et Gustave Kervern sortira en salle le 26 septembre 2018. Ce long-métrage avec Jean Dujardin et Yolande Moreau tourné au sein de la communauté Emmaüs de Pau-Lescar met en lumière la beauté et l’humanité des accidentés de la vie. 

Jean Dujardin alias Jacques n’a qu’une ambition : devenir riche. Et pour y arriver il mise sur une idée lumineuse : transformer les gens pauvres et moches en gagnants grâce à la chirurgie esthétique. De quoi déstabiliser sa grande sœur, Monique, interprétée par Yolande Moreau, responsable d’une communauté Emmaüs. Un espace où la solidarité et l’accueil inconditionnel sont sources de résilience pour les exclus du système. Deux visions du monde s’affrontent sur fond de comédie dans ce film social et volontairement politique : “Nous montrons combien l’individualisme forcené, la volonté de devenir riche pour devenir riche, sans penser aux conséquences, est une maladie“, explique Benoît Delépine. Alors que le personnage interprété par Jean Dujardin se sent exister en se rêvant en futur Bill Gates, Yolande Moreau et ses compagnons d’infortune cherchent juste à accepter leurs failles et à être heureux malgré les coups du sort.

“L’important ce n’est pas de réussir, c’est de ne pas louper l’apéro”

C’est l’une des répliques du film qui résume l’improbable transformation de Jacques, cet anti-héros obsédé par l’idée de se faire une place au soleil du capitalisme. Un système qui semble semer la confusion entre ses besoins et ses désirs et nous permet de nous interroger sur nos valeurs. Dans cette communauté Emmaüs, que Monique alias Yolande Moreau a rejoint après avoir perdu son travail, sa maison et son mari, on perçoit l’importance du partage, de l’accueil sans jugement. Il s’y dégage une  fraternité qui fait du bien à l’heure de l’apéro alors même que le lien social se fragilise dans une société pétrifiée par la peur du déclassement, du chômage, de l’exclusion, de la différence. Il y a de la tendresse engagée dans le regard que porte les réalisateurs sur les compagnons : “Ce que le film essaie de dire, c’est qu’il y a peut-être une voie possible à travers tous ces petits groupuscules humains qui s’aiment et se respectent“, poursuit Benoît Delépine.

Le village Emmaüs de Lescar au coeur du film

La communauté Emmaus de Lescar près de Pau

L’épicerie de la communauté Emmaüs de Lescar

Les réalisateurs ont tourné au village Emmaüs de Lescar, près de Pau. C’est bien la découverte de ce lieu atypique qui a inspiré le film. Cette communauté créée en 1982 par Germain Sarhy  a vu défiler des milliers de personnes en difficulté matérielle et morale. Ici, les compagnons de passage travaillent dans différents ateliers et acquièrent de nouveaux savoir-faire. Fidèle au mouvement lancé par l’Abbé Pierre, dès 1954, pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion, la communauté de Lescar est auto-suffisante, proposant des alternatives en matière de culture, d’habitat durable ou encore d’alimentation. “Nous avons développé la recyclerie et la déchetterie, mais aussi une épicerie qui vend les produits des paysans du coin, ainsi qu’une boulangerie qui confectionne du pain avec le blé des champs alentours”, explique le fondateur du village. Le village Emmaüs de Lescar abrite également une ferme alternative qui fournit 80 % des aliments utilisés dans la cuisine du restaurant de la communauté.

Le Mouvement Emmaüs compte aujourd’hui 119 communautés. Ces lieux  de vie, d’activité et de solidarité, fonctionnent sans aucune subvention et s’appuient sur la récupération d’objets pour asseoir leur autonomie financière. Les communautés accueillent sans condition tous ceux qui en ont besoin pour rebondir. I feel good rend hommage à tous ces hommes et ces femmes qui font vivre l’âme de ce village utopique bien ancré dans la réalité. Comme en témoigne la magnifique galerie de portraits de compagnons qu’on aperçoit en tant que figurants dans le film. Des visages touchants d’humanité et d’authenticité qui font du bien.


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