INITIATIVE LOCALE – Il y a quelques mois, Zone Sensible a ouvert ses portes au public, à Saint-Denis. Cette ferme urbaine est gérée par le Parti Poétique, un collectif d’artistes qui tente d’allier nature, culture et nourriture.

Les artistes du Parti Poétique se mettent au vert. À Saint-Denis, le collectif cultive fruits et légumes selon le concept de permaculture. « En permaculture, on a besoin de la nature, de toutes les espèces, des insectes, des oiseaux. On respecte le cycle de la nature », explique Jean-Philip Lucas, chargé de communication au Parti Poétique.

Pour cultiver ses terres, l’homme s’inspire de la nature. Aucun pesticide n’est utilisé, des techniques naturelles sont utilisées pour repousser les nuisibles : des plantes attirant les insectes en bout de rangées, des arbres pour les oiseaux et des parcelles où les végétaux coopèrent pour de meilleurs rendements.

« À l’image du quartier »

Zone Sensible à Saint-Denis

Zone Sensible à Saint-Denis

« À Saint-Denis, il y a 135 nationalités, ici, on veut faire pousser 130 variétés du monde entier. On veut une ferme qui représente la culture du monde, à l’image du quartier », continue Jean-Philip Lucas. Zone Sensible s’étend sur un hectare, de quoi nourrir en théorie 200 personnes. Des paniers solidaires sont pour l’instant distribués aux habitants ou à des associations.

Au milieu des plantations, plusieurs installations trônent telle qu’une maison sans toit, ni murs, des containers ainsi que des structures en bois. La ferme urbaine accueille des artistes et offre une programmation autour du thème « nature, culture et nourriture. » Les visites sont autorisées les mercredis et samedis après-midi. « Souvent, les gens s’intéressent soit à l’art, soit à l’agriculture et nous, nous voulons toucher le plus de monde. On veut montrer qu’on peut avoir de l’art dans une ferme mais aussi qu’il peut sortir des musées pour les non-habitués », souligne Jean-Philip Lucas.

Dernière ferme du XIXe siècle

Parti Poétique partage les terres avec l’entreprise Les Fermes de Gally qui possède 2,7 hectares. La dernière ferme de Saint-Denis, datant du XIXe siècle, avait été rachetée par la mairie pour protéger les terres. Le dernier propriétaire, René Kersanté, ayant pris sa retraite, un appel à projet a été lancé par la commune. « On a répondu à l’appel à projet parce qu’on avait peur que ce soit repris par des gens qui n’étaient pas du territoire, pas connectés aux habitants ou qui n’arriveraient pas à faire un projet durable et que la mairie finisse par revendre le terrain à des constructeurs. »

Quatre personnes s’occupent de la ferme qui était avant une monoculture de salades. « René Kersanté revient souvent et nous a dit qu’on travaillait la terre comme le faisait sa mère et sa grand-mère », sourit Jean-Philip Lucas.

Redonner du goût aux fruits et légumes

Zone Sensible à Saint-Denis

Zone Sensible à Saint-Denis

Le collectif d’artistes a pour projet d’approvisionner en circuit-court l’Académie de cuisine développée en collaboration avec Alain Ducasse, grand chef cuisinier. Dans une ville où le taux de diabète est l’un des plus élevés en France (NDLR : En Seine-Saint-Denis le taux de diabète est de 5,10% contre 3,95% en moyenne en France), l’important est de sensibiliser les gens à une nourriture saine et locale, selon Franck Ponthier, chef jardinier du Parti Poétique. « On est à côté d’un Mcdo et de kebabs, on essaie de désintoxiquer les gens à la nourriture facile. »

Les habitants peuvent parfois être étonnés du goût des aliments, voire ne pas les trouver bons, selon le jardinier qui affirme que certains n’ont plus la notion du vrai goût des aliments. Le collectif veut faire découvrir une autre manière de se nourrir et de cultiver aux habitants. « On dit zone sensible parce que c’est comme ça qu’on appelle les villes soi-disant dangereuses, mais pour nous c’est surtout une zone de sensibilité », raconte Jean-Philip Lucas.

Plus cher, mais plus qualitatif

Les aliments coûtent environ 3 fois plus cher qu’en supermarché, mais Franck Ponthier se défend et affirme que la qualité est supérieure. « Il y a plus de goût et plus de consistance. Par exemple, les tomates cœur de bœuf qui sont gorgées d’eau en supermarché, on beaucoup plus de chair chez nous. Mieux vaut manger quelque chose de bon plus cher et de saison que de la nourriture issue de l’agriculture pétrochimique. »

Zone Sensible espère bien convaincre les habitants de la ville, Franck Ponthier se montre très enthousiaste à cette idée : « C’est très utopique, mais plein de bon sens ! »


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