EXTRAIT DU MAG  – Au café parisien Le Joyeux, les employés servent le café et des encas salés et sucrés « avec le cœur », comme l’explique la devanture de l’établissement. Celui-ci fait confiance à des personnes en situation de handicap ou atteintes de troubles cognitifs. On y a passé une matinée pour les rencontrer.

Il est 10h15, un client entre au Joyeux, commande un pain au chocolat et un café au comptoir. Jean-Baptiste, l’un des trois managers du coffee shop, lui donne un petit cube orange, qui permettra au serveur de le repérer plus facilement dans la salle, surtout en cas d’affluence. Le bar est (encore) assez vide, mais se remplira à l’heure du déjeuner. Le client va s’asseoir. En attendant son petit noir, il jette un œil autour de lui. Deux tables plus loin, une dame a trouvé de quoi lire, le café propose à ses clients de consulter quelques ouvrages sur place, notamment Accompagner son enfant trisomique.

Quelques minutes plus tard, le client voit arriver Aymeric, un plateau dans les mains. “Votre joyeuse boisson chaude et bonne matinée”, glisse le garçon, lentement et tout sourire. Il repart avec le cube orange laissé au client, puis retourne au comptoir. Son regard se porte sur une plaque, posée derrière la machine à café. Un message est gravé dessus : « Travailler ensemble avec nos fragilités, encourager la rencontre avec nos différences, cuisiner, servir et partager dans la joie, ouvrir nos cœurs. »

« Les employés sont très motivés »

Aymeric et ses collègues s’y emploient du mieux qu’ils peuvent. Lui comme d’autres ont démarré l’aventure à l’ouverture du Joyeux, il y a deux mois. Le coffee shop, outre les trois managers, n’a embauché que des personnes en situation de handicap mental ou atteintes de troubles cognitifs (trisomie ou autisme). But de l’opération : participer à leur intégration dans notre société, montrer qu’ils peuvent apporter quelque chose. « Je suis très motivé, c’est super d’être ici », glisse Aymeric, la vingtaine, après avoir nettoyé quelques tables en terrasse.

Son camarade Nicolas, 31 ans, abonde dans le même sens. Ce n’est pas sa première expérience en restauration, mais il affirme, en souriant, que c’est la plus aboutie, car la dernière s’est « très mal finie ». Nicolas n’a qu’un espoir : se faire embaucher au terme de son contrat de stagiaire, qui arrive bientôt. Il a hâte, et il y croit dur comme fer.

Depuis la porte d’entrée où il se tient debout pour accueillir les clients, il observe Audrey, qui cherche une dame en attente de son café. Elle semble en difficulté, il vient l’aider. Les deux se connaissent d’avant, ils se sont rencontrés dans un centre chrétien d’insertion pour jeunes handicapés mentaux, le Tremplin, à Paris. Audrey, 30 ans, est très bavarde.

La serveuse rentre d’un voyage en Afrique du Sud avec ses parents, montre des photos à ses collègues. A UP, la jeune femme évoque ses prochaines destinations de vacances, évoque son frère et sa sœur, qui ont déménagé loin de chez elle. Curieuse, elle demande pourquoi on a un appareil photo. On lui répond que c’est pour illustrer le reportage. Puis, elle reprend le service en s’excusant de ne pouvoir discuter plus longtemps.

« Ils progressent bien »

En salle, derrière le comptoir et la machine à café, dans la cuisine pour préparer les sandwichs, voire à la caisse pour recevoir le paiement… chacun sa place, chacun son rôle, chacun son temps de travail, en fonction de ses habilités et compétences, voire de ses envies. « Quoi qu’ils fassent, ils sont motivés, ont de l’énergie et l’envie de servir les clients », glisse Jean-Baptiste, qui garde toujours un œil sur ses employés, prêt à leur donner un conseil si besoin. Par exemple, plusieurs fois, il explique comment ils peuvent accueillir les clients qui viennent pour la première fois et à qui il faut dire que la commande s’effectue au comptoir. Il leur répète souvent : « Travail, sérieux, professionnel. »

Mais, au final, il en est très satisfait. « Ils sont top, progressent bien, gagnent en savoir-être », estime le manager, ravi d’avoir été pris : « Je travaillais dans un restaurant, mais j’ai découvert le projet par hasard, car je suis ce qui se crée dans le milieu, et l’aventure m’a plu tout de suite. » Il y avait déjà Le Reflet, un restaurant nantais qui donne ses chances à des personnes trisomiques. Désormais, on peut compter sur Le Joyeux, à Paris ainsi qu’à Rennes, qui a ouvert ses portes en décembre dernier, juste avant celles de l’établissement de la capitale.

Le bar le joyeux accueille des personnes autistes

« On reçoit de nombreux CV »

À l’initiative de ces deux cafés, Lydwine et Yann Bucaille, les fondateurs de l’association Emeraude voile, qui organise des sorties avec des personnes exclues. À la fin d’une excursion, l’un des participants demande un jour à Yann s’il pouvait lui proposer un emploi. Il fait non de la tête, il est désolé. Puis il imagine le concept solidaire du Joyeux, qui plaît, selon Jean-Baptiste : « Tout de suite, le café a reçu de nombreux CV, et ça continue encore. » Rien de plus logique : 90 % des personnes autistes n’auraient pas d’emploi. « Mais on ne peut embaucher tout le monde », poursuit-il. Alors, l’équipe dirigeante répond qu’elle garde les candidatures pour plus tard. En pensant à l’avenir, sans doute joyeux.

Des produits bio 100 % français

Car l’idée, c’est qu’il y ait d’autres cafés, à Paris ou dans d’autres villes. Tant mieux : Le Joyeux, dont le lancement a été très médiatisé, intéresse. L’heure du déjeuner a sonné, il est à peine midi que la file d’attente pour passer commande s’allonge déjà. « Ici, révèle le manager, on a surtout des personnes qui travaillent à proximité ou des militants de la cause. »

Pour marquer la différence, le manager et les employés portent d’ailleurs des paires de chaussures différentes aux pieds : une de couleur grise pour le gauche, une beige pour le droit. « Cela ne nous empêche pas de bien marcher », sourit celui qui file en caisse. Un client demande un coca-cola. « On n’en a pas, ici, il n’y a que des produits bio et 100 % français », répond Jean-Baptiste, en lui proposant une boisson alternative avec le sourire, que le client sirotera dans la joie.

Informations pratiques

Café ouvert du mardi au samedi.
À PARIS au 23 rue saint-Augustin passage Choiseul de 9h à 18h
À RENNES au 14 rue Vasselot de 9h à 18h

Découvrez ci-dessous un aperçu du mag :


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