À Nantes, deux femmes créent des tampons sans pesticide


INTERVIEW – L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) vient d’alerter sur la présence d’hydrocarbures, de dioxine et de pesticides dans les principales marques de protections féminines. Des alternatives existent pourtant. Nous avons rencontré Dorothée Barth, cofondatrice de Jho, une entreprise nantaise qui propose des tampons et des serviettes hygiéniques sans pesticide. 

UP le mag : Comment est née l’idée de proposer des protections féminines bio ? 

Dorothée Barth : D’abord d’une prise de conscience. J’ai été journaliste santé pendant de nombreuses années, j’ai notamment travaillé au sein du Magazine de la santé sur France 5, dans une équipe essentiellement féminine. En 2017, la chaîne a diffusé le documentaire Tampon, notre ennemi intime, qui alertait déjà sur la composition douteuse de nos protections féminines. Cela m’a choquée de constater que la santé des femmes était potentiellement menacée.

J’ai ensuite rencontré un entrepreneur américain qui développait déjà un concept de protections féminines totalement bio, sans pesticide et sans produit issu de la pétrochimie. Avec mon associée Coline Mazeyrat, très sensibilisée sur le sujet, nous avons décidé de créer Jho au printemps 2018. Nous proposons un système d’abonnement où nous vendons des tampons et des serviettes bio. Les tampons sont fabriqués à partir de coton bio cultivé en Inde, en Turquie et au Pakistan. Les serviettes hygiéniques sont produites à partir de plastique végétal, à base d’amidon de maïs. Notre fabricant se situe en Espagne. Nous avions à cœur de proposer des solutions. Notre système d’abonnement permet à des femmes d’être livrées chez elles, partout en France, car toutes ne disposent pas d’un magasin bio à côté de chez elles.

Les tampons ? De nombreuses femmes ne sont pas encore informées des risques encourus.

Quelle différence avec le processus de fabrication des grandes marques présentes sur le marché ? 

Nos produits sont garantis sans additif. La plupart des tampons présents sur le marché sont fabriqués non pas en coton, mais en cellulose, c’est-à-dire de la matière végétale, qui est ensuite blanchie au chlore. C’est pour cette raison que l’ANSES a découvert des traces de pesticides commercialisés par l’entreprise allemande Bayer (qui a absorbé la marque Monsanto en juin dernier). Même si il n’existe à ce jour aucune étude démontrant le lien de cause à effet entre ces produits et le développement des maladies gynécologiques, l’alerte de l’ANSES, qui recommande aux grandes marques du secteur de limiter l’utilisation de produits chimiques dans le processus de fabrication des protections intimes, est à prendre au sérieux. De nombreuses femmes ne sont pas encore informées des risques encourus. Les pesticides sont des perturbateurs endocriniens. A noter que les jeunes filles sont davantage sensibilisées et se tournent vers des produits bio.

Nous avons créé notre entreprise pour proposer une solution sans danger pour les femmes

Votre entreprise est également très engagée auprès de Gynécologie sans frontières ainsi que d’autres ONG œuvrant en faveur des femmes…

En effet, c’était très important pour nous. J’ai été volontaire pendant deux ans auprès de femmes à Madagascar, et j’ai vu à quel point la question des règles et de l’hygiène féminine est encore un problème dans des zones reculées. Elles se contentent de bouts de tissu. Nous avons donc décidé de reverser une partie de nos bénéfices à l’ONG Gynécologie sans frontières, qui offrent des protections féminines gratuites aux femmes migrantes en France.

Nous soutenons également l’association Girls Excel, qui œuvre notamment au Cameroun. Dans ce pays, les règles sont encore tabou. Les jeunes filles ne sortent pas de chez elles, sont souvent déscolarisées, et c’est souvent la cause de la perte d’autonomie des femmes. Dans ce pays, l’accès aux protections féminines est limité. L’association développe des programmes de sensibilisation aux règles mais aussi des propositions de serviettes hygiéniques en tissu lavable.

Vous considérez-vous aujourd’hui comme des militantes de la cause des femmes à travers ce projet entrepreneurial ?  

Je suis encore très en colère d’avoir été, d’une certaine manière, bernée par les grands industriels du secteur des protections féminines qui ont joué avec notre santé. Nous avons créé notre entreprise pour proposer une solution sans danger pour les femmes. En créant ce projet, nous espérons faire évoluer les usages et surtout sensibiliser les nouvelles générations.


Commentaires