EXTRAIT DU MAG – La consigne a définitivement disparu en 1992 en France, mais le système visant au réemploi des bouteilles en verre n’a pas dit son dernier mot. Des initiatives locales tentent de redonner vie à une filière éteinte.

Pourquoi la consigne a-t-elle disparu ?

Certains s’en souviennent encore. Jusque dans les années 90, les Français avaient l’habitude de rendre aux commerçants et aux producteurs les bouteilles en verre achetées au préalable. L’idée : récupérer une petite partie du prix payé au départ, quelques centimes en général. Mais depuis les années 70, le plastique a débarqué en masse dans les grandes surfaces. « Le système de consigne présentait alors moins d’intérêt », explique Hanna Rohe, qui a rédigé un mémoire sur le retour de la consigne en France. Les producteurs possédaient chacun leurs propres contenants, qui étaient de moins en moins consommés à proximité de la production. Conséquence : récupérer les bouteilles s’avérait de plus en plus compliqué, voire impossible quand les boissons étaient envoyées à l’étranger.

Alan Bouazza, bénévole de l’association Bout’ à Bout’, qui développe une filière de consigne des bouteilles en verre dans la région des Pays de la Loire, avance un autre argument pour expliquer la mort de la consigne. À UP, il pointe du doigt « la mauvaise image » du système visant au réemploi des contenants. « Certains producteurs, précise-t-il, craignaient que la consigne détériore la qualité et l’esthétisme des bouteilles. »

C’est au final en 1992 que l’État rend définitivement la consigne obsolète en signant un décret pour que les industriels contribuent à l’élimination de l’emballage ménager. Deux solutions sont proposées : la consigne ou la collecte. Les producteurs optent plutôt pour la seconde option, qui leur laisse la possibilité de ne pas traiter eux-mêmes la collecte des bouteilles, en échange d’une contribution financière versée à des organismes en charge du tri.

En Allemagne, une pratique vraiment vertueuse ?

Outre-Rhin, le geste fait partie du quotidien. Les consommateurs arrivent au supermarché et rendent leurs bouteilles vides en verre et en plastique dans des automates, afin que celles-ci soient lavées puis réutilisées. « C’est une tradition, tout le monde le fait », explique Hanna Rohe, Allemande exilée en France et anciennement stagiaire à Bout’ à Bout’. Cela incite le plus grand nombre à mieux trier et à ne pas jeter n’importe où les déchets recyclables.

Mais l’habitude n’est pas toujours vertueuse, dans la mesure où certaines bouteilles en plastique sont quand même recyclées et broyées, voire… envoyées en Asie. La consigne a amélioré la collecte de ce type de déchets recyclables, mais la production de bouteilles à usage unique et fabriquées à partir du pétrole, n’a pas faibli. 17 milliards de bouteilles en 2015 ont ainsi été consommées.

Rien n’est perdu, les initiatives locales se développent !

En Alsace, proximité avec l’Allemagne oblige, la consigne n’a jamais vraiment disparu. Et elle commence, depuis quelques mois, à faire des émules sur le territoire. Ce qui fait tiquer : le verre, pour être recyclé, doit être fondu à 1 500° C pendant 24 heures. Une action énergivore qui rejette des gaz à effet de serre, précise l’association Bout’ à Bout’. Les industriels, eux, répondent en faisant remarquer que trois quarts des bouteilles sont recyclés.

Autre souci, et non des moindres : le transport. Avant la fabrication des nouveaux contenants dans les usines verrières, les bouteilles sont collectées et transportées dans des centres de traitement où se déroule l’opération d’extraction des éléments indésirables. Or, il n’y en a que 15 en France. Exemple, la plus proche de la région Pays de la Loire se situe… en Charente.

Bout’ à Bout’ contourne le problème et collabore avec une ancienne laveuse industrielle, située dans les environs de Nantes, qui tente de motiver les producteurs à passer à la consigne. L’association, pour qui la consigne doit être prévue au niveau départemental ou régional, est encore en phase de test. Mais elle vise à réemployer « 2 millions de bouteilles d’ici à fin 2020 », précise la fondatrice Célie Couché, en train de démarcher producteurs et commerçants pour leur proposer ses services, soit  la collecte des contenants. Son association invite ses partenaires à vendre une partie de leurs produits (vins, bières) dans des contenants similaires.

D’autres initiatives locales de ce type ont été lancées. En particulier, en Bretagne (Distro, qui signifie « retour » en breton) ou dans le Jura (Clus’ster). Des entreprises s’y mettent également, comme Jean Bouteille, qui travaille avec des magasins en France, en leur lavant les bouteilles sales et en leur fournissant des produits liquides en vrac.

Une (autre) consigne pour mieux recycler les contenants en plastique ?

Le gouvernement souhaite expérimenter la consigne des bouteilles en plastique, voire des canettes en aluminium dans certaines villes. Paris et Marseille se sont déjà positionnées pour installer dans les commerces et sur la voie publique des automates. Mais l’idée n’est pas d’inciter au réemploi desdits contenants, comme le font certaines associations pour le verre. Il s’agit simplement de pousser les consommateurs à améliorer leur taux de recyclage de ces déchets. Moins de 60 % des bouteilles et des flacons ont été recyclés en 2016, et la France s’est fixé comme objectif de recycler 100 % des plastiques d’ici 2025. Alors oui, recycler, c’est mieux que de jeter, mais cela reste un processus coûteux et énergivore.

En complément de ce dossier, retrouvez plus de solutions pour réduire les déchets dans une série d’articles consacrés à l’économie circulaire ici.

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