AU CINE – Le film Woman at War, sorti sur les écrans le 4 juillet, raconte, avec humour et poésie, le combat solitaire d’une militante écologiste déterminée à protéger les terres sauvages islandaises d’une usine d’aluminium.

C’est une image quasi lunaire qui ouvre ce conte écolo islandais. On y voit Halla, la cinquantaine athlétique, le regard déterminé, viser avec son arc, les pylônes électriques qui alimentent l’usine d’aluminium toute proche. Cette guerrière solitaire est loin d’être une super-héroïne. Professeur de chant à la routine tranquille, elle se transforme pourtant en résistante, et sabote des installations, jusqu’à rendre fous de colère son gouvernement et les multinationales. Son combat est motivé par son amour pour sa terre. La lande islandaise, ses glaciers bleus, ses collines vertes, vous ramènent tout au long du film à l’essentiel. La nature est sans doute l’un des personnages principaux de ce film qui a fait son effet au dernier festival de Cannes, en remportant le Prix du Public. La guerre secrète de cette “Femme de la Montagne” semble nous rappeler que la nature a besoin d’être défendue par des personnes qui l’aiment et la respectent, et surtout en connaissent la valeur. Il y a d’ailleurs des scènes très touchantes, où l’on comprend ce lien intime que l’héroïne entretient avec ces paysages sauvages.

Un film sur l’environnement engagé

La fougue d’Halla finit par payer (mais à quel prix ?) et met à mal les négociations entre le gouvernement islandais et une multinationale étrangère pour la construction d’une nouvelle fonderie. Elle met alors au point une dernière opération, ultime attaque contre l’industrie de l’aluminium qu’elle combat parce qu’elle est susceptible de polluer cette terre tant aimée. Motivée par un combat dicté par son cœur qui lui fait prendre tous les risques. Elle rappelle souvent au cours du film, qui sont, à ses yeux, les saboteurs : “Le vandalisme contre la nature est un crime contre l’humanité et la vie sur terre“, dit-elle. Le réalisateur islandais Benedikt Erligsson assume ce film poétique dans la forme, mais clairement engagé sur le fond : “Il est évident pour moi que les droits de la nature doivent être défendus par des lois nationales, inscrites dans toutes les constitutions, et par des lois internationales. Nous devons comprendre collectivement que la nature possède un droit intrinsèque et une nécessité d’exister, en dehors de nos besoins humains ou du système économique.”

L’Islande et l’aluminium, une vieille histoire

La production d’aluminium est l’activité industrielle consommant le plus d’énergie en Islande. Les écologistes ont depuis longtemps fait entendre leur voix, mais, crise économique oblige, la résistance s’est émoussée. En 2010, le mouvement Saving Iceland, un collectif  d’associations s’opposant au développement industriel du pays, avait lancé une campagne pour défendre un espace naturel menacé par la construction d’une fonderie. Durant plusieurs années, des militants de ce mouvement ont pris pour cible des fonderies d’aluminium, des barrages hydro-électriques et des centrales géothermiques. Pour les défenseurs de la nature, le processus classique de fabrication de ce métal léger émet d’importantes quantités de gaz à effet de serre – et notamment de CO2 -. La pression des associations écologistes aura-t-elle permis quelques avancées ? Peut-être bien finalement. En mai dernier, les deux  géants mondiaux du secteur de l’aluminium Alcoa et Rio Tinto, présents en Islande, ont annoncé avoir découvert un nouveau procédé « zéro émission », qu’ils comptent utiliser à partir de 2024.


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