Vivre en yourte, ils l’ont fait !


Qui n’a jamais rêvé de mener une vie nomade, au plus près de la nature ? C’est le choix qu’a fait Clément Boutterin. Depuis plusieurs années, cet ancien professeur d’histoire, reconverti dans la production de savons naturels, a décidé de vivre avec sa femme et ses deux enfants en yourte. Il partage son expérience avec UP le mag.  

UP le mag : Quels sont les avantages de la vie en yourte ?

Clément Bouterrin : Dans cet habitat, nous ressentons un sentiment de bien-être et de connexion étroite à la nature. Nous nous posons sur des terrains assez isolés et nous apprécions cette solitude, car nous la recherchions. Les yourtes sont rondes, notre espace vital, à l’intérieur, est grand, bien que la surface habitable soit petite, nous vivons à quatre dans deux yourtes de 35 et 15 mètres carrés.

Pourquoi avoir choisi un habitat nomade ? 

Nous avons décidé d’être “nomades” (je dis souvent “semi-nomades” ou “semi-sédentaires”, parce que l’on reste un an sur un terrain, deux ans quand c’est possible). Ce “nomadisme” nous donne un sentiment de liberté très fort, comme si nous allions toujours vers l’avant de notre vie. On ne fait que passer et quelque chose de positif nous attend toujours quelque part ! Ce choix de vie, c’est aussi énormément de travail, une activité centrée sur les yourtes, comme une conscientisation de notre habitat. Les yourtes demandent à être séchées, réchauffées, aérées, pliées, dépliées… Les saisons se vivent dans leur douceur comme leur rudesse. Le vent, les orages, la neige, la chaleur, tout ça se vit. Nous harnachons et cordons les toiles quand ça souffle fort, nous desserrons quand il fait doux, comme des navigateurs immobiles. Et nous tirons de cette vie des enseignements, parfois physiques, parfois profonds.

Une yourte en autosuffisance énergétique

La famille vit en autonomie énergétique grâce à ce panneau solaire

Cet habitat est-il réellement économique et écologique ? En quoi ?

L’économie et l’écologie sont liées. On peut dire que nous sommes entrés en “décroissance” douce. D’un point de vue purement financier et personnel, nous vivons avec très peu de revenus, et nous vivons heureux. Le loyer des terrains sur lesquels nous nous posons est variable en fonction des propriétaires, entre 0 et 70 euros mensuels pour l’instant. Nous ne sommes pas raccordés au réseau électrique… Peu de charges fixes, donc.

L’écologie, en tant que telle, a été un de mes moteurs dans notre installation en yourte. Mon idée était de prendre conscience de notre poids anthropique sur les milieux naturels, et, dans la foulée, de le réduire, tout en conservant une douceur de vivre. Lors de la première année, toujours très importante dans une expérience, nous avons monté les yourtes dans une forêt de pins sylvestres. Et l’impact a immédiatement commencé : il nous a fallu défricher pour monter le campement. Ce fut un déchirement personnel, autant le dire. Mais, une fois le terrain quitté, après avoir passé une année de vie sur place, il restait de notre passage une jolie petite clairière, deux ronds de terre à nu, des “trous de poteaux” et… une herbe vivace à l’endroit où nous épandions les eaux. Deux ans après notre départ, la clairière se couvrait de lin blanc et des trembles poussaient. En deux ans, notre pression anthropique a disparu, et aura été même bénéfique.

Comment gérez-vous vos ressources ? 

Comme je le disais plus haut, nous ne sommes pas raccordés au réseau de distribution d’eau. D’un point de vue écologique, c’est formidable ! Nous utilisons en gros 100 litres d’eau potable (recueillie à la fontaine du village le plus proche) pour trois-quatre jours à quatre. Pas de rejet d’eaux noires : les toilettes sont sèches. J’ai tenté de fabriquer un système de phyto-épuration dans un petit bac… On verra ce que ça donne.
Nous vivons en autonomie électrique. Notre matériel est très simple : un panneau solaire de 250w, deux batteries et un onduleur. On avait choisi ça en fonction de notre consommation électrique… en maison. Eh bien, cinq ans plus tard, on se rend compte que ce matériel minimaliste est largement correct, voire un peu surdimensionné ! Tout l’éclairage fonctionne en 24v, on utilise le 220v uniquement pour ma savonnerie, pour le frigo (l’été uniquement ; en hiver, on a le plus grand frigo du monde), et pour utiliser l’ordinateur.

Clément Bouterrin vit en famille en yourte dans les Alpes-de-Haute-Provence

Vous avez choisi de vous installer en montagne, n’est-ce pas un milieu un peu rude pour ce type d’habitat ? 

L’hiver, bien que nous soyons en moyenne montagne, les températures descendent au plus froid autour de -15°. Nous chauffons au bois de pin – ça repousse plus vite – et nous utilisons du bois mort glané autour du camp, tout en laissant bien quelques souches pour les oiseaux et les fourmis. Dans une maison, on aurait brûlé environ 12 à 15 stères. Nous brûlons 8 stères. Alors, c’est vrai, le matin d’hiver à -16°, il ne fait pas bien chaud dans les yourtes (j’ai arrêté de mesurer quand on est arrivé à -3°). Mais… j’aime ça ! Et comme le volume est petit, la température remonte très vite. On profite du poêle pour faire chauffer l’eau du thé (et griller les tartines). Alors, oui, notre façon de vivre est éco-écologique. Notre dépendance faiblit avec le temps. Bien sûr, on pourrait aller encore plus loin, mais nous sommes déjà très heureux du chemin parcouru.


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