DÉCRYPTAGE – Le chanvre est souvent réduit à la consommation de cannabis fumé. Pourtant, il peut être utile dans des domaines variés comme le bâtiment, l’alimentation ou encore le textile.

C’est une plante à longues feuilles vertes, qu’on a plus souvent l’habitude de voir sur des tee-shirts ou des posters pour adolescents que dans les campagnes françaises. Pourtant, du chanvre pousse légalement, aujourd’hui, en France, et ça n’a rien à voir avec la fumette. Comme le veut la législation, celui-ci est faible en THC (la substance responsable des effets psychotiques). Il est utilisé pour divers usages et n’est pas présenté comme du « cannabis », terme plus utilisé pour désigner la plante qu’on fume. Début juin 2018, InterChanvre, interprofession qui rassemble des acteurs de la filière française du chanvre, a présenté les différents atouts de la plante verte lors d’une conférence de presse. L’occasion d’en apprendre plus sur cette filière en croissance.

Une culture française qui se revendique écolo

Près de la moitié des surfaces de culture de chanvre européennes se trouvent en France. Soit 17 040 hectares en 2017, pour 1 414 producteurs, qui ont produit 80 000 tonnes de paille et 6 300 de chènevis (graines de chanvre). Selon les acteurs de la filière, ces cultures se font sans produit phytosanitaire, car peu de parasites s’attaquent au chanvre. C’est par ailleurs une plante qui est bonne pour les sols et qui peut se cultiver en rotation avec d’autres cultures. Les différentes parties de la plante sont valorisées, tant dans les domaines du bâtiment que de l’alimentation, en passant par la nourriture pour oiseaux et les litières pour animaux.

Un matériau en vue dans le bâtiment

En plus des avantages écologiques liés à son mode de culture, le chanvre peut être utilisé comme éco-matériau dans le bâtiment, pour ses bonnes performances thermiques. L’Ordre des architectes d’Île-de-France lui a d’ailleurs consacré une exposition au printemps 2018. Il existe déjà des bâtiments construits en chanvre en France, et ce matériau est défendu par l’association Construire en chanvre. Comme le rappelle Quentin Pichon, associé de l’agence CAN-ia (44), la première maison rénovée en chanvre en France date de 1986. Il s’agit d’une maison à colombage à Nogent-sur-Seine. Mettant en avant leurs atouts écologiques, les professionnels du chanvre espèrent être choisis pour construire le village olympique de 2024 en Seine-Saint-Denis. Ce serait alors une belle vitrine.

Des logements collectifs fabriqués à partir de chanvre, à Paris :

C'est fou tout ce qu'on peut faire avec du chanvre

BCB Tradical® – Atelier D architectes (photo : Abadie)

Des apports alimentaires

Le chanvre peut être vendu pour consommation alimentaire sous forme de graines à manger, farine, huile ou aliments. Selon Pascal Mortoire, directeur de La Chanvrière, dans l’Aube, l’huile de chanvre a de nombreux bienfaits pour la santé, grâce notamment à la présence d’acide gras saturés, et d’omega 3 et 6. Quant aux graines, elles sont sources de protéines, ce qui peut intéresser les sportifs et végétariens.

Une filière textile à développer

À l’heure où l’on s’interroge de plus en plus sur l’impact environnemental de la mode, et notamment le coton, le chanvre peut présenter une alternative intéressante. Sa tige peut en effet être utilisée comme fibre textile. Comme le rapporte La Dépêche, une entreprise appelée VirgoCoop vient d’être créée dans le Lot, dans le but de lancer un jean en chanvre.

Et la relaxation alors ?

Ces dernières semaines, plusieurs boutiques en France ont attiré les regards en mettant en vente des produits à base de cannabis, faible en THC mais riche en CBD, une substance présentée comme relaxante. « Depuis les années 60, la filière s’est battue pour dissocier le cannabis du chanvre. Nous ne sommes pas contre l’ouverture de nouveaux marchés, mais nous souhaitons que ce genre de boutique ne nuise pas à notre image », affirme Nathalie Fichaux, directrice d’InterChanvre et secrétaire générale de l’association Construire en chanvre. Selon, elle, le gouvernement vient de rappeler que la loi française interdit de récolter les inflorescences de la plante, c’est-à-dire les parties où se concentre le CBD. L’interprofession préfère donc pour le moment mettre en avant d’autres qualités de la plante, moins récréatives.


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