EN BREF – Le collectif Éthique sur l’étiquette publie une étude qui épingle les pratiques de production « anti-jeu » de certains industriels, équipementiers des  sélections participant à la Coupe du monde de football qui débute aujourd’hui en Russie.

65 millions d’euros par an entre Adidas et la Mannschaft – l’équipe d’Allemagne, championne du monde en titre -, 25 millions de dollars par an entre Nike et la star Cristiano Ronaldo, 20 milliards d’euros de budget pour l’organisation du mondial en Russie, un marché des articles et vêtements de sports qui pèse 260 milliards d’euros, soit plus de 15% de l’ensemble du marché de l’habillement dans le monde… Ces chiffres donnent le tournis et témoignent de la très bonne forme économique des acteurs du secteur de l’équipement sportif.

Pourtant, on connaît les méthodes de production de ces grandes marques dans les pays émergents, à base de bas salaires et de protection sociale souvent inexistante. Dès lors, si les bénéfices explosent, la main d’œuvre bénéficie-t-elle de leur ruissellement ? Un nouveau rapport effectué par le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic) pour l’association Éthique sur l’étiquette, et intitulé « Anti-jeu, Les sponsors laissent les travailleurs sur la touche », dénonce l’inverse. Selon lui, les profits exorbitants des équipementiers s’accompagnent de pratiques d’optimisation qui fragilisent toujours plus la main d’œuvre.

Exemple frappant, « la part revenant aux travailleur.euse.s des usines de confection sur le prix d’une basket a baissé de 30 % entre 1995 et 2017 », expliquent les rédacteurs du rapport, quand « Adidas a versé 11 millions de plus à Lionel Messi qu’à Zinedine Zidane quinze ans plus tôt ». Est mis en avant le contraste entre les contrats de sponsoring astronomique des équipes, et autres stars du ballon rond, et «  les conditions de travail [toujours aussi précaires] des ouvrières et des ouvriers des usines de confection ».

Montrer les inégalités, proposer de nouveaux modèles

Le rapport ne fait pas que pointer du doigt l’éthique douteuse de ces géants du sport. En effet, il s’appuie sur un travail de documentation qui retrace leurs stratégies de rentabilité.

« Pour parvenir à une telle performance, le modèle des équipementiers s’appuie non seulement sur l’accroissement de leur chiffre d’affaires, mais aussi sur le contrôle/la réduction de leurs coûts, et dans certains cas sur des stratégies de minimisation de leurs impôts », lit-on, tandis qu’une partie plus détaillée du rapport revient sur les révélations des « paradise papers » à propos des pratiques d’évasion fiscale de Nike.

Mais au-delà de la dénonciation, Éthique sur l’étiquette fait aussi le pari des recommandations. En ce sens, le collectif ponctue le rapport d’une série de mesures, formulées en collaboration avec l’ONG internationale Clean clothes campaign dont il est le membre français.

Les deux organisations interpellent directement Nike et Adidas, les appellent à mettre en œuvre leur obligation de vigilance concernant leur politique d’approvisionnement, préconisent la mise en œuvre d’un salaire vital, et les incitent à remettre en cause leurs pratiques de sponsoring pour éviter les abus, et à collaborer avec les syndicats des secteurs et pays impactés par leurs pratiques.

Reste à voir si la liesse et la visibilité de la Coupe du monde permettront aux voix discordantes de s’exprimer, et espérer faire changer les choses.


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