INITIATIVE – L’association le Recho, traiteur solidaire présent sur le camp de Grande-Synthe, en banlieue de Dunkerque, entend ouvrir un restaurant éphémère à Arras pour nouer des liens entre locaux et migrants.

L’envie d’aider, Vanessa Krycève la ressent depuis longtemps, mais il lui a fallu un déclic pour se lancer. Et il est arrivé d’Allemagne, de Cologne exactement, où vit sa sœur. Par hasard, celle-ci tombe sur un médecin syrien exilé, qui fait la manche pour nourrir sa famille. La veille, dans un centre d’accueil, lui et les siens, pour des raisons religieuses, n’ont pu avaler la soupe au porc qu’on leur a servie. Une injustice révoltante pour Vanessa, qui la pousse à réfléchir à une initiative visant à faire en sorte que les plats servis aux migrants soient adaptés. Elle saute le pas, s’entoure notamment d’une amie cheffe, Élodie Hué, puis lance une campagne de crowdfundfing, sur Kisskissbankbank, pour financer l’achat d’un foodtruck.

Le projet est né, les fondatrices le nomment Le Recho pour “Refuge, chaleur, optimisme”. Un nom qui fait aussi écho au mot signifiant “réchaud”, le four portatif. L’idée est bien là : prendre le volant, rencontrer des populations, notamment des migrants, et faire à manger. La première mission se déroule au camp de la Linière à Grande-Synthe (dans le Nord). Le Recho commence à distribuer des repas dans le but d’améliorer le quotidien des personnes qui ont fui leur pays en guerre.

Des mélanges de cuisine

Cela ne s’arrête pas là, puisque l’association a filé en Belgique, histoire de « réaliser un état des lieux de l’accueil des réfugiés en Europe, explique Laura Duret, la chargée de communication de l’association, qui se rendra plus tard dans d’autres pays. Ces déplacements sont doublement utiles car ils permettent à la structure de rencontrer des femmes, des enfants et des hommes venus d’ailleurs. Ce qui inspire les bénévoles, quand ces derniers sont devant le fourneau pour inventer des recettes et concocter des plats.

Car le Recho propose également ses services en tant que traiteur solidaire, spécialiste de cuisine-fusion. « On vend de la cuisine afghane, soudanaise, irakienne, libanaise, iranienne ,etc., qu’on revisite avec des produits français, souligne Laura. Exemple : on propose du houmous avec des lentilles. » Et toujours, autant se faire que peut, des produits bio, éthiques, locaux, de saison et invendus. Le Recho se déplace et intervient dans des festivals comme celui du Journalisme vivant à Autin, en Bourgogne. Avec cet espoir, sans cesse renouvelé, de « créer du lien social entre locaux et réfugiés » via, notamment, des ateliers de cuisine ouverts à tous.

À Arras, le Recho en proposera aussi, en octobre prochain. Pendant 15 jours, dans une salle mise à disposition par la mairie, des cours seront organisés et les plats préparés par les participants seront servis le soir, au tarif libre. Le but de l’opération : que tout le monde puisse venir, peu importe ses moyens, et profiter des assiettes dressées par quatre mains, celle des cuistots de la ville, accompagnés, certains soir, par des chefs étoilés. Après le grand restaurant, le grand Recho…


Commentaires