REPORTAGE – Dans le 18ème arrondissement de Paris, un jardin d’insertion géré par l’association Emmaüs Solidarité, permet à des sans-abri de se reconstruire grâce au travail de la terre. 

Square Jessaint géré par Emmaus solidarité Le square Jessaint est un petit havre de verdure situé dans le quartier de la Chapelle à Paris. Des plantes aromatiques, des plants de tomates et des fleurs sauvages apportent un air de campagne vivifiant au milieu du bruit ambiant. Cet espace vert, longtemps laissé à l’abandon et fermé au public, reprend des couleurs depuis qu’il a été investi par l’association Emmaüs Solidarité. Depuis un an, le lieu a été entièrement transformé et réaménagé par des personnes en situation de très grande précarité. “Nous proposons à des anciens sans-abri d’effectuer des tâches de jardinage et de bricolage dans le cadre d’un contrat d’insertion. C’est un premier pas pour sortir d’un parcours difficile, marqué par des années de rue “, explique Christelle Housseini, en charge du projet à Emmaüs Solidarité. Grâce au dispositif Premières heures, financé par la mairie de Paris, cinq anciens sans-abri ont aujourd’hui la possibilité de travailler neuf heures par semaine au sein de ce jardin solidaire géré par l’association.

Un tremplin vers une nouvelle vie

Dans le 18ème arrondissement de Paris, un jardin d'insertion géré par l'association Emmaüs Solidarité, permet à des sans-abri de se reconstruire grâce au travail de la terre. Sylwester nettoie les mauvaises herbes pour préparer le potager du square pendant que ses collègues poncent des palettes en bois dans l’optique de fabriquer des bacs où seront plantés fleurs et plantes grasses. Le jardin, entièrement entretenu de manière naturelle, sans produits phytosanitaires nécessite une attention particulière. Le secret réside dans le choix des plantes pour bien préserver la biodiversité. Une expérience inédite pour cet homme  qui a longtemps dormi dans les rues de la capitale. Il a traversé de graves problèmes de santé liés à ses mauvaises conditions de vie dans la rue, avant d’être accompagné par l’association. Aujourd’hui, il retrouve ici un second souffle.  “Les anciens sans-abri qui ont accepté de suivre le dispositif apprécient de travailler en plein air. Ici, ils reprennent confiance en eux. Ils sont dans l’action et cela leur évite de ruminer leur passé “, explique Christelle Housseini.

À l’issue de leur contrat d’insertion, la plupart des bénéficiaires du dispositif expriment leur souhait de poursuivre un projet professionnel en lien avec la nature. Certains d’entre eux souhaitent intégrer les équipes d’entretien des espaces verts de la capitale ou entamer une formation en maraîchage. Ils sont accompagnés dans leurs démarches par les travailleurs sociaux d’Emmaüs Solidarité. Une remise à niveau en français et un parcours de formation adapté leur sont alors proposés.

Un jardin ouvert aux habitants du quartier

Jardin géré par des SDF avec l'association Emmaus solidarité à ParisLe square ouvre ses portes au public trois demi-journées par semaine durant les heures de travail des salariés en insertion. Certains habitants curieux et attirés par le nouveau visage du lieu ont recommencé à fréquenter le jardin. C’est le cas d’Elizabeth, une retraitée passionnée de jardinage. Elle a tout de suite apprécié la dimension sociale du projet. C’est ce qui l’a amenée à s’investir bénévolement auprès de ce public fragile. Aujourd’hui, elle vient de temps en temps partager ses connaissances en botanique avec le groupe : “Quand je peux,  je leur apporte des graines, des plants de tomates. Ils ont fait un travail magnifique. Il y a encore quelques années, les habitants du quartier n’osaient pas venir ici, car le square était fréquenté par des toxicomanes. Maintenant c’est un lieu agréable“, témoigne-t-elle. Le regard bienveillant et valorisant des habitants agit souvent comme un baume réparateur. Ici, les sans-abri en voie de réinsertion se reconstruisent aussi à travers ces rencontres.

Dans l’avenir, Christelle Hosseini souhaite créer encore davantage de liens en organisant des animations avec les bénéficiaires du dispositif de réinsertion et les habitants du quartier. Certains d’entre eux sont venus spontanément apporter leur aide, mais tout reste encore à construire. “On aimerait proposer des ateliers de peinture sur bois ou de jardinage ouverts à tous .” Toutes les idées et les bonnes volontés sont les bienvenues pour faire de ce square un lieu d’expression de la solidarité locale.


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