PORTRAIT – Conseillère d’État, cofondatrice et présidente du Comité 21, Bettina Laville œuvre depuis plus de 30 ans en faveur du développement durable. Rencontre avec une femme engagée, jamais loin de la politique.

Un an après l’instauration du gouvernement d’Édouard Philippe, Bettina Laville fait le bilan, rapidement. La présidente et cofondatrice du Comité 21 approuve « la fin de la production d’électricité issue du charbon » annoncée par Nicolas Hulot dans son plan climat, ainsi que l’organisation du « One planet summit », le sommet sur le climat auquel Emmanuel Macron a convié plusieurs chefs d’État et de gouvernement l’an dernier à Paris. Elle distribue les bons points, mais aussi les mauvais. Elle estime par exemple que les Assises de l’alimentation, qui se sont tenues fin 2017, n’ont « pas assez » abordé la question de l’environnement.

Avec la catastrophe Katrina, les Français ont compris que le déreglement climatique était sérieux

Avec la catastrophe Katrina, en 2005, les Français ont compris que le dérèglement climatique était sérieux.

De cette thématique, cela fait plus de trente qu’elle en parle. Son engagement ne date pas d’hier. « La fibre écolo, je l’ai eu assez naturellement, explique-t-elle. Je suis citadine, mais j’ai toujours apprécié la nature », poursuit celle qui a beaucoup fréquenté, durant son enfance, le bois de Senlis. Les rencontres ont aussi beaucoup compté dans sa construction de militante.

Durant son passage à l’ENA, elle fait un stage auprès de Michel Crépeau, l’ancien maire – aujourd’hui décédé – de La Rochelle. Une ville pionnière en matière de politique environnementale. « Souvent, on dit que Paris a inventé les vélos publics avec les Vélib’, mais l’idée est née à La Rochelle en 1975 », ajoute-t-elle notamment.

“Une militante allumée”

Au début, sa vocation fait (sou)rire. « Je me souviens, certains camarades de promotion de l’ENA me faisaient remarquer que je perdais mon temps. » Elle n’a pas le même avis. L’heure presse, selon elle, alors, elle s’active. En 1982, elle lance le Festival international du film d’environnement (“qui existe encore actuellement”) pour mettre en lumière les œuvres d’auteurs, de scientifiques qui pointent du doigt le changement climatique, la pollution des océans ou l’extinction de masse d’espèces animales. Et ce, à une période où « peu de personnes s’y intéressent ». « L’écologie était encore un sujet méprisé, glisse Bettina, ceux qui s’y intéressaient, on les taxait de militants allumés. »

Or, les problèmes persistent, et la sphère politique s’empare du sujet. Bien entendu, Bettina Laville n’est pas très loin. Elle est nommée directrice de cabinet de Brice Lalonde, le ministre de l’Écologie dans le gouvernement de Michel Rocard puis d’Édith Cresson. Elle garde un bon souvenir de celui qui a imposé, en particulier, le pot catalytique aux constructeurs automobiles.

« Il a donné un coup d’accélérateur à la politique environnementale, il l’a abordée de manière transversale. Il a invité les autres ministres pour leur demander comment ils comptaient intégrer ce domaine qui lui est cher dans leurs compétences. Exemple : à l’Éducation, il était question de faire de la sensibilisation, à l’Industrie, de la surveillance de la pollution. »

Proche de Simone Veil

Petit à petit, l’opinion publique prend conscience du danger que fait courir l’activité humaine à la planète. « La tempête de 1999 et les ouragans, notamment Katrina, ont marqué les esprits », estime la conseillère d’État. Pour faire face à la terre qui « brûle », elle poursuit son action. Et s’entoure de l’ex-ministre de l’Environnement Hugette Bouchardeau (1983-1986), ainsi que de Simone Veil, qui vient de terminer son mandat de présidente du Comité français pour l’Année européenne de l’environnement (1987).

La maison brûle, dit Jacques Chirac au sommet de la terre

“La maison brûle… et nous regardons ailleurs”, dit Jacques Chirac au sommet de la terre, en 2002

Leur idée : mettre autour de la même table entreprises, associations et collectivités pour mettre en œuvre l’Agenda 21, le plan d’action pour les territoires, adopté par les chefs de gouvernements et d’État au sommet de la Terre de Rio (1993), dont Bettina Laville a préparé les conférences, avant  Kyoto (1997) et  Johannesburg (2002).

Les trois s’associent et fondent, en 1995, l’association Comité 21, qui réunit des sociétés, des collectivités locales de tailles variée, des établissements d’enseignement, des scientifiques, et des associations. Le Comité 21, qui compte plusieurs centaines d’adhérents aujourd’hui, rassemble désormais tous ces acteurs afin de suivre la mise en œuvre des Objectifs du développement durable.

De la politique à la philo

Le comité 21, présidé par Bettina Laville depuis 2016, aide aussi les entreprises à développer les politiques de responsabilité sociétale des entreprises (qualité de vie au bureau, condition de travail, bien-être, actions caritatives), et propose des guides pour aider les sociétés, peu importe leur taille. « Il faut aider les acteurs, précise la cofondatrice et présidente, à s’adapter au dérèglement climatique. C’est indispensable. »

S’adapter, ou lutter contre celui-ci ? L’intitulé pourrait être un sujet de philosophie au bac, à traiter en quatre heures. Bettina, elle, tente d’y répondre… au travers d’une revue de philosophie. « Je trouvais que les intellectuels français ne réfléchissaient pas assez à la thématique. » Alors, elle lance en 2011 le trimestriel Vraiment durable, dont le prochain numéro sort « cet été », avec, au sommaire, Dominique Bourg, ou, encore, Michel Onfray. Thèse, antithèse, synthèse, la voie est tracée…


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