INITIATIVE LOCALE – Quand les poissons font pousser des plantes ! L’entreprise AURA installe des “baromates”, des écosystèmes autonomes au sein des entreprises, pour faire rimer nature avec bien-être au travail. 

Dans les locaux de cette entreprise parisienne, les salariés cueillent la menthe pour se faire un thé. Des aromates trônent au milieu des bureaux sans que personne ne les arrose. Les plantes poussent grâce à des poissons. C’est le but de l’aquaponie, un système autonome qui fonctionne en circuit fermé. Les déjections des poissons fertilisent les plantes qui à leur tour purifient l’eau, qui est donc recyclée. Des bactéries transforment les déchets des poissons en nutriments pour les végétaux. Un petit boîtier fixé au bocal, se charge de nourrir les poissons.

Le « baromate » est loué à des entreprises afin de sensibiliser les employés à l’écologie et à l’économie des ressources. Ciboulette, tomates cerises ou petits concombres, jusqu’à 30 salariés peuvent directement cueillir les aliments chaque jour. « Cela leur permet d’interagir avec un écosystème et de créer du lien entre eux, explique Thomas Demerens, président et cofondateur d’AURA, c’est ludique et convivial, on va cueillir plutôt que de boire un café. » Aucun pesticide, ni antibiotique ne sont utilisés, cela polluerait l’eau et détruirait le système. « On fait des animations cuisine ou bricolage pour créer de l’engagement, bien-être au travail et écologie vont de pair », continue Thomas Demerens.

L’agriculture s’invite en ville

Pour Thomas Demerens, intégrer l’aquaponie au sein des entreprises est nécessaire. La population urbaine s’étend de plus en plus au détriment des zones agricoles. Entre 2006 et 2010, 82 000 hectares de terres agricoles en moyenne ont disparu, selon le ministère de l’Agriculture. «Aujourd’hui, nous n’avons plus d’espaces, ni de sols fertiles, il faut produire où l’on ne produit pas, il faut donc changer de techniques de production », affirme Thomas Demerens.

Aquaponie dans les bureaux d'AURA

AURA a placé son “baromate” à côté de leurs postes de travail (crédit : CM)

Produire en ville, oui, mais pas n’importe comment. Les systèmes aquaponiques d’AURA sont « made in France ». La conception se fait dans un atelier parisien, les plantations sont de saison, et les poissons viennent tout droit de la pisciculture que détient l’entreprise. L’équipe aspire à une « agriculture urbaine, locale et durable » pour convaincre les citoyens. Alors que l’agriculture représente 70 % de la consommation mondiale d’eau en moyenne, l’aquaponie permet une économie d’eau de 90 %.

« On ne s’est pas dit qu’on voulait ouvrir une boite et on a cherché quoi faire, l’aquaponie nous parlait, on a appris, on a découvert tout ça. » L’aquaponie était utilisée par les Aztèques qui faisaient pousser du maïs et des haricots. 2 000 ans plus tard, elle pourrait être une solution pour atteindre l’autonomie alimentaire.


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