Énergivore, fléau écologique, danger pour l’environnement… Ces derniers mois, nombres d’articles ont dénoncé les limites du Bitcoin, et son incompatibilité avec les enjeux climatiques. Si son succès oblige à questionner son impact environnemental,  la révolution Bitcoin porte en soi des alternatives ambitieuses

Le Bitcoin a longtemps été considéré comme une entité marginale, issue des tréfonds du dark web et finançant toutes sortes d’activités illicites. Cette monnaie virtuelle fait pourtant des émules. Le 16 décembre dernier, la valeur d’un jeton Bitcoin a atteint la somme record de 16 376 euros. Si son cours fluctue aujourd’hui entre 5 000 et 10 000 euros, le Bitcoin s’est imposé comme un actif financier (l’équivalent d’une action boursière ou d’une obligation), comme l’a récemment admis la Banque de France dans une de ses publications.

Les institutions financières et bancaires prennent donc au sérieux l’avènement des « crypto-monnaies » dans les échanges numériques. Au cœur de cette révolution, la blockchain est sur toutes les bouches. Ce grand livre de compte en réseau, partagé, sécurisé et quasi-anonyme, est au cœur du protocole Bitcoin, et permet d’envisager un avenir financier sans intermédiaires. Exit la Banque de France et consorts, les plus ambitieux y voient l’occasion rêvée de se réapproprier notre système financier.

Dans la sphère des cryptos, le Bitcoin est même comparé à l’or. D’abord parce que pour en obtenir, il faut « miner », c’est à dire mettre en place un protocole de calcul assez puissant qui va permettre de résoudre une énigme et d’inscrire un nouveau block dans la chaîne. Cette opération récompense le mineur par de nouveaux Bitcoin. Mais ce qui fait l’intérêt du Bitcoin, c’est son aspect fini. En effet, son mystérieux créateur, Satoshi Nakamoto, a bloqué le total de Bitcoin possible à 21 millions d’unités. Aujourd’hui 17 millions ont été débloqués, et le nombre de Bitcoin donné par minage baisse tous les 4 ans. Si bien qu’il faudra encore une centaine d’années pour les miner jusqu’au dernier ! Cette finitude du Bitcoin prouve pour beaucoup sa fiabilité, en faisant un étalon tout comme l’or a pu l’être au début de notre ère monétaire.

Le Bitcoin, solution aux surplus énergétiques

Mais les opérations de minage consomment beaucoup d’énergie, et même de plus en plus, à mesure que la communauté s’agrandit et que le nombre de Bitcoin disponibles baisse. Cette réalité, plus les critiques qu’a subi la communauté sur son aspect énergivore, ont obligé les utilisateurs à réfléchir à l’optimisation des besoins énergétiques du Bitcoin.

Or, un des grands problèmes de nos sociétés électrisées reste le stockage de l’électricité. Au quotidien, cela se traduit par des batteries qui s’essoufflent à mesure d’utilisation de nos appareils. Au niveau industriel, par de grands surplus de production. Cette « énergie fatale » – soit l’énergie perdue quand on ne l’utilise pas au moment où elle est disponible -, pourrait tout à fait être employée à la création de crypto-monnaies. C’est ce que défendent certains chercheurs, et ce qu’appliquent déjà de nombreuses fermes de minage en s’installant près d’installations électriques. C’est le cas notamment en Islande.

Ainsi, la création de monnaies virtuelles servirait à valoriser des flux énergétiques jusque là gaspillés, tout en finançant des sources d’énergies vertes plus propices à ce modèle. Nous creuserons cette piste dans un prochain article.

Les altcoins, au service de projets vertueux

Bitcoin est aussi considéré comme un projet sociétal, parce qu’il remet en cause le rôle d’intermédiaires dans la circulation de la monnaie. C’est le cas pour l’ensemble des crypto-monnaies inspirées de son protocole : les altcoins. Ces dernières empruntent le code informatique du Bitcoin, en l’adaptant à différents objectifs. Leur fiabilité et leur indépendance peuvent en tout cas en faire un moyen pertinent pour financer certaines initiatives. En développant leur propres tokens, avec leur propre système, les altcoins peuvent permettre à leurs utilisateurs de payer un service qui correspond au projet ou à la cause défendue.

De nombreux exemples apparaissent, au fur et à mesure que se développent ces Bitcoin alternatifs. SolarCoin, lancé en 2014, incite comme son nom l’indique la production d’électricité photovoltaïque. Même chose pour HydroCoin avec la production énergétique à partir d’hydrogène. Le Peercoin, lui, est considéré comme écologique, car il utilise un protocole moins gourmand que Bitcoin en énergie (environ 30 %). EverGreenCoin a été créé pour le financement et la défense de grandes causes environnementales. Le BioCoin est pour sa part décrit sur son site comme « un écosystème actif qui soutient les communautés locales et l’économie verte, en créant un réseau mondial d’entreprises socialement responsables, et en accélérant l’adoption générale de l’agriculture biologique, du développement durable et d’une consommation responsable ».

Beau programme que développent ces monnaies virtuelles et vertueuses. Leur capital reste toutefois bien loin de ce que représente aujourd’hui le grand cousin Bitcoin. Nous chercherons aussi à savoir à quel point et comment ces nouvelles monnaies virtuelles espèrent concrétiser leurs objectifs bienveillants.

À bientôt donc, pour en savoir plus sur le potentiel sociétal et écologique des crypto-monnaies !


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