EXTRAIT DU MAG – À Trappes, dans les Yvelines, la plupart des enseignants des écoles primaires du Réseau d’éducation prioritaire expérimentent une pédagogie fondée sur l’empathie, pour aider leurs élèves à mieux apprendre en développant la bienveillance et la coopération en classe.

école primaire clément à Trappes qui pratique une pédagogie basée l'empathie pour faciliter les apprentissages

L’école primaire Clément à Trappes fonde sa pédagogie sur la bienveillance

C’est leur petit rituel du matin. Dans cette classe de CP de l’école primaire Clément à Trappes, Noah, Yasser, Léa et leurs camarades sont invités par leur maîtresse, à prendre un petit temps de repos en silence, avant d’exprimer leur météo intérieure du jour. Joie, colère, tristesse, fatigue, chaque élève met un mot sur son ressenti de l’instant en prenant soin de le localiser dans son corps. « Cela nous permet d’entrer en relation les uns avec les autres. Et je connais mieux l’état d’esprit des enfants avant de démarrer la journée », explique Marion Puech.

Depuis trois ans, cette jeune enseignante a intégré les émotions dans sa routine de classe quotidienne. Le but est de développer l’empathie entre les élèves. Comment, en effet, s’identifier à autrui sans d’abord réussir à nommer ses propres états émotionnels ? L’enseignante est constamment à l’écoute des ressentis des enfants pour mieux adapter son comportement aux situations. « Lorsqu’un enfant est en colère, je ne le réprimande pas, je le prends en compte, et je lui propose d’aller se calmer dans un espace dédié dans la classe. Je sais qu’il sera plus réceptif aux apprentissages ensuite. » Pour apaiser les tensions, l’enseignante pratique également des exercices de relaxation avec ses élèves. Les enfants sont initiés à la respiration consciente et à la méditation après le repas de midi. Grâce à ces pratiques, le climat de la classe s’est transformé au fil des années. « Les enfants sont plus sereins et moi aussi. Il est plus facile d’enseigner dans ces conditions », explique-t-elle.

La coopération plus efficace que la compétition ?

Marion Puech, enseignante à l'école Clément à Trappes, fonde sa pédagogie sur l'empathie

Marion Puech, enseignante à Trappes

Durant la classe, l’enseignante encourage également la collaboration entre les élèves. Un enfant qui rencontre des difficultés en lecture est spontanément aidé par un camarade. La coopération est donc valorisée pour lever les freins à l’apprentissage. « L’objectif est de créer un climat de confiance, car c’est la peur de se tromper qui empêche d’apprendre », précise Marion Puech. Le passage au tableau, par exemple, n’est plus forcément vécu comme une expérience solitaire de confrontation avec le reste de la classe. Pour éviter que la peur ne paralyse un élève qui a pourtant révisé sa leçon, l’enseignante s’appuie ainsi sur le collectif. Lorsqu’un élève récite une poésie, il est autorisé à demander de l’aide à un camarade “joker” en cas de trou de mémoire. Les bienfaits de cette méthode ont des effets très concrets observés par l’enseignante : « Les jugements et les moqueries entre élèves ont quasiment disparu. Les enfants s’expriment plus facilement à l’oral, ils sont davantage volontaires pour les exercices de lecture ou de calcul mental. » L’objectif est d’aider les enfants à mieux apprendre ensemble.

Et pour favoriser un climat de classe serein et bienveillant, la créativité des enseignants est encouragée au sein de groupes de travail où chacun peut partager ses bonnes pratiques. Cette année, ces propositions pédagogiques vont faire l’objet d’une évaluation scientifique : « Une chercheuse en neurosciences va analyser les résultats scolaires des élèves qui ont intégré la bienveillance en classe », précise Céline Cagnol, coordonnatrice du Réseau d’éducation prioritaire de Trappes.

L’empathie, la clé du bien vivre ensemble

Une école primaire de Trappes fonde sa pédagogie sur la bienveillance 60 % des enseignants du Réseau d’éducation prioritaire de Trappes sont aujourd’hui formés aux bases de la bienveillance, grâce à un programme conçu par le psychologue et sociologue Omar Zanna. Ce chercheur à l’Université du Maine s’est longuement interrogé sur les mécanismes de la violence. Il a étudié les comportements de jeunes délinquants incarcérés et a découvert, au cours de ses recherches, que l’incapacité de se mettre à la place d’autrui était directement liée au fait d’être coupé de ses propres émotions. « Lors d’un passage à l’acte violent, l’empathie est anesthésiée. L’autre est considéré comme un objet. Cette anesthésie se produit car il y a une difficulté à gérer la colère ou la frustration. Les jeunes violents sont débordés par leurs émotions », précise-t-il.

Ce constat a conduit le chercheur à construire un programme de formation qui met en lumière les conditions nécessaires à l’émergence de l’empathie au sein d’un groupe humain. Il a identifié que la pratique collective, l’observation d’autrui, les jeux de rôles et l’expression des ressentis développaient naturellement l’empathie. Pour le chercheur, si l’école a bien pour vocation de former les esprits de demain, elle a aussi la responsabilité de former les futurs citoyens. « Les compétences sociales et relationnelles sont aussi importantes que les connaissances. Ceux qui réussissent sont ceux qui savent conjuguer les deux », résume-t-il.

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