INITIATIVE LOCALE – En France, des collectifs se montent pour développer des filières locales de consigne des bouteilles en verre. Direction : Pays de la Loire (Loire-Atlantique et Maine-et-Loire), à la rencontre de l’association Bout’ à Bout’, qui propose une alternative au recyclage, très polluant.

Plus de 70 % des bouteilles en verre ont été recyclées en 2015, selon l’Ademe. Un chiffre élevé que répètent souvent les industriels du secteur pour justifier l’importance de leur mission. Or, pour y parvenir, il faut fondre les contenants à très haute température (à 1 500 °), une action très polluante, qui rejette du CO2. Sans oublier les étapes d’après : la collecte des emballages en verre, qui sont ensuite transportés en centres de traitement, où se déroule l’opération d’extraction des éléments indésirables. Puis les nouveaux contenants sont fabriqués, à partir des restes fondus des anciens contenants, dans les usines verrières.

Et le souci c’est qu’il n’y a que 15 centres de traitement sur le territoire, ce qui augmente les kilomètres à parcourir pour certains. Célie Couché propose une alternative au recyclage des contenants en verre. Elle a fondé l’association Bout’ à Bout’ pour développer le secteur de la consigne au niveau régional. Une initiative écologique qui a du sens au niveau local, selon elle, et qui, jusque dans les années 80, se pratiquait à grande échelle.

À lire aussi : Une consigne pour les bouteilles en plastique ?

La consigne ? “C’est logique”

En Loire-Atlantique (44), elle est pour l’instant parvenue à convaincre une dizaine de producteurs de vin, de bière, de cidre, de jus et une trentaine de distributeurs à passer à l’action. Ces derniers invitent les clients à rendre les contenants vides parfois en échange d’une petite somme à récupérer. Ce sont quelques centimes d’euros compris dans le prix d’achat.

Bouteilles et bocaux peuvent être utilisés de nombreuses années, et les producteurs s’en rendent de plus en plus compte, même s’il y a encore des idées reçues sur la consigne à propos du lavage, notamment chez certains vignerons car selon eux, laver le contenant peut le détériorer. Or, si un premier y vient, les autres auront tendance à le suivre. « Cela leur paraît logique et on devrait tous y venir », estime Alan Bouazza, bénévole de l’association en Maine-et-Loire (49) qui a ouvert un magasin de vrac.

Bout à Bout’ proposent concrètement deux options. Soit, l’association prend tout en charge, soit le producteur collecte ses bouteilles vides qui sont envoyées dans une ancienne laverie industrielle.

Des bouteilles standardisées

Si les producteurs choisissent la première offre, Bout’ à Bout’ organise la collecte des bouteilles vides chez les producteurs, si ces derniers proposent de la vente sur lieu de production, mais aussi chez les distributeurs (magasins, caviste, cafés, restos etc.). « Cela évite la manutention et le stockage pour les producteurs pour qui cela représente un frein. Car ils n’ont ni la place, ni le temps, ni l’envie », résume Célie Couché. Elle poursuit : « La collecte est réalisée par des partenaires qui circulent déjà sur le territoire avec un maillage fin, pour éviter de mettre de nouveaux camions sur la route. » Si, en revanche, le producteur opte pour l’option 2, le producteur récupère lui-même ses bouteilles chez ses distributeurs et les stocke sur son lieu de production. “Elles sont alors récupérées d’un coup pour partir au lavage », précise Célie.

Son association a proposé que les producteurs choisissant l’option 1 vendent leurs boissons (ou une partie de leurs offres) dans des contenants similaires. Une standardisation qui concerne la bière et le vin, mais aussi le cidre et le jus. « Pour les vignerons, ajoute Célie, il est possible d’intégrer le système seulement pour une partie de leur gamme (car il y a une multitude de bouteilles différentes).” Pour l’instant, l’asso est en phase de test, mais elle vise à réemployer 2 millions de bouteilles d’ici fin 2020.

Des initiatives qui se multiplient en France

En Alsace, de par sa proximité avec l’Allemagne, pays où la consigne se pratique encore en masse, la pratique consistant à éviter le recyclage des bouteilles n’a jamais disparu. Depuis quelques années, des initiatives similaires à Bout’ à Bout’ émergent. En particulier, en Bretagne (Distro, qui signifie « retour » en breton) ou dans le Jura (Clus’ster). Le réseau Consigne recense les initiatives et vous accompagne si vous voulez vous lancer dans l’aventure sur un territoire, voire au sein d’une entreprise.


Commentaires