Le premier Prix du roman d’écologie (Le Pré) a été décerné cette semaine à Emmanuelle Pagano pour son ouvrage Saufs riverains, publié en 2017 aux éditions P.O.L. On a échangé avec la cofondatrice du Pré, Lucile Schmid.

« Le livre d’Emmanuelle Pagano raconte comment la nature a été transformée par l’activité humaine, commence Lucile Schmid, qui a co-créé l’association éponyme à l’origine du prix. L’ouvrage relate la transformation d’un paysage. » En l’occurrence, la vallée de la Salagou (dans l’Hérault), « terre des ancêtres de l’auteure ». « Saufs riverains permet par ailleurs de redécouvrir ce que l’on a oublié », c’est-à-dire, dans ce roman, « la vie à la campagne en famille et sans argent ».

Emmanuel Pagana, la première à recevoir le Prix du roman d'écologieLucile Schmid a cofondé le Pré pour mettre en avant les auteurs qui traitent dans leurs œuvres des questions environnementales. « Qu’il s’agisse des relations entre être humain et nature, de la transition économique et sociale, ou encore de la question animale, le champ du roman d’écologie est divers et croise différentes préoccupations », explique-t-elle.

Des préoccupations donc, qui ne datent pas d’hier, les écrivains s’étant toujours emparés de sujets liés à la nature dans leurs écrits. La cofondatrice cite par exemple Romain Gary, et Les Racines du ciel. Cet ouvrage, paru en 1956 chez Gallimard, traite d’une lutte, la lutte pour la survie des éléphants en Afrique. Or, à l’époque, ces livres-là n’étaient pas forcément “qualifiés comme tel, comme livres d’écologie“. Mais les temps changent : « Aujourd’hui, cela a du sens de dire qu’un ouvrage est un roman d’écologie. »

« Transformer l’image de l’écologie »

Pour elle, la récompense littéraire sert à « transformer l’image de l’écologie ». Et la forme du roman permet de percevoir « la complexité de la chose écologique, au contraire d’un essai, dans lequel l’auteur défend une thèse ». Le jury est composé d’auteurs, comme cette année le Goncourt 2011 Alexis Jenni, et d’étudiants (issus des Écoles supérieures d’art et de design du Havre et de Rouen, et des Écoles nationales du paysage de Versailles et de Marseille). Des libraires ont aussi aidé à la sélection des livres, tous parus en 2017. « Ce sont des personnes qui ne se connaissent pas, et qui perçoivent l’écologie de manière différente », raconte Lucile Schmid, qui encourage à « lire ».

En commençant par les nommés, qui traitent tous de la question du développement durable sous différents angles. Dans Les liens du sang (Le Dilettante), de Errol Henrot, est évoquée «une actualité brûlante, la souffrance animale dans un abattoir. Le récit de l’accouchement d’une truie y est émouvant, incroyable. » Dans Ostwald (L’Olivier), de Thomas Flahaut, est mis en scène un accident nucléaire à Fessenheim. L’auteur pose la question : « Que serait “Tchernobyl”… en Alsace ? » Sirius (Rouergue) de Stéphane Servant est, lui, « un roman pour ado, dans lequel il y a une présence animale incroyable. L’écrivain s’intéresse au thème de la nature qui reprend ses droits. » Joël Baqué, dans La fonte des glaces (P.O.L), signe, de son côté, “une fable passionnante, avec une distance humoristique, sur le réchauffement climatique. Et il mène une réflexion intéressante sur le capitalisme ». Pierre Ducrozet, enfin, s’interroge, dans L’invention des corps (Actes Sud), sur la notion de transhumanisme. D’après Lucile Schmid, il s’agit bien d’un roman d’écologie, dans la mesure où « tenter d’échapper à la mort, c’est essayer de s’affranchir de la loi de la nature ».


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