Le site Covoiturage-libre.fr propose une alternative aux sites payants de partage de trajets. Sans commission, une communauté de bénévoles anime cette utopie collaborative à but non lucratif.

Il est loin le temps où BlaBlaCar s’appelait covoiturage.fr, et où l’on expérimentait le potentiel de solidarité d’internet. Depuis, le petit site solidaire est devenu licorne – terme qui désigne ces start-up dont la valorisation dépasse 1 milliard de dollars. Mais beaucoup n’ont pas digéré le tournant financier du désormais leader mondial du secteur, et une communauté d’irréductibles résiste encore et toujours : Covoiturage-libre.fr !

Ce site, lancé en 2011 par un certain Nicolas Reynaud, permet de proposer des trajets dans toute la France. Une fois mis en relation, les utilisateurs partagent les frais en direct. « Je fais partie des gens qui ont été indignés quand BlablaCar a monétisé le covoiturage, témoigne Alexandre Brand, bénévole pour Covoiturage-libre depuis 2016. Ils sont passés en force, sans consulter les utilisateurs, pour faire passer l’idée d’une commission qui derrière cachait un business plan ! »

Graphiste et musicien à ses heures, Alexandre fait partie des utilisateurs qui se sont sentis lésés par la stratégie de développement de BlaBlaCar. Il fustige « un site qui a fait sa pub sur l’aspect collaboratif, mais qui s’est en fait approprié des idées nouvelles et libres ». Il décide à l’époque de s’engager, et crée le groupe Facebook Covoitureurs réunis, « pour sensibiliser et fédérer la communication entre les différentes plateformes, et que les utilisateurs puissent faire valoir leurs idéaux sans en être esclave ».

Du bénévolat au sociétariat

Aujourd’hui, Covoiturage-libre.fr semble cristalliser les espoirs des déçus de BlaBlaCar. « Il y a d’autres initiatives dans le genre, mais pas suffisamment développées pour avoir une portée collaborative », estime Bastien Sibille. Ce spécialiste de l’entrepreneuriat social, directeur général du Groupe Pop, a répondu il y a trois ans à la sollicitation de l’association. Une nouvelle équipe se forme autour de celui qui voit en Covoiturage-libre.fr, avec ses 100 000 trajets par an, une potentielle licorne de l’économie sociale et collaborative. Mais quel modèle adopter, pour faire face aux mastodontes du secteur ?

« Toute notre action est tournée vers la transformation de l’association en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), nous explique Bastien Sibille. Pourquoi ? Pour nous développer, nous avons besoin de capital, et nous souhaitons qu’il vienne de la communauté ! Je préfère m’adresser aux utilisateurs, comme le fait Enercoop, où il y a une dimension de sociétariat forte. C’est le modèle qui semble le plus adapté à notre action. » En attendant, le site internet a fait peau neuve, et sa page Facebook relaye très régulièrement des appels à participation, à bénévolat, et autres formes d’engagement destinés à impliquer la communauté dans le projet.

Le logo du site covoiturage-libre.fr, site de covoiturage vraiment collaboratif et sans commission.Alexandre, qui fait partie de la dizaine de bénévoles très actifs, nous donne le contre-exemple de FreeCovoiturage : « Fin 2015, ce site s’est lancé avec une communication basée sur le bashing (fait de dénigrer de façon systématique une personne ou une institution, selon le Wiktionnaire), qui disait “pas de blabla”. Ils ont eu un début d’activité très fort qui a vite décliné. » Pour Covoiturage-libre, au contraire, prendre en compte les utilisateurs doit permettre de rendre le service fiable et complet au long-terme. « Comme on n’a pas les moyens de faire du marketing, il faut qu’on travaille sur la communauté », enchaîne celui qui, pour sa part, estime avoir donné « un mi-temps à l’association en 2017 ».

BlaBlaCar racheté par la SNCF ? Légende urbaine :

Contrairement à une idée reçue largement répandue, le site BlablaCar n’a jamais été racheté par la SNCF. Cette plateforme est gérée par Comuto, société chargée de son développement. La SNCF a bel et bien acquis un service de covoiturage en 2013, mais il s’agissait de 123envoiture.com, depuis renommé IDVroom.

Proposer un autre modèle collaboratif

Covoiturage-libre espère donc fédérer les déçus du covoiturage, et transformer ses sympathisants en acteurs financiers. Mais comme pour toute initiative associative, non professionnelle et sans financement, la réussite du projet repose sur les membres actifs. « Entre le montage du site et le montage administratif de l’association, témoigne Alexandre, fédérer la communauté prend du temps ! 

Pour ce faire apparaît l’idée de référents locaux. Ces bénévoles s’engagent à relayer les initiatives, et servir de relais entre le projet et ses usagers sur un territoire. « C’est une approche de la communication par dissémination, veut croire Bastien Sibille, on attend de ces référents qu’ils fassent vivre la communication sur leur territoire ». Et qu’ils gardent le contact avec une communauté, appelée à investir collectivement dans la future coopérative.

« On assiste à une forme de marchandisation du don de soi, les intérêts financiers de plateformes comme AirBNB ou BlaBlaCar sont basés sur la collaboration des utilisateurs, critique le président de l’association, ce que vous faisiez gratuitement jusqu’à maintenant, vous le monnayez ! » Et quand on lui demande s’il est confiant dans la réussite de cet appel à participation des utilisateurs, il nous met une fois encore face à la force d’implication de la communauté : « Depuis notre création, on est très relayés, on a des dons spontanés. La démarche soulève un vrai intérêt. »


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