Selon une étude réalisée en 2017, 5 % des Français seraient végétariens ou végans. Le véganisme  est un mode de vie basé sur le refus de consommer tout produit issu de l’exploitation animale. Pour sensibiliser le grand public à leur cause, certaines associations n’hésitent pas à dénoncer les coulisses de l’élevage industriel à grand renfort d’images choc et à prôner l’abolition de la consommation de toutes les protéines animales. Vont-elles trop loin ? UP le mag fait le point.

La façon de communiquer de certaines associations est-elle trop trash ?

Lorsque les militants végans communiquent, c’est pour montrer la souffrance animale sans filtre. Lors de la manifestation de l’association Impact vegan, il y a quelques mois à Paris, des veaux, des cochons, des poulets sont apparus ensanglantés, en cage, sur des pancartes où des slogans appelaient à abolir la consommation de viande. « Torturés et égorgés pour un simple plaisir gustatif »,  « l’horreur s’arrêtera quand vous arrêterez de manger de la viande ». Des slogans choquants qui peuvent être culpabilisants pour le grand public.

Pour Brigitte Gothière,  cofondatrice et porte-parole de l’association L214, qui dénonce, depuis 2008, la maltraitance des animaux d’élevage,  la violence doit être montrée : « Il ne s’agit pas de culpabiliser ceux qui consomment de la viande. Œuvrer au respect, c’est montrer l’injustice et la cruauté pour qu’elles cessent. Aujourd’hui, cette violence est sciemment cachée, enfouie. » Pour L214, pas question en revanche de s’arrêter à ce type de communication. L’association a organisé le Veggie challenge en janvier dernier, pour encourager les Parisiens à végétaliser leur alimentation en douceur. « Une newsletter avec des recettes et des réflexions éthiques a été envoyée à ceux qui se sentent prêts à accompagner cette transition alimentaire, nécessaire pour réduire notre impact sur les animaux et l’environnement », précise Brigitte Gothière. En 2017, 20 000 personnes ont répondu à l’appel.

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Faut-il se passer de protéines animales pour sauver la planète ?

Valentine ne milite pas dans une association végane, mais elle a fait le choix, il y a quelques années, d’adopter ce mode de vie qui correspond à ses valeurs éthiques et écologiques. « J’ai arrêté de consommer des produits issus des animaux : la viande, les œufs, le lait. J’ai renoncé au cuir pour les chaussures. Ce qui m’a motivée, c’est le respect de la vie. Je préfère éviter de faire souffrir un être vivant en ne consommant ni sa chair, ni sa peau. Et puis l’élevage intensif est source de pollution. Je voulais participer à mon niveau à la préservation de la planète », témoigne-t-elle. La consommation de viande est gourmande en eau et en céréales.

Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, publié en 2013, la production de viande et de produits laitiers est responsable de la moitié des gaz à effet de serre liés à l’alimentation. Toutefois, si les végans plébiscitent une alimentation 100 % végétale, l’association WWF n’en demande pas tant. Selon une étude publiée par l’association de protection de l’environnement, une famille qui adopterait un régime flexitarien permettrait de réduire de 38 % l’impact carbone : « Au quotidien, cela passe par des gestes simples : manger de la viande ou du poisson quatre fois par semaine au lieu de six, et consommer plus de légumes et de céréales », nous précise Pascal Canfin, directeur général de WWF France.

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Les végans défendent-ils les animaux au détriment des humains ?

Les végans refusent de soutenir les industries qui exploitent et tuent des animaux car ils considèrent que l’être humain peut aujourd’hui se nourrir sans infliger de souffrances aux autres espèces qui peuplent la Terre.  Les végans sont-ils plus sensibles à la cause animale qu’à la cause humaine ? Pour Renan Larue, docteur en lettres et coauteur de l’ouvrage Le véganisme, il n’y a pas d’ambiguïté : « On entend  dire que les végans ont des tendances misanthropes. En vérité, des études en psychologie et sociologie ont récemment montré que les végans éprouvent globalement plus d’empathie pour les êtres que ne le font les omnivores. La capacité à se mettre à la place de l’autre concerne tous les autres, qu’ils soient humains ou non. »

L’empathie serait-elle l’apanage des végans ? « Non », répond clairement Pierre-Etienne Rault,  jeune éleveur de brebis bio installé dans le Morbihan. Dans son livre Végano-sceptique : regard d’un éleveur sur l’utopie végane, il s’interroge sur le sens de son métier. Si comme les végans il rejette l’élevage intensif et ses dérives maltraitantes, il défend des pratiques respectueuses du bien-être animal : « Mon troupeau, je le cajole, j’en prends soin. L’élevage paysan n’a rien à voir avec l’élevage industriel. Nous militons pour un abattage à la ferme, avec le moins de souffrance possible. Ma motivation n’est pas économique. J’ai de la reconnaissance pour mes brebis. Je pense qu’en milieu sauvage elles seraient beaucoup plus exposées à la souffrance face aux prédateurs. »

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