REPORTAGE – De nombreux consommateurs sont venus au Salon de l’agriculture en février dernier pour découvrir des espèces animales et rencontrer des éleveurs. Nous avons échangé avec des propriétaires d’espèces locales de cochon et de mouton menacés d’extinction.

alain bourdrez au salon de l'agriculture

Alain Bourdrez, éleveur de moutons boulonnais dans le Pas-de-Calais

Certaines personnes se lancent dans la vie de paysan pour reprendre la ferme d’un membre de leur famille ou, tout simplement par passion des animaux ou afin de se ressourcer au vert, à la campagne, après une carrière en ville en open-space. On les appelle les “néo-ruraux” et ils commencent souvent par créer une activité de maraîchage. D’autres sautent le pas de l’élevage dans le but de « sauver » une race française. Exemple, dans le Pas-de-Calais, à La Comte, près d’Arras, l’éleveur-sélectionneur Alain Bourdrez possède 25 brebis et deux béliers, tous boulonnais. ” C’était une race en voie d’extinction”, explique celui qui exerce également en tant qu’enseignant au collège en mathématiques. “Au 19e siècle, les boulonnaises étaient utilisées pour débroussailler et entretenir les rives, les abords des chemins, les champs des récoltes”, poursuit Alain, qui avait gagné en 2015 un prix au Salon de l’Agriculture dans la catégorie ovins. “C’était de l’éco-pâturage avant-garde. “

Des truies plutôt qu’une mobylette

À lire aussi : Les animaux et nous, je t’aime, moi non plus”, le dossier de la 19e édition d’UP le mag”

Avec la mécanisation, la race est tombée en désuétude : « En 1980, on pensait qu’elle était éteinte. Mais le Conseil régional de Nord-Pas-de-Calais a créé le centre régional de ressources génétiques, ce qui a permis de retrouver quelques éleveurs qui bossaient en race pure. » L’idée : les fédérer pour préserver les moutons boulonnais. Les éleveurs ont par la suite monté l’Association des éleveurs de moutons boulonnais. Ils sont aujourd’hui une petite soixantaine, et Alain en fait partie. Au final, en 2015, 2 500 brebis ont été répertoriées dans le Nord du pays (dans les différentes régions autour de la Belgique jusqu’en Seine-Maritime). Mais la race pure de moutons boulonnais n’est pas encore totalement sauvegardée. Et l’association cherche encore de nouveaux membres. “Certains sont proches de la retraite, il leur faut des remplaçants pour continuer le travail et assurer la reproduction de ces moutons et éviter la consanguinité “. L’idée, donc, préserver la biodiversité en France, “protéger le patrimoine” et assurer aux consommateurs, ajoute l’éleveur, “une bonne viande“.

eleveur porc au salon de l'agriculture

Philippe Vasseur, éleveur de porcs dans la Sarthe

Un peu plus au Sud du pays, un autre éleveur  tente, lui, de sauvegarder une race locale de porc « un peu oubliée après la Seconde guerre mondiale », explique Philippe Vasseur, qui élève 150 truies de la race des porcs blancs de l’Ouest à Lavaré, dans les environs du Mans, dans la Sarthe. Ses animaux, dans le pays des rillettes, font partie d’une des quelques races locales françaises – comme la gasconne, au pays basque – qu’on a laissées tomber dans l’Hexagone car « leur effectif était assez réduit ». Et parce que, « pour nourrir les Français, il avait été décidé de privilégier des races plus conventionnelles, comme le landrace », introduit en France dans les années 30 depuis les pays nordiques.

C’est son fils Guillaume, avec qui il s’est associé après l’an 2000, qui a voulu participer à la relance de la race locale menacée d’extinction. « À l’époque, j’ai préféré qu’il achète des truies plutôt qu’une mobylette », rit-il. Pour l’éleveur de 31 ans, qui parle d’une “cuvée spéciale” pour qualifier ses cochons rares, rien n’est fait. La race, ultra-minoritaire en France, n’est pas encore totalement sauvée. On ne compte qu’une petite centaine de truies de ce type en France. Elles sont réparties dans les régions de Normandie, de Pays de la Loire et de Bretagne. Aujourd’hui, les deux éleveurs ne travaillent qu’en circuit court, et ils fournissent en viande les cantines, les commerces et les particuliers de la région.


Commentaires