La version originale de cet article a été publiée sur

Auteurs : Maude Lavanchy, Associée de Recherche, IMD Business School et 
Jayanth Narayanan, Professeur de Comportement Organisationnel et Leadership, IMD Business School

La méditation de pleine conscience a le vent en poupe, et certains sportifs s’y adonnent depuis longtemps. Tous ceux qui subissent des situations de stress gagneraient à suivre leur exemple, y compris dans le monde du travail.

Gare à l’échec sous pression

Imaginez-vous aux Jeux olympiques. Vous venez de prendre position dans les starting-blocks. Tout ce qu’il vous reste à faire, c’est d’attendre patiemment votre tour pour vous élancer et dévaler la piste. Les caméras sont sur vous. En tant qu’actuel leader de la Coupe du Monde, tout le monde s’attend à ce que vous gagniez. Vous savez très bien comment y parvenir. Après tout, vous avez exécuté ces gestes des milliers de fois. Les conditions météorologiques sont optimales et l’entraînement s’est très bien passé. Tout est parfait, mais pourtant… Cette fois, c’est différent.

Au lieu d’écouter les derniers mots de votre coach, vous commencez à penser à toutes les personnes qui comptent sur vous et s’attendent à vous voir paré d’or. Votre nation attend toujours sa première médaille et votre famille a voyagé pour voir votre performance en direct. Que faire si vous manquez une porte ? Ou bien si vous tournez une seconde trop tard et chutez ? Ces pensées hantent de plus en plus votre esprit, elles sont presque hors de contrôle. Vous éloignez peu à peu votre attention de la tâche à accomplir. Vous commencez à craquer, victime du phénomène d’« échec sous pression ».

Personne n’est à l’abri

Même si l’exemple cité ici vient du monde du sport, cette situation peut concerner quiconque subissant une forte pression. Ce phénomène d’« échec sous pression » n’est pas nouveau. Il a été longuement étudié dans la littérature scientifique. Il fait référence à la réalisation d’une mauvaise performance en regard de celle qui aurait été logiquement attendue, à un moment où les incitations à se surpasser sont maximales. Les attentes, le niveau de pression et le timing sont des éléments clés de ce phénomène.

Les Jeux olympiques représentent un contexte typique où les athlètes peuvent facilement craquer. Il s’agit en effet d’une période particulièrement stressante pour les athlètes, qui les vivent souvent comme une opportunité unique dans leur vie d’obtenir une reconnaissance nationale et internationale. Un rêve pour de nombreux sportifs…

Toutefois, l’« échec sous pression » s’applique également à de nombreux autres contextes, comme lorsque vous devez faire une présentation importante devant votre patron, persuader des investisseurs importants de vous prêter de l’argent, vous présenter lors d’un entretien d’embauche etc. Dans tous ces exemples, les enjeux sont si élevés que vous devriez donner le meilleur de vous-même.

Méditation pleine conscience : maintenir un stress optimal

La loi de Yerkes et Dodson sur la performance est souvent citée pour expliquer le fait de craquer sous la pression. C’est une relation en forme de U inversé entre la performance et le stress physiologique ou mental. Elle dispose que bien qu’une augmentation du niveau de stress puisse avoir des effets positifs sur la performance (par exemple, en renforçant le niveau d’attention et en stimulant l’intérêt pour une tâche), ce bénéfice n’est valable que jusqu’à un certain point. Des niveaux élevés d’anxiété peuvent en effet drainer les ressources mentales et altérer fortement la performance. Le défi est alors de rester dans une zone optimale de stress. Mais comment faire ? La réponse pourrait se trouver du côté de la méditation de pleine conscience.

La méditation de pleine conscience, mindfulness en anglais, est un concept dérivé du bouddhisme. Elle entraîne essentiellement l’esprit à rester vigilant et attentif, en se concentrant sur le « ici » et le « maintenant ». Des chercheurs en comportement organisationnel et en psychologie ont examiné son utilité dans la gestion de l’anxiété. Il apparaît que la méditation de pleine conscience réduit l’anxiété et améliore la performance sur le lieu de travail, si sa pratique est soutenue. Un certain nombre d’athlètes ont d’ailleurs utilisé cette technique pour gérer leur anxiété avant de grands événements sportifs.

L’exemple le plus célèbre est celui du basketteur Michael Jordan, qui a attribué à George Mumford, l’auteur du livre The Mindful Athlete, la capacité de transformer son talent sur le terrain. Mais Michael Jordan n’est pas le seul sportif connu pour cette pratique. Novak Djokovic, Kobe Bryant, LeBron James, Misty May, Kerri Walsh ou encore Tiger Woods sont d’autres athlètes ayant déclaré utiliser la pleine conscience.

Diana Winston, de l’Université de Californie, présente la méditation de pleine conscience, qu’elle enseigne depuis 1993.

Méditation de pleine conscience et monde du travail

Dans toutes les organisations, les individus sont fréquemment confrontés à des situations où la pression est forte, et dans lesquelles ils doivent malgré tout demeurer performants. Dans de tels moments, le risque de craquer sous la pression existe, même si l’on est extrêmement doué et compétent dans la tâche à accomplir. Un bref instant de pleine conscience peut aider à se concentrer et à ramener son attention sur la tâche à accomplir, pour se placer dans une zone de performance optimale.

Avant votre prochaine grande réunion ou présentation, pensez à faire ce qui suit :

  1. Trouvez un endroit tranquille où vous ne serez pas dérangé pendant quelques minutes (si vous craignez de perdre le fil du temps consacré à l’exercice, vous pouvez régler une minuterie sur 10 minutes).
  2. Fermez les yeux et installez-vous dans une position confortable.
  3. Avec intention, volonté et envie, prenez quelques profondes respirations et amenez exclusivement votre concentration sur les sensations ressenties lors de la respiration.
  4. Si des pensées surgissent au sujet de ladite imminente réunion ou présentation, laissez ces pensées être présentes, mais déplacez doucement votre concentration sur votre respiration.
  5. En faisant cet exercice, vous remarquerez que votre esprit se calme. Lorsque votre esprit se calme, il devient plus facile d’entreprendre cette pratique.
  6. Prenez finalement conscience de votre prochaine réunion/présentation, ainsi que du sentiment de bien-être éprouvé grâce à la méditation, et ouvrez les yeux.

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Maude Lavanchy, Associée de Recherche, IMD Business School et Jayanth Narayanan, Professeur de Comportement Organisationnel et Leadership, IMD Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


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