EXTRAIT DU MAG – Les sponsors misent de plus en plus sur le sport féminin en finançant davantage de clubs et de tournois. Une dynamique positive qu’UP le mag déchiffre en compagnie de Cyrille Rougier, chargé d’études au sein du Centre du droit et d’économie du sport (CDES).

Le chiffre date de 2012, mais il n’a, semble-t-il, pas bougé. Cette année-là, en France, le sponsoring dans le sport féminin n’a représenté que 3 % des 273 millions d’euros investis par les 100 plus gros sponsors. Une misère par rapport au sport masculin, qui récupère une grande majorité de ces financements. Néanmoins, selon Cyrille Rougier, chargé d’études au CDES de Limoges, « les voyants sont au vert » pour que la (trop grande) différence s’estompe dans les prochaines années.

Ça bouge dans tous les secteurs. D’abord au niveau des revenus et des audiences des clubs féminins de sports collectifs, qui est en hausse. Le CDES, dans une étude réalisée en 2017 pour La française des jeux, observe que les revenus des clubs féminins de handball ont crû de 54,4 %, ceux de volley-ball de 22,2 % et ceux de basket-ball de 18 % entre 2009 et 2015. Mais on part de loin : les premières ligues féminines de ces trois sports ont généré, en 2014-2015, deux fois moins que leurs homologues masculins professionnels. La situation est encore assez fragile pour les clubs de filles, excepté ceux qui sont associés à une structure masculine, souvent dans le football (exemple, le Paris-Saint-Germain, racheté par le fonds souverain Qatar Investment Authority). « La plupart dépende de subventions publiques », rappelle Cyrille Rougier.

Le nombre de licenciées augmente

D’où l’utile recherche au financement via le sponsoring, les droits télé, la billetterie. « C’est plus dur, car certaines structures manquent de visibilité », souligne le spécialiste du CDES, ajoutant que les sponsors ont tout intérêt à changer d’optique, vu le tarif d’entrée encore assez faible chez les filles. « Pour certaines entreprises, il vaut mieux investir dans le haut niveau féminin, plutôt que d’être le 100e à investir dans un club masculin. »

D’autant que le sport féminin progresse fortement. Pour preuve : les femmes, qui déclarent désormais regarder autant que les hommes les matchs à la télé, pratiquent également de plus en plus. En premier lieu, durant leur temps libre, en dehors d’un club. La part des 15-74 ans, déclarant au moins une activité physique à l’année, a augmenté de 79 à 90 % entre 2000 et 2010, alors que celle des hommes est passée de 88 à 93 %. L’évolution est sensiblement la même concernant l’appartenance à des clubs. À l’heure actuelle, les femmes ne représentent encore qu’un tiers des licenciés, mais elles sautent de plus en plus le pas, y compris pour de la compétition.

En 2015, 37,5 % des licenciés (personnes inscrites dans un club) étaient des femmes, 62,5 % des hommes.

Le sport féminin à la télé, encore minoritaire

Le nombre de licenciées par rapport aux licenciés

Fédération française de volley-ball : 49 % de licenciées (46 738 joueuses)

Fédération française de basket-ball : 36 % de licenciées (185 048)

Fédération française de handball : 36 % de licenciées (183 555)

Fédération française de rugby : 6 % de licenciées (20 393)

Fédération française de football : 6 % de licenciées (121 520)

(Source : Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, 2015)

Des dynamiques qui favorisent la féminisation du haut niveau. « Le niveau va forcément augmenter, puisque les clubs seront de plus en plus pro », précise le chargé d’études économiques au CDES, selon lequel l’image des sportives est « relativement préservée par rapport à celle de certains de leurs homologues masculins ». Signe encourageant pour les potentiels sponsors, qui, ravis, constatent par ailleurs que le spectacle est au rendez-vous pendant les tournois et les matchs.

Les femmes aux Jeux olympiques

A Los Angeles en 1984, les femmes représentent 24 % des athlètes.

A Londres en 2012, 44 % des athlètes.

A Rio, au Brésil, en 2016, 45%.

Et les chaînes l’ont bien compris. À l’heure actuelle, seulement 20 % des sports diffusés sont des épreuves femmes contre femmes. Mais là encore ça évolue : en 2012, le temps d’antenne consacré aux sportives n’était que de 7 %, explique le CDES dans son rapport… De plus en plus de diffuseurs finissent par sauter le pas car c’est moins coûteux et parce qu’ils remarquent que les audiences sont tout à fait « satisfaisantes », estime Cyrille Rougier.

Le top 3 historique des audiences sur la TNT… c’est du sport !

  • ¼ de finale du Mondial de handball masculin (TMC, 2017, France-Suède)
  • Finale de la Ligue des champions de football (C8, 2016, Real de Madrid-Atlético)
  • ¼ de finale de la coupe du monde de foot féminine (W9, 2015, France-Allemagne)

Et c’est un cercle vertueux ! Plus les audiences suivent, plus on va en parler, notamment dans la presse sportive, et plus on va diffuser du sport féminin à la télé, plus celui-ci va se démocratiser, et ainsi de suite. « Investir chez les femmes, conclut Cyrille Rougier, cela peut permettre de bénéficier d’une image ‘moderne’. »

Cet article est extrait du numéro 18 de UP le mag, que vous pouvez acheter sur notre boutique.

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