INITIATIVE LOCALE – L’entreprise bretonne Algo Paint a développé une peinture fabriquée à base d’algues de la région. Tout aussi efficace que ses grandes sœurs issues de la chimie du pétrole, la gamme de peinture Algo est donc écologique mais aussi locale et moins chère. La start-up a remporté le 2e prix du public de My Positive Impact, organisé par notre partenaire, la Fondation pour la Nature et l’Homme.

La peinture est partout autour de nous, sur les murs de nos logements ou de nos bureaux, ou encore dans tous les établissements que nous fréquentons (hôpitaux, crèches, administrations, supermarchés…. ). La grande majorité de ces peintures sont fabriquées par les cinq plus grandes entreprises internationales. Et toutes fabriquent de la même manière leurs pots destinées aux professionnels ou aux consommateurs : à l’aide de la chimie du pétrole.

C’est pour casser ce schéma et survivre dans un secteur très concentré que l’entreprise bretonne Félor décide d’innover grâce aux algues, sous l’impulsion de son directeur général, arrivé en 2000 à la tête de l’entreprise, fondée par sa belle-famille. « Le projet d’Algo s’est construit sur trois valeurs fortes. Fabriquer des peintures à partir de la chimie végétale, plutôt que de la chimie du pétrole. Utiliser des ressources locales et renouvelables issues de notre région. Et proposer aux utilisateurs des produits sains », explique Lionel Bouillon, président d’Algo Paint, qui a développé le projet devenu en 2015 une entreprise distincte de Félor qui a « incubé » la jeune pousse. L’idée même du projet est également locale, puisque que le jeune président s’est inspiré d’une belle réussite entrepreneuriale de la région, basée à La Gacilly, qui innove en matière de chimie végétale depuis des décennies. « Nous nous sommes dit que si Yves Rocher réussi à fabriquer des cosmétiques à partir d’algues, pourquoi nous ne pourrions pas faire de même avec la peinture », nous rapporte Lionel Bouillon.  

Sans solvant, ni odeur

Une fois l’idée lancée en 2008, une longue étape de recherche et développement démarre, en partenariat notamment avec l’école nationale supérieure de chimie de Rennes et le centre d’études et de valorisation des algues (CEVA). « Durant quatre années, tous les bénéfices de Félor ont été investis dans ce projet », souligne le président. Puis en 2012, un premier prototype est testé. A partir de là, tout s’enchaîne : la startup est repérée par la chambre de commerce et d’industrie, elle remporte plusieurs Prix qui lui offre une visibilité bienvenue. La dernière en date : le Prix du public du Trophée My Positive Impact organisé par la Fondation pour la nature et l’Homme (FNH).

En 2014, Leroy Merlin est la première enseigne de bricolage à proposer le produit dans ses rayons, depuis suivie par d’autres. Pour cause : chez le consommateur de plus en plus soucieux de l’air intérieur, les arguments font mouche. Alors que la peinture est une source majeure de pollution intérieure, renforcée par l’isolation toujours plus importante des bâtiments, Algo fabriquée à 98 % de matières biosourcées est sans solvant ni odeur. Ses composés organiques volatils (COV) sont 10 fois inférieurs à une peinture classique, avec moins de 1g de COV par litre, rangeant de fait la gamme Algo dans la catégorie A+ en termes de qualité de l’air.

Prix attractif

De plus, le produit se veut responsable sur toute la ligne : les emballages sont fabriqués à partir de matières recyclées et le conditionnement est réalisé par des travailleurs handicapés en Esat (établissement et services d’aide par le travail). Goutte de peinture sur le pinceau : le tarif de ces pots de peinture est moins élevé que celui de ses concurrents, mastodontes du marché.

Des secteurs comme ceux du bien-être, de la petite enfance ou de la santé plébiscitent déjà cette peinture saine et responsable, qui compte également une gamme professionnelle commercialisée sous la marque Algo Pro. La marque compte comme réalisation la rénovation de 25 chambres d’hôpital pour enfants, financée par l’association de lutte contre la mucoviscidose Grégory Marchal. Autre projet : le chai où sont embouteillés les Cognac Hennessy-LVMH, assurant la qualité du produit.  

Si au départ, le projet était sujet de critiques et de raillerie dans le secteur, aujourd’hui il est la promesse d’un renouveau sur le marché, vers lequel, on n’en doute pas, les géants de l’industrie se tourneront très prochainement. En attendant, c’est en Bretagne, à partir de ressources locales, qu’une start-up pleine d’ambition se positionne dans l’air (moins pollué) du temps.


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