REPORTAGE – Début janvier, le ClubHouse a organisé une journée portes ouvertes. UP le mag y était et vous fait découvrir ce lieu où sont accompagnées les personnes avec un trouble psychique dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Visite guidée.

« J’aimerais intégrer le ClubHouse pour rompre mon isolement, car j’ai besoin d’être entourée de personnes qui me comprennent et qui sont là pour les mêmes raisons », nous explique Marissa*, 48 ans, venue aux portes ouvertes de l’association en cette journée ensoleillée d’hiver. Créatrice de bijoux, sa bipolarité nécessite en ce moment « un break professionnel » : « Je suis fatiguée, je ne veux pas travailler tout de suite. Mais j’ai besoin d’être active, de rencontrer des gens, de me faire un réseau, de garder un pied à l’extérieur. »

Comme à chaque fois, les portes ouvertes du ClubHouse sont un succès. Et, pour cause, le principe du projet, né aux États-Unis dans les années 40 à l’initiative de personnes souffrant de troubles psychiques et importé en France fin 2011, est inédit. « C’est un lieu créé par et pour les membres », souligne Cécile Hambye, qui a rejoint le ClubHouse il y a tout juste deux mois en tant que salariée ou plutôt « staff », selon le jargon de l’association. L’objectif de l’association est de favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des personnes souffrant de troubles psychiques (dépression, bipolarité, schizophrénie…).

3 ClubHouse en France

Comment ? « Le ClubHouse est dans une démarche d’inclusion. On ne limite pas la personne à son handicap, mais on la regarde avec ses compétences, ses qualités. L’idée est que chacun ait sa place, apporte sa brique à l’édifice en fonction de ce qu’il veut ou peut faire. Ca permet à chacun de prendre confiance, d’être utile », précise Jean-Philippe Cavroy, directeur du ClubHouse France. C’est pourquoi d’ailleurs, les personnes accueillies ne s’appellent pas des bénéficiaires ou des usagers mais des membres, une façon de ne pas les stigmatiser comme malade. Aujourd’hui, l’association compte 330 ClubHouse dans le monde, trois en France dont deux qui ont ouvert à Bordeaux et Lyon à l’automne 2017. Le ClubHouse de Paris compte 230 membres inscrits et accueille en moyenne entre 35 et 45 membres.

Concrètement, au quotidien, les membres, accompagnés par le staff, « font tourner la maison », c’est-à-dire qu’ils s’occupent de sa bonne gestion : organisation des repas du midi, définition du programme d’activités, mise en place de la communication du lieu… Chacun participe, en fonction de ses envies, de ses appétences et de son état. Un jour, un membre peut s’occuper de faire les courses pour le déjeuner et un autre jour, se charger de la rédaction de la newsletter. Il n’y a aucune obligation. Cela vaut pour le choix des activités mais aussi pour les jours et les horaires de venue de chacun. Ce principe de liberté est au cœur de la philosophie du ClubHouse.

Emploi accompagné

Jean-Philippe Cavroy, Directeur Club House France en entretien individuel avec un membre.

Jean-Philippe Cavroy, directeur Club House France en entretien individuel avec un membre

Jérôme*, 44 ans, est un des tout premiers membres du ClubHouse Paris. Il vient deux à trois fois par semaine. Aujourd’hui, il accueille les visiteurs en binôme avec Cécile Hambye. Ensemble, ils font visiter le très bel espace parisien. Au rez-de-chaussée se trouve ce qu’on appelle ici la Ruche. À l’image des abeilles butineuses, qui toutes, ensemble, œuvrent à la fabrication de miel, les membres et le staff élaborent les activités culturelles, préparent les repas dans la grande cuisine ouverte et déjeunent ensemble.

À l’étage, l’espace appelé la Forge est, lui, orienté emploi, lequel est au cœur du projet de l’association. Y sont dispensés toutes sortes d’ateliers emploi (simulation d’entretien, ateliers CV…) en groupe, mais aussi des accompagnements individuels qui servent à l’élaboration d’un projet professionnel. Surtout, le ClubHouse promeut une insertion adaptée sur le marché du travail grâce aux entreprises partenaires. « Nous avons de vrais partenaires sur lesquels s’appuyer. Ils proposent des stages, des missions courtes mais aussi des contrats plus longs, ils animent des ateliers », souligne Aude de la Source, staff.

Avec ces entreprises, le ClubHouse a mis au point un accompagnement innovant des membres qui intègrent une entreprise : l’emploi accompagné, un dispositif, reconnu dans la loi travail de Myriam El Khomri promulguée en 2016.  De quoi s’agit-il ? D’une relation tripartite faisant que le membre n’est jamais lâché dans la nature et que l’entreprise puisse se tourner vers quelqu’un en cas de difficulté. « Le ClubHouse, l’entreprise et le membre en poste sont toujours en contact pour faire en sorte que le membre est bien dans son travail et dans l’entreprise et éviter ainsi les arrêts de travail, les licenciements », détaille Aude de la Source, qui comme les autres staff vient du monde de l’entreprise, et non du secteur médico-social.

“J’ai hâte”

Et ça marche. En décembre 2017, 29 % des membres de Paris étaient en activité ou en formation, soit 61 personnes. « J’ai intégré le ClubHouse pour rompre mon isolement social et professionnel.  Après 13 ans dans des agences de communication et de publicité, j’ai arrêté de travailler à cause de ma maladie. À ce moment là, je pensais que pour moi, le travail c’était mort. Mais ici, j’ai appris à développer une belle confiance en moi, ouvrir les yeux sur les autres. Et j’ai même réalisé deux missions dans une agence. C’était super », témoigne Alexandra, membre du ClubHouse de Paris.

Raphaëlle Bouteiler, chargée de co-gestion et d’insertion du ClubHouse

Raphaëlle Bouteiler, chargée de co-gestion et d’insertion du ClubHouse

« Mais le ClubHouse n’est pas une agence de placement » prévient Simon*, un des membres du ClubHouse qui, à l’instar de Jérôme, fait visiter les lieux. En effet, bien que la mission première du ClubHouse reste l’insertion professionnelle, aucune pression n’est mise sur les membres. « Nous discutons du projet professionnel quand les membres sont prêts. C’est à eux de décider quand ils le sont », soutient Aude de la Source. Jérôme, qui éprouve des difficultés dans ses relations sociales, abonde : « C’est un lieu où l’on peut prendre son temps, poser le pied. J’ai mis deux ans à me sentir bien, au début j’étais timide. »

Aujourd’hui, il commence à réfléchir à son projet professionnel, peut-être dans l’architecture d’intérieur ou le design, ses premières amours, ou alors pourquoi pas dans la cuisine, une activité qu’il apprécie beaucoup au ClubHouse. Mais déjà, l’association lui est bénéfique : « Ici j’ai l’impression d’être mieux valorisé que lorsque j’étais employé comme caissier. Et puis je rencontre des gens, je teste plusieurs choses. » Marissa, venue voir à quoi ressemblait concrètement le lieu, est emballée. Elle a déjà envoyé un e-mail pour motiver son envie d’intégrer l’association et espère pouvoir faire partie des membres. « J’ai hâte », nous confie-t-elle.

* À leur demande, le prénom des personnes, qui ont accepté de répondre à nos questions, a été modifié.


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