TOUT COMPRENDRE – L’avenir du vélo est-il dans le free floating, c’est-à-dire des deux-roues partagés que l’on peut déposer n’importe où (ou presque) ?

Ils s’appellent Gobee bikes, Ofo et autres Obikes, ils sont verts, jaunes ou encore gris. Des vélos en libre-service, prévus pour être enfourchés et déposés où l’utilisateur le souhaite, ont fait leur apparition dans plusieurs grandes villes de France. Ils ne sont pas passé inaperçus, suscitant de nombreuses questions autour de leur fonctionnement. UP le mag fait le tour de la question.

Comment ça marche ?

Tous ces services reposent sur le même principe : un cadenas qui s’ouvre, via une application et la géolocalisation. Une carte sur une application permet de repérer les vélos autour de soi. Il suffit ensuite de passer un smartphone devant un flash-code situé sur le vélo pour ouvrir le cadenas. Ensuite, un compteur se met en route. À l’arrivée, il suffit de fermer le cadenas et d’indiquer la fin du trajet à l’application, qui calcule le tarif. Les marques proposent une offre à 50 centimes en moyenne la demi-heure.

Crédit : Gobee bike

La plupart du temps, le système connecté est alimenté par une batterie longue durée. Chez Gobee, l’électronique fonctionne grâce à un petit panneau solaire à l’avant de son vélo. Par ailleurs, la majorité de ces nouveaux vélos sont équipés de pneus pleins, censés être increvables.

Qui dépose et entretient ces vélos ?

Parmi les entreprises qui ont accepté de répondre à nos questions, l’entreprise chinoise Ofo nous a indiqué avoir déployé 1 000 vélos sur Paris, et mobilisé une trentaine de personnes avec trois missions principales : le déploiement et redéploiement, le suivi du parc, la réparation. « Chaque jour, nous ajustons notre service, le déploiement, l’entretien des vélos, etc. », nous a indiqué l’entreprise. Cela signifie que les vélos peuvent être déplacés par les équipes de l’entreprise durant la nuit, dans des endroits plus propices à leur utilisation.

L’entreprise Gobee bike ne nous a pas apporté de précisions sur ce sujet. Mais nous avons remarqué que la marque comptait s’appuyer sur les utilisateurs en offrant des « courses cadeaux » à ceux qui déplacent des vélos dans des « zones d’affluence ».

L’entreprise Pony Bikes nous a indiqué avoir déposé 240 vélos à Angers, où sont mobilisés 11 personnes pour le déploiement et l’entretien.

Ces vélos sont-ils à l’abri d’actes de vandalisme, de privatisations et de vols ?

C’est la grande question que suscite la vue de ces vélos. Sur ce point, difficile d’être optimiste, même si toutes les marques prétendent que leur système de sécurité est très solide. L’entreprise Gobee bike (les vélos verts) a déjà décidé de se retirer des villes de Lille, de Reims et de Bruxelles, quelques mois après s’y être implantée, justement à cause du vandalisme, des privatisations et des vols. Le Guardian a par ailleurs révélé des images assez frappantes de « cimetières de vélos », en Chine, résultat de l’explosion des offres et des actes de vandalisme.

L’un des images réalisées par le Guardian, en Chine, partagée sur Twitter :

Pourtant, les acteurs du secteur se veulent optimistes et affirment être préparés. Gobee bike reste implanté à Paris et affirme avoir « multiplié par 3 » sa capacité d’intervention, sans préciser le nombre de vélos et personnes déployées. « Nous déposons systématiquement une plainte au commissariat local lorsque la police procède à une interpellation », indique également l’entreprise. La marque Ofo indique, elle, avoir mis en place « un système de points récompensant les utilisateurs adoptant la meilleure conduite », mais nous n’avons pas eu l’occasion de tester ce service. ” Nous avons très peu de problèmes de privatisation. Quand nous en avons, ils sont dues dans 100% des cas à une densité de la flotte trop faible dans la zone de l’usager qui est simplement inquiet de l’éventualité de se retrouver sans vélo le lendemain! Afin de l’éviter au maximum nous essayons de garder une densité constante de vélos par kilomètre carré “, nous a précisé l’entreprise Pony Bikes.

Quelle réglementation ?

Les autorités publiques ont un rôle a jouer pour éviter l’encombrement des espaces urbain. À Paris, Christophe Najdovski, adjoint chargé des transports et de l’espace public, et Jean-Louis Missika, chargé de l’urbanisme, ont reçu mi-novembre dernier les opérateurs intéressés pour se lancer dans la capitale. La Ville réfléchit à l’instauration d’un code de bonne conduite, et à faire payer une redevance pour « occupation commerciale de l’espace public » aux entreprises de vélo en free floating.

Est-ce que c’est rentable ?

La question se pose au regard des tarifs très attractifs proposés par ces entreprises. « Nous ne pouvons pas communiquer sur un seuil de rentabilité, mais nous considérons que le service fonctionne bien entre 5 et 10 utilisations par jour. Le free floating permet de maximiser ce taux d’utilisation », nous a indiqué l’entreprise ofo.

« Il convient d’évaluer le coût du service, qui ne peut fonctionner qu’avec au minimum trois ou quatre rotations quotidiennes, ce qui demande des fortes densités, et encore. Pour le moment rien n’est équilibré, dans la mesure où ces projets sont financés par des levées de fonds », observe Marie-Hélène Massot, professeure à l’École d’urbanisme de Paris, interrogée par le réseau Villes cyclables

Quel avenir pour le vélo-partage ?

En dépit de ces différentes questions, les vélos en free floating pourraient se faire une place en complément des autres services. C’est d’ailleurs souvent leur objectif. « Notre ambition est de développer une offre complémentaire des offres existantes, notamment en déployant nos vélos sur les nœuds inter-modaux », nous a indiqué l’entreprise Gobee bike. À Paris, notamment, les opérateurs profitent actuellement des retards importants dans le déploiement du nouveau Vélib’. Mais il est difficile d’imaginer que toutes les marques survivront.

« Nous n’avons absolument rien contre ces vélos, au contraire, mais nous sommes vigilants sur trois points : l’encombrement des trottoirs, l’entretien des vélos garantissant la sécurité des usagers et l’obsolescence », résume Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette. « Il ne faudrait pas que ces services, s’ils sont mal maîtrisés, contribuent à détériorer l’image du vélo », souligne-t-il. Et de rappeler que les priorités, concernant la politique du vélos, doivent avant tout être l’aménagement de pistes cyclables et de parkings pour bicyclettes. C’est d’ailleurs l’une des conclusions de la grande enquête menée par l’association auprès des usagers de vélos récemment, le baromètre des villes cyclables.


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