TOUT COMPRENDRE – Les barquettes en plastique utilisées dans les cantines scolaires devraient disparaître à Bordeaux et à Toulouse. Strasbourg a déjà franchi le pas. Dans ces trois villes, des collectifs de parents ont pointé du doigt les risques liés aux perturbateurs endocriniens.

Chaque jour à Toulouse, 33 000 repas fabriqués par la cuisine centrale de la ville sont conditionnés dans des barquettes en plastique afin d’être transportés vers les 200 cantines de la ville. Les repas sont ensuite réchauffer dans des fours adaptés avant d’être servis aux enfants scolarisés de la maternelle au CM1. Un système qui semble aujourd’hui avoir atteint ses limites. D’abord parce que le coût écologique est de plus en plus élevé. À Toulouse, ce sont plus d’un million de barquettes qui sont utilisées puis jetées en moyenne chaque année. Ensuite parce que le plastique est soupçonné  de contenir des perturbateurs endocriniens, responsables de dérèglements hormonaux, et suspectés par les scientifiques comme étant à l’origine des problèmes de fertilité voire même la cause de certains cancers ou de maladies neurologiques.

Une forte pression des collectifs de parents d’élèves 

Christine Chabanette fait partie de ces parents alertés par la question des perturbateurs endocriniens. En 2015, elle crée avec une trentaine de parents un collectif et le blog Qualité Cantines Toulouse.  L’objectif est alors d’alerter la municipalité des risques potentiels encourus par les enfants. “Les enfants sont exposés quotidiennement, puisque la nourriture est conditionnée dans du plastique avant d’arriver dans leurs assiettes. Il y a encore trop de doutes sur les conséquences d’une telle exposition. Nous étions favorables à des solutions alternatives”, explique Christine Chabanette pour motiver la démarche du collectif. En 2016, des premiers contacts sont établis avec les élus en charge de la restauration scolaire à Toulouse afin de mettre le sujet sur la table.

Au début, les discussions étaient un peu tendues. Progressivement le dialogue s’est établi. Un groupe de travail composé de parents, d’élus et de fonctionnaires en charge de la restauration scolaire a été créé”, poursuit la maman d’élève. La même démarche  se déroule parallèlement  dans d’autres grandes villes de l’Hexagone. À Strasbourg et à Bordeaux, des collectifs de parents demandent aux élus de remplacer les contenants issus de la pétrochimie par des matériaux alternatifs biodégradables et naturels.

Des solutions alternatives existent 

Un cantine à Toulouse
(crédit photo : Christine Chamanette)

À Toulouse, le timing est favorable car le contrat avec le principal fournisseur de barquettes arrive à échéance fin 2018. Pour Martine Susset, conseillère municipale en charge de la restauration scolaire, l’occasion était idéale pour amorcer un changement : “Nous avons sollicité des fournisseurs innovants. Nous sommes en train de faire notre choix. Nous avons eu une proposition intéressante pour une barquette en bois. Elle est recouverte d’un film en amidon de pomme de terre et de maïs.”  Si de nouveaux matériaux ont été développés par des entreprises françaises, la concurrence reste faible et l’innovation écologique a encore un coût : “Les contenants alternatifs sont en moyenne 20 à 30 % plus chers que les contenants e.n plastique”, constate l’élue locale. Aucune subvention n’est prévue par l’État ou l’Europe pour accompagner ce type de transition. C’est donc aux municipalités de trouver leurs propres solutions de financement. “

À Bordeaux, le choix d’abandonner le plastique est réellement un choix politique”, précise de son côté Emmanuelle Cuny, l’adjointe à l’éducation d’Alain Juppé. Dans la capitale girondine, le maire a décidé d’abandonner les assiettes et les barquettes en copolyester, une matière plastique sans bisphénol A. Des analyses ont montré que ce matériau respectait les normes européennes, mais cela n’a pas suffisamment rassuré les parents, qui ont demandé le retrait de tout plastique. A Bordeaux, ils ont été entendus. “Nous testons actuellement des barquettes en cellulose bio-compostable. Nous espérons les déployer d’ici le premier semestre 2018″, précise l’élue locale bordelaise.

À Strasbourg, le plastique a été banni de la cuisine centrale depuis septembre dernier. Les barquettes en plastique ont été remplacées par des bacs en inox dans 18 self-services d’établissements scolaires de la capitale alsacienne. 44 restaurants municipaux devraient être équipés du même matériel d’ici 4 ans.


Commentaires