BIODIVERSITÉ – Un tiers des espèces de chauves-souris sont menacées de disparition en Île-de-France, selon un récent rapport de l’observatoire Natureparif . Ces petits mammifères nocturnes sont pourtant très utiles à la protection des cultures dans la région. Lucile Dewulf, naturaliste et coauteure de l’étude, nous explique comment les sauver. 

UP le mag : Les chauves-souris sont davantage menacées en Île-de-France que dans le reste du pays. Pourquoi ?

Lucile Dewulf : La principale cause de ce phénomène d’extinction est l’artificialisation du territoire et l’intensification des cultures. Le paysage agricole s’est uniformisé avec les années. Les petits bocages ont disparu. Pour se déplacer, les chauves-souris ont besoin de prendre appui sur des habitats naturels : des haies, des cavités de vieux arbres. Quand vous avez des champs à perte de vue comme c’est le cas dans la Beauce, les chauves-souris perdent leurs repères. Par ailleurs, l’utilisation des insecticides les privent de leur nourriture puisqu’elles s’alimentent essentiellement de mouches et de moustiques. Enfin, en milieu urbain, l’éclairage nocturne raréfie les opportunités de trouver des habitats où installer des colonies. Les chauves-souris sont chassées des villes et ne trouvent plus de comble où nicher pour se reproduire.

Les chauves-souris sont pourtant très utiles pour l’écosystème…

Tout à fait. Elles consomment des insectes ravageurs, comme le ver de l’épi de maïs Helicoverpa zea. Une étude réalisée aux Etats-Unis et transposable au contexte francilien a montré que les parcelles inaccessibles aux chauves-souris présentent un taux de dégâts causés par ce ver 56 % plus élevé que sur les parcelles accessibles aux chauves-souris. En exerçant une pression sur ces ravageurs, les chauves-souris protègent également les champs de culture de la possibilité d’infection par les champignons qui profitent des plaies infligées par les insectes pour coloniser les pieds de maïs. Dans le sud de la France, elles ont également démontré leur efficacité contre les chenilles processionnaires dévoreuses d’aiguilles de pin.

Comment rétablir l’équilibre et lutter contre l’extinction des chauves-souris en Île-de-France ? 

Des solutions concrètes existent déjà, et nous les détaillons également dans ce rapport. À Marmande, dans le Lot-et-Garonne, l’introduction d’une centaine de gîtes à chauves-souris a permis de lutter efficacement contre les moustiques-tigres. Plus près de chez nous, sur le territoire du parc naturel régional du Gatinais, situé dans le sud de l’Essonne, une trentaine de communes s’est engagée à réduire l’éclairage public. Dans les Yvelines, dans le parc naturel de la vallée de Chevreuse, une gestion sylvicole raisonnée préserve les vieux arbres et offre des abris naturels aux chauve-souris qui peuvent ainsi se reproduire. Pour lutter contre la disparition des chauves-souris dans la région et préserver l’écosystème, il suffit de renforcer les actions de ce type sur l’ensemble du territoire francilien.

Vous souhaitez participer à la protection des chauves-souris ? N’hésitez pas à rejoindre le réseau de bénévoles qui s’engagent en faveur de ces animaux en Île-de-France !


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