TÉLÉVISION – Le documentaire de Marie-Monique Robin Le Roundup face à ses juges, est diffusé le mardi 17 octobre à 20h50 sur Arte. Il dénonce la nocivité du glyphosate, une molécule controversée présente dans de nombreux pesticides.

En octobre 2016, victimes, experts et juristes se sont réunis à La Haye pour organiser, dans des conditions proches du réel, un procès symbolique contre le Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde et produit par la compagnie américaine Monsanto. La multinationale a refusé de s’y présenter, mais les victimes et les experts ont raconté, devant des juges professionnels, les préjudices causés par l’épandage du produit, des malformations des enfants, via les cancers, les maladies respiratoires ou les rénales et les destructions environnementales.

Les témoignages, entendus durant le procès, laissent à voir l’ampleur des dégâts causés par le produit, aux quatre coins du monde. Marie-Monique Robin a filmé ces victimes et les experts à la barre, ainsi que sur leur lieu de vie, de la France à l’Argentine en passant par les États-Unis et le Sri Lanka – le premier pays à interdire le glyphosate. Le procès est certes symbolique, mais les avis juridiques sont sérieux, et donnent une idée des arguments qui pourraient être avancés lors d’éventuels (vrais) procès contre la firme.

Des témoignages édifiants

 Marie-Monique Robin au côté d'un paysan argentin victime du glyphosate, témoin dans le film

Marie-Monique Robin au côté d’un paysan argentin victime du glyphosate, témoin dans le film. © Marc Duployer

On découvre par exemple le témoignage de Sabine Grataloup, dont le fils, Théo, est aujourd’hui âgé de 10 ans. L’enfant est né avec de graves malformations de l’œsophage et du larynx et a subi plus d’une cinquantaine d’opérations depuis sa naissance, dont une trachéotomie. Propriétaire d’un grand terrain dans l’Isère, Sabine raconte avoir utilisé un produit contenant du glyphosate au début de sa grossesse. La cause, selon elle, des graves problèmes dont est victime son enfant. La famille Grataloup vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle comptait réellement attaquer en justice les fabricants et les distributeurs de désherbants à base de glyphosate, dont Monsanto.

« L’objectif était aussi de progresser sur la reconnaissance du crime d’écocide par le droit international et de l’inclure (…) Si, au XXe siècle, le tribunal de Nuremberg a défini le “crime contre l’Humanité”, aujourd’hui, c’est la planète et la biodiversité que l’on détruit, et il faut inventer une incrimination à la hauteur de cet enjeu, afin de pouvoir poursuivre au pénal les multinationales qui s’en rendent coupables », affirme la journaliste Marie-Monique Robin, dans une interview à Arte. Le 19 octobre, un livre du même nom sortira en librairie. Le film sera également édité en DVD, disponible au lendemain de la diffusion du film sur Arte.

Un sujet particulièrement d’actualité

Ce film est diffusé alors que l’Union européenne s’interroge sur le renouvellement de l’homologation du glyphosate, qui arrive à expiration à la fin de l’année. Les agences européennes, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), en s’appuyant sur les études existantes, ont estimé que le glyphosate ne devait pas être classé cancérogène, contrairement au Centre international de recherche sur le cancer (Circ) qui l’a classé comme « cancérogène probable » en 2015 sur la base de sa propre étude. Après l’avis rendu par l’EFSA, la Commission européenne a proposé, en juillet, de renouveler la licence du produit. Mais l’accord de seize États sur vingt-huit, représentants au moins 65 % de la population totale de l’Ue, est nécessaire pour valider ou infirmer cette proposition. La tenue de la consultation a récemment été repoussée au 25 octobre 2017, mais la France, de même que l’Italie, a annoncé qu’elle voterait contre. Le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot s’est affiché en faveur de l’interdiction du produit en France, d’ici la fin du quinquennat, quoi qu’il arrive au niveau de l’Europe, mais le porte-parole du gouvernement n’a pas confirmé cette échéance.

Dans le même temps, les “Monsanto Papers”, des documents concernant la firme, déclassifiés par la justice américaine, sont épluchés par plusieurs médias, dont Le Monde, et alimentent nombre de controverses. Le quotidien a ainsi montré comment la firme a entrepris de nuire par tous les moyens à l’agence des Nations unies contre le cancer et tenté d’influencer les travaux de la communauté scientifique sur le glyphosate. Récemment, on a ainsi appris que certains scientifiques avaient été rémunérés pour publier des articles favorables au glyphosate, en réalité coécrits par des employés de Monsanto. Aux États-Unis, 3 500 plaignants, victimes ou représentants de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien (un cancer du sang qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate) ont lancé des procédures judiciaires contre le groupe, d’où la déclassification des documents en question.

Presque dix ans après son enquête édifiante sur les OGM, Le monde selon Monsanto, la journaliste Marie-Monique Robin revient avec un documentaire qui tombe au bon moment. « Je suis plus que jamais dans le collimateur des responsables de Monsanto, et il semble qu’ils aient eu accès à ma boîte mail ou à celle des scientifiques du Circ avec lesquels je suis en contact, pour chercher à les discréditer, arguant justement de leurs liens avec “l’anti-OGM notoire” que je suis. Je m’attends à des prochaines semaines assez rudes », affirme-t-elle. Pas sûr, en tout cas, que les prochaines semaines soient plus agréables pour la firme américaine, plus que jamais pointée du doigt.


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