À Villejuif, le collège Karl Marx a accueilli son premier atelier des Brigades culinaires, proposé par l’association la Tablée des chefs. Au menu : bonne humeur, apprentissage autour du bien manger et… ratatouille. On y était, on vous raconte.

À quelques détails près, l’impatience et l’excitation qui flottent dans l’air pourraient laisser croire que nous sommes à quelques minutes du coup de feu du déjeuner d’un restaurant prisé. A quelques détails près… En réalité, nous sommes dans le réfectoire du collège Karl Marx de Villejuif (94). Le chef, Alain-Christian Priso, et son second, Geoffray Lemblin, attendent, non pas des clients, mais des élèves. Ensemble, ils vont participer au premier des dix ateliers du programme Les Brigades culinaires qui se dérouleront durant l’année scolaire.

Ce dispositif est organisé et proposé par l’association la Tablée des chefs, un concept et un nom importés du Québec par Vincent Brassart. Ce professionnel de la restauration, passionné par son métier, s’est lancé dans cette aventure fin 2013, avec l’envie initiale de lutter contre le gaspillage alimentaire. « Un sujet dont on parlait peu il y a encore cinq ans », rappelle-t-il. En plus du volet anti-gaspi, il a été séduit par l’approche éducative. « C’est comme si ce projet avait été fait pour moi », s’amuse-t-il. À chacun des deux volets « Nourrir » et « Éduquer » correspondent des programmes conçus au Québec, puis adaptés aux spécificités françaises.

Le premier vise à sensibiliser les chefs et les professionnels de l’hôtellerie-restauration à l’anti-gaspi et à collecter les surplus pour les redistribuer aux associations d’aide alimentaire. Le second, auquel appartient le programme les Brigades culinaires, s’est donné pour mission d’aller à la rencontre des jeunes qui n’ont pas facilement accès à des produits frais, sains et durables. L’association intervient dans les maisons d’enfants à caractère social (Mecs), ou dans les établissements scolaires de quartiers défavorisés. Là, les objectifs sont multiples : créer du lien social, sensibiliser à l’alimentation saine, avec des produits de saison, plus savoureux et moins chers, et transmettre des notions de nutrition. « Les impacts sont variés, la cuisine joue sur la santé, la mixité, l’apprentissage, l’environnement, l’écologie… », souligne Vincent Brassart.

In fine, la Tablée des chefs intervient auprès des jeunes pour que ces adultes de demain soient autonomes dans leur alimentation. Et les premiers résultats sont probants. Selon une étude réalisée par l’association, avant le début du programme, les participants étaient 53 % à savoir cuisiner seuls. À la fin, ce taux grimpe à 95 %. Par ailleurs, le programme a fait découvrir à 75 % des élèves de nouveaux aliments et de nouvelles saveurs. Cette année, les Brigades culinaires interviendront dans cinq collèges et une dizaine de Mecs.

Partage

À 13h30, une joyeuse bande d’adolescents débarque dans le réfectoire. Ils sont accompagnés de Benoît Girault, professeur d’histoire-géographie à Karl Marx, qui a dzporté le projet au sein de l’établissement. « La direction a immédiatement adhéré au projet, se souvient-il. Les bénéfices de ces ateliers sont nombreux. Ils permettent d’apprendre à cuisiner, à bien manger et apportent des notions de nutrition. » Toutes ces raisons l’ont poussé à encourager la tenue de ces ateliers, mais pas seulement. « Au collège, nous recherchons toujours de nouvelles façons d’accrocher les élèves, les sortir de la salle de classe et leur éviter la routine, explique-t-il. Nous souhaitons que ces initiatives leur redonnent le goût du collège. »

« Mais y’a que des légumes ! », s’étonne un des deux garçons du groupe en découvrant les produits et les ustensiles mis à leur disposition. Et pour cause, la thématique de l’atelier du jour, ce sont justement… les légumes avec, au menu, la confection d’une ratatouille. Par la suite, chacun des ateliers aura une thématique spécifique. Les participants volontaires étudieront ainsi les protéines, la malbouffe, l’anti-gaspillage ou encore le chocolat…. Autant d’apports théoriques, de recettes et de bonnes pratiques de chefs répertoriés dans le cahier des élèves qui leur a été remis.

« La cuisine c’est un jeu, mais un jeu sérieux, commence Alain Christian Priso pour présenter son métier et les ateliers. Mais c’est surtout du partage. » C’est ça qu’il a envie de transmettre aux jeunes… et pourquoi pas susciter des vocations chez certains, nous a-t-il confié avant que ne démarre l’atelier.

« Cuisiner, c’est cool »

Ni Manele, jeune fille de 14 ans ou Mickaël, 15 ans n’envisagent ce futur pour l’instant. Tous les deux se sont inscrits au programme pour apprendre, pour « plus tard ». « Cuisiner, c’est cool », nous confie la jeune fille qui aide souvent sa mère. « Je trouve dommage que des gens ne prennent pas le temps de cuisiner. Savoir cuisiner permet de manger autre chose que des plats préparés. » Et bien sûr, c’est bien plus économique, contrairement aux idées reçues. C’est d’ailleurs un préjugé que l’association souhaite combattre. « Avec un petit budget de 10 euros par exemple, plutôt que de s’acheter un menu kebab, il est possible d’acheter des produits frais et de les cuisiner avec des amis ou en famille par exemple, explique Lyndsi Baker-Daubricourt, directrice de La Tablée des chefs. Sans être moralisateur, on va expliquer qu’on peut manger de temps en temps des plats gras et sucrés. Et qu’un burger peut être accompagné de légumes plutôt que de frites. Ou qu’un burger maison pourra faire plaisir à toute la famille. »

Avant de démarrer, tous se lavent les mains puis enfilent tablier et bonnet d’hygiène. C’est leur première leçon : l’importance de l’hygiène en cuisine. Puis, les neuf collégiens se positionnent devant leur plan de travail respectif. Droit comme des i, les mains dans le dos pour certains, ils attendent les consignes du chef.

Puis c’est parti. Le chef explique la pratique, donne des conseils pour éviter de pleurer en découpant des oignons, rappelle qu’après chaque découpe, un cuisinier nettoie son plan de travail. « C’est bien compris ?, demande-t-il aux collégiens. Si c’est le cas, vous répondez : “Oui chef !” » Message reçu. « Oui chef ! », répondent-ils en chœur, le sourire aux lèvres.

Un peu plus d’une heure après le début de l’atelier, tous les légumes ont été découpés en petits cubes colorés. Ils sont prêts à être cuits. Direction les plaques chauffantes. Dès que « l’huile chante », comme aime à le dire le chef, les élèves versent le contenu du bol dans la casserole puis assaisonnent le tout de sel, de poivre, et de piment d’Espelette. Puis touillent.

Au bout de quelques minutes, les arômes se diffusent dans la salle. « Ça sent bon ! » « C’est beau ! », entend-on s’élever. Dernière étape, et peut-être la plus attendue : la dégustation. Oui, chef !

Bientôt des ateliers culinaires pour les étudiants

Dans le cadre d’un rapprochement entre l’association étudiante La Fage et la Tablée des chefs, deux prochains rendez-vous autour de la cuisine et destinés aux étudiants ont été conçus.

Le premier se déroulera le lundi 16 octobre aux Grand Voisins (Paris 14e), à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation. Le chef sud-africain Kobus Botha proposera aux étudiants volontaires de concocter un One pot, un plat tout-en-un, dans lequel tous les ingrédients sont cuits ensemble.

Le second, sous forme de compétition, se tiendra le 10 novembre lors des Rencontres nationales des Agoraé (espaces d’échanges étudiants et épiceries solidaires mis en place par La Fage). Sept équipes, chacun représentant un jour de la semaine, s’affronteront. L’équipe victorieuse sera celle qui réalisera le menu de la semaine le plus équilibré, gourmand et nutritif, à partir de quelques ustensiles et cuisines et d’une liste d’ingrédients.

Plus d’informations sur www.fage.org

 


 

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