En 2011, la Fédération des associations générales des étudiants (la FAGE) a ouvert sa première épicerie solidaire sur le territoire pour limiter l’exclusion et la précarité étudiantes. Un espace géré par des étudiants pour des étudiants. Seize ans plus tard, on dénombre quatorze AGORAé, dont une à Amiens, où nous nous sommes rendus un lundi matin.

C’est sa première fois. Marine*, étudiante à Amiens, entre dans le local de l’AGORAé, récupère sa nouvelle carte de bénéficiaire, puis remplit son panier de bouteilles d’huile, de produits laitiers et de serviettes hygiéniques. Elle passe à la caisse. Ce jour-là, elle dépense 3,50 euros. Une somme assez dérisoire pour le nombre d’articles achetés dans cette épicerie solidaire étudiante, gérée par la Fédération des associations étudiantes picardes (Faep), la structure locale de la FAGE. « Dans un supermarché, elle aurait bien dépensé une vingtaine d’euros », estime son président Sunny Oubelaid, ravi que l’université de Picardie Jules Verne lui prête le local depuis l’ouverture de l’AGORAé en 2015.

Marine repart satisfaite avec une besace remplie de produits variés. Elle reviendra vite. En tant que bénéficiaire, elle ne paye que 10 % du prix réel des produits que la Faep a récupérés dans des banques alimentaires peu de temps avant. Une fois par semaine, l’étudiante pourra débourser 10 euros dans cette AGORAé, ouverte du lundi au vendredi. Ce montant, l’association l’a déterminé en calculant ce qu’elle appelle « son reste à vivre quotidien », c’est-à-dire la somme qui lui reste dans son portefeuille après avoir payé toutes ses dépenses incompressibles comme son loyer.

« 100 dossiers » par an

Les bénéficiaires n’ont pas tous droit au même budget ; certains ont moins que Marine, d’autres un peu plus. Depuis le début d’année, la Faep a accepté une petite vingtaine d’étudiants après examen de leur situation financière, qui dépend aussi des éventuelles aides parentales. « Sur une année scolaire, on arrivera peut-être à 100 dossiers acceptés », témoigne Laura Guiller, une volontaire en service civique de 21 ans se destinant à une carrière d’assistante sociale.

En remplissant le frigidaire de produits frais, elle nous précise que « certains n’ont pas les moyens de faire leurs courses ici ». Dans ce cas, « on les redirige vers d’autres organismes de soutien », ajoute Sunny Oubelaid, président de la Faep et étudiant en sciences de 22 ans, venu filer un coup de main.

Recevoir, puis aider

L’idée n’est pas de leur tourner le dos ; ces derniers ont tout à fait leur place dans cet espace comme tous les étudiants, d’ailleurs. Et ce, dans la mesure où l’AGORAé n’est pas juste une épicerie solidaire. Sur place, on peut étudier, entamer une partie de baby-foot, lire un peu, prendre un café, assister à des ateliers de sophrologie, de kinésithérapie, et même découvrir des expositions. Ces jours-ci, par exemple, photos, poèmes et peintures d’étudiants ornent les murs… Il y a même une cuisine refaite récemment où chacun est libre de venir préparer sa nourriture.

Les chiffres à retenir

  • 14 AGORAé ouvertes
  • 200 volontaires en service civique
  • 3 019 étudiants bénéficiaires depuis l’ouverture
  • 1 823 200 € de produits distribués en équivalent prix standard
  • 63 tonnes de denrées vendues

Ici, on invite les jeunes à bien manger… pour pas cher ! Chaque mardi, le local propose un panier bio, local et de saison, que tous les étudiants, pas seulement les bénéficiaires de l’épicerie, peuvent acheter : 5 kilos de fruits et de légumes au prix de 5 euros. Même Laura, la volontaire en service civique, s’en prend un, nous glisse-t-elle tout sourire. Et c’est d’ailleurs en entendant un jour parler de cette offre spéciale qu’elle a connu l’AGORAé.

Imane Boukellal, sa collègue, a aussi découvert l’association en venant chercher un jour son panier. Cette ancienne étudiante en master Traitement des eaux était même bénéficiaire du programme avant de travailler pour la Faep. Et, en retour, elle a décidé de lui filer un coup de main. Si certains bénéficiaires ont sauté le pas de manière bénévole, afin de répartir les pommes et les poires dans les paniers bio, Imane a opté pour un service civique de neuf mois. Sa manière de participer à l’effort collectif. Entraide et solidarité.

* Prénom d’emprunt

D’autres initiatives

D’autres initiatives essaiment un peu partout en France. En voici quelques-unes.

 


 

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