Lundi 25 septembre, la ville de Gonesse a voté la modification de son Plan local d’urbanisme (PLU) en faveur d’un énorme projet de centre commercial et de loisir au nord de Paris. Un projet implanté sur des terres agricoles qui fait face à de nombreuses oppositions. Voici ce qu’il faut savoir sur EuropaCity.

C’est quoi ce projet ?

EuropaCity est un gigantesque projet d’activités de commerce et de loisir, au nord de Paris, au niveau du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise). Cette terre située entre les aéroports de Roissy et du Bourget est actuellement occupée par 750 hectares de champs céréaliers. Aucun logement ne peut y être construit en raison du bruit des avions. Porté par la société Alliages et Territoires, qui réunit Immochan, filiale du groupe Auchan, et le conglomérat chinois Wanda, EuropaCity doit y sortir de terre d’ici à 2024.

Sur 80 hectares, il prévoit la construction de 230 000 m2 de surfaces commerciales, 2 700 chambres d’hôtel, 20 000 m² dédiés à des activités de congrès, 50 000 m2 dédiés à des activités culturelles (une grande halle d’exposition, une salle de spectacle, un espace pour enfants) et 150 000 m2 consacrés aux loisirs (avec un parc à thème, un cirque, un parc aquatique et une piste de ski intérieure). Ce projet à 3,1 milliards d’euros serait le plus grand investissement privé en France depuis la construction de Disneyland Paris selon l’AFP, pour un objectif de 31 millions de visites annuelles. Rien que ça !

Ce complexe s’inscrit dans un projet plus global de 280 hectares, sur le Triangle de Gonesse, où doit également émerger une gare du futur Grand Paris Express et un immense quartier d’affaires avec des bureaux, des centres d’activité et de recherche, des hôtels, des commerces et des équipements sportifs et culturels, ainsi qu’un parc.

Pourquoi est-il critiqué ?

Dans la contestation à EuropaCity, c’est autant le projet de société (toujours plus de consommation), l’absence probable de retombées économiques et l’impact sur l’environnement qui sont dénoncés. La zone est déjà largement occupée par des centres de loisirs et commerciaux. Le centre O’Parinor à Aulnay et le complexe de 8,4 hectares Aéroville, à Roissy, se trouvent à moins de 10 kilomètres. Sur le plan environnemental, bien que le projet soit présenté comme « écoresponsable », ses détracteurs regrettent que le projet global fasse disparaître 280 hectares de terres agricoles parmi les plus fertiles d’Île-de-France, à l’heure où la demande de produits locaux ne cesse d’augmenter. Et le projet défendu par Immochan d’une « ferme urbaine » de 7 hectares dans son centre commercial ne les convainc pas.

C’est pour bientôt ?

Fin août, dans le cadre d’une enquête publique, le commissaire-enquêteur Ronan Hébert a émis un avis défavorable sur la révision du PLU de Gonesse pour ce projet. Il a notamment estimé qu’Europacity était « peu compatible avec la notion de développement durable » et que «les objectifs en matière d’emploi» du projet étaient «peu en phase avec le niveau de formation local». Autrement dit, que la création de nombreux emplois locaux, telle que le met en avant Immochan, n’était pas assurée. Pourtant, passant outre cet avis (qui n’avait pas de valeur contraignante), le conseil municipal de la ville de Gonesse, dirigée par le maire Jean-Pierre Blazy (PS) a voté la modification du Plan local d’urbanisme (PLU) dans la nuit de lundi 25 septembre à mardi 26 septembre. Les permis de construire sont censés être délivrés en 2018, pour des travaux commençant en 2019.

Mais les opposants n’en démordent pas pour autant. « Nous allons continuer la mobilisation et l’avis du commissaire-enquêteur ouvre une possibilité de contester par la voie juridique. C’est un avis très argumenté qui arrive après différents rapports de l’autorité environnementale également défavorables à EuropaCity. Cela va nous permettre d’avoir des arguments pour contester le PLU auprès du tribunal administratif, dans un délai de deux mois », nous explique Bernard Loup, président du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG).

Mercredi 27 septembre, la société Alliages et Territoires a présenté une refonte du projet, pour le rendre plus acceptable. L’idée d’un bâtiment s’apparentant à une forme de soucoupe a été abandonnée au profit d’une apparence qui ressemble plus à un quartier, avec  plusieurs bâtiments, dont huit (salle de concert, salle de cirque contemporain, centre culturel dédié au cinéma, cinq hôtels) font l’objet de concours d’architectes. Mais le fond du projet n’a pas changé. ” Le « parc des neiges » et sa piste de ski, qui avaient cristallisé une partie de l’opposition au projet, sont toujours prévus, sans être mis en avant dans la communication d’Europacity“, a indiqué l’AFP.

Quelles alternatives ?

Critiquer, c’est bien, proposer c’est encore mieux. Les opposants au projet plaident pour que le Triangle de 750 hectares reste dédié à l’agriculture, avec une transition vers un projet durable. Profitant de l’appel à projets “Inventons la métropole du Grand Paris”, le Groupement CARMA, rassemblant différents acteurs se réclamant de l’ESS, spécialistes de l’urbanisme et du monde agricole, dont le réseau AMAP, France Nature Environnement, Biocoop, Terre de Liens ou encore Fermes d’avenir, a imaginé un projet citoyen et agricole alternatif et crédible. L’appel à projet lancé par la préfecture d’Ile-de-France, la métropole du Grand Paris et la Société du Grand Paris concernait en fait 15 hectares de terrain dans le futur quartier d’affaires voisin d’Europacity. ” Nous savions que nous étions à côté mais nous avons voulu imaginer un projet qui ne concerne pas seulement la future ZAC (zone d’aménagement concerté, ndlr) de 280 hectares mais l’ensemble des 750 hectares de la plaine agricole actuelle “, nous explique Anne Gelle, administratrice pour Terre de Liens Ile-de-France.

Le groupement CARMA a  proposé la création, à cet endroit, d’un « hub de l’agriculture péri-urbaine », avec ferme maraichère, centre de formation, centre de ressources et couveuse, qui alimenterait les cantines scolaires, et réseaux en circuits courts. Le projet (consultable ici), n’a naturellement pas été retenu parmi les finalistes, même si le jury a jugé qu’il était « digne d’intérêt », selon Bernard Loup. Il a également été nominé pour le prix Convergences 2017, récompensant les projets à impact social et/ou environnemental. Le groupement CARMA travaille actuellement à une nouvelle présentation de son projet, clarifiant les aspects financiers et opérationnels. Les opposants à EuropaCity comptent bien continuer à défendre ce projet alternatif auprès des autorités, mais aussi auprès du grand public. Il sera ainsi présenté lors d’un événement intitulé « Des légumes, pas du bitume, pour sauver les terres agricoles près de Paris », organisé place de la République de la capitale, le dimanche 8 octobre.


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