TOUT COMPRENDRE – Dans les magasins spécialisés, les supermarchés, les caves, les restaurants, le vin dit “naturel” ne prend pas beaucoup de place, mais essaye de s’imposer à côté du conventionnel, largement majoritaire, ainsi que du bio ou du biodynamique. Il existe ni définition ni réglementation, mais de plus en plus de jeunes vignerons sautent le pas pour sauvegarder les vignes d’intrants chimiques.

En 2017, la production française de vin pourrait baisser de 18 % par rapport à 2016. C’est ce qu’a annoncé, le 25 août dernier, le service statistique du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. La récolte s’établirait alors à 37,2 millions d’hectolitres, ce qui correspond à une baisse de 17 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Ce chiffre est en partie expliqué par le gel du printemps de cette année. Le climat a touché tous les vignerons, tant ceux qui produisent du vin conventionnel que ceux qui ne jurent que par le bio. De plus en plus de vignerons franchissent le pas et optent pour du vin naturel. L’idée : moins polluer et sauvegarder la biodiversité.

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Les vignerons ne disposent pas de définition ou de législation précise, mais ils s’accordent sur quelques caractéristiques. Contrairement au vin conventionnel, les vignes ont poussé naturellement sans produit chimique, les vignerons n’utilisent aucun désherbage. Ils pratiquent les vendanges à la main et peuvent utiliser des chevaux pour éviter de trop tasser la terre. À ce titre, certains peuvent prétendre à obtenir le label Agriculture biologique, délivré notamment par Ecocert et surtout le label biodynamie, accordé par Demeter ou Biodyv, deux organismes qui exigent que les candidats aient au préalable obtenu la certification AB (dont les critères sont reconnus au niveau européen), voire de Nature & progrès. Ils demandent aussi que les vignerons soignent la terre pour éviter les maladies sur les vignes, et ce, à partir de plantes infusées, par exemple. Ces derniers, au passage, utilisent le calendrier lunaire pour savoir quand semer (ce qui influence la croissance de la plante, disent les connaisseurs). Toutefois, il y a une grande différence entre le conventionnel, le bio, le biodynamique et le naturel. Les vignerons qui font du vin naturel ont lors de la vinification ajouté moins (ou même pas du tout, pour certains) de dioxyde de souffre (appelé aussi sulfite).

Les différences Vin rouge conventionnel aux normes de l’Ue : 160 mg/litre de souffre Vin rouge issu de l’Agriculture biologique : 100 mg/litre de souffre Vin rouge biodynamique (Demeter) : 70 mg/litre de souffre Vin rouge selon l’Association des vins naturels : 20 mg/litre de souffre (30 mg/litre pour le vin blanc)
Pour ce vin naturel, ils n’existent pas de label. Mais de nombreuses sources, interrogées par UP, expliquent que la plupart des vignerons ne se soucient pas d’en obtenir. C’est que cela coûte « de l’argent », c’est aussi un brin compliqué, car c’est de « la paperasse » et, pour certains, presque un « nivellement par le bas » du niveau de vin dans la mesure où ils ne remplissent pas les critères permettant de bénéficier du certificat AB ou biodynamique (puisque sur-qualifiés).

Florissant ou pas ?

En l’absence d’une charte ou d’une définition commune, il est difficile de dire combien  on en trouve en France. La journaliste spécialisée dans le vin Julie Reux estime sur son blog  qu’il y a en France, environ “500 vignerons naturels”. Ces derniers conçoivent, d’après Denis Angaïs, le fondateur de l’association Naturellement vins (organisatrice de salon spécialisée et club de dégustations), « 1 % » de la production totale de vin sur notre territoire. Et ce, sachant que le vin bio représente 9 % du vignoble français, d’après l’Agence bio. Denis Angaïs ajoute que « ça bouge depuis quatre-cinq ans » dans tout le pays, y compris dans le bordelais, une région aux vignobles réputés et chers. « Les jeunes qui se lancent, notamment après reconversion, observe-t-il, s’implantent plutôt là où la terre n’est pas trop cher. »   Moins nombreux, certains “fils de” décident de rompre avec les vieilles traditions familiales du conventionnel pour suivre les pas de la philosophie biodynamique – ayant pour origine un homme, le penseur Rudolf Steiner – qui voit les exploitations agricoles comme un organisme vivant. « Cela crée des conflits entre père et fils », sourit Denis Angaïs. Certaines régions, aux terres moins onéreuses, ont pris de l’avance. C’est le cas du Languedoc et, surtout, de la région de la vallée de la Loire, où la journaliste Julie Reux a compté 150 vignerons, soit 30 % du nombre total en France.  Celle-ci a réalisé un sondage, paru en janvier 2017 sur son blog, auprès de ces vignerons « naturels » et les 52 ayant répondu s’occupent de 468,6 hectares, soit moins de 1 % de la superficie totale du vignoble de la vallée de la Loire. Par ailleurs, ils produisent, poursuit-elle, 0,5 % (13 996 hl) de la production de cette région. C’est peu, mais ça augmente : de 19 % entre 2010 et 2015, écrit-elle.

Découvrez le reportage sur le vin naturel de France 2 

Souvent, souligne Cédric Mendoza, il est difficile de les connaître. C’est pourquoi lui a décidé, en 2006, à une époque où le mouvement était encore vraiment confidentiel, de lancer le site web “Vins naturels” pour répertorier les bons vignerons (300 personnes environ sur sa plateforme), mais aussi les restaurants et les caves qui servent et vendent du vin naturel. Il a été suivi, plus récemment par Jean-Hugues Bretin, qui a lancé Raisin digital, une application mobile proposant le même service (mais forcément en utilisant une autre définition des vin naturel) en France, mais aussi au-delà (1 300 vignerons répertoriés). Ce dernier en est certain : le vin naturel, c’est l’avenir du vin. Pour lui, les vignerons encore réticents qui font du conventionnel seront « obligés de se remettre en question » en raison de « la pression des consommateurs » qui va en s’accroissant. Reste le prix du vin nature : selon la journaliste Julie Reux, il n’y a rien d’inabordable : 10-15 euros un peu près (pour les vignerons ayant répondu à son QCM).

Le bio en chiffres


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