Le réseau s’est déployé avant même la première Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), en France. Depuis 1991, les jardins de Cocagne, qui cultivent fruits et légumes biologiques sur l’ensemble du territoire français, accueillent des personnes éloignées de l’emploi pour les réintégrer dans le monde professionnel. Margaux Morin, responsable éditoriale du site du Réseau Cocagne, a répondu à nos questions.

En quoi le jardinage est-il un outil pro-insertion ? 

Margaux Morin : C’est un support d’insertion extrêmement valorisant, et ce, à plusieurs titres. D’abord, cela permet de voir l’évolution des plantes et de la culture de maraîchage, de la graine au panier. Au final, c’est concret… et utile, puisque cela représente une activité « positive » : nous nourrissons les consommateurs grâce à des légumes bio de qualité. En outre, c’est professionnalisant : même si l’objectif n’est pas de former les maraîchers de demain, les activités dans les jardins permettent aux salariés de développer des compétences transférables (notamment la préparation de commandes par exemple). Et, enfin, le travail de la terre a des vertus thérapeutiques indéniables.

Comment recrutez-vous ces personnes ? Et quelles sont leurs missions ?

MR : Nous les recrutons grâce aux prescripteurs sociaux, principalement Pôle emploi et les missions locales. Pour Cocagne, ils préparent les semences, sèment et plantent, entretiennent les cultures, soignent, récoltent, préparent les paniers, les distribuent, et vendent aussi au détail.

Rencontrez-vous des difficultés particulières ?

MR: L’enjeu, c’est d’avancer sur le projet professionnel et de lever les freins à l’emploi tels que l’aide pour la garde des enfants, l’obtention d’un permis de conduire, l’accès à un logement, tout en assurant la production des légumes. Souvent, les équipes encadrantes assistent à de réelles transformations : les personnes reprennent confiance en elles, elles sont fières de leurs activités quotidiennes…

Les Jardins Cocagne en France

A ce jour : 107 jardins dont 6 en projet 4 000 salariés en insertion chaque année 750 salariés permanents en France 1 840 bénévoles

Et après leur passage à Cocagne, que font-ils ?

MR:  Le temps de passage moyen d’un salarié en insertion dans un jardin est de 11 mois. Parfois, ils restent avec nous. Ce sont de belles histoires : certains salariés en parcours d’insertion ont intégré les équipes permanentes à des postes d’encadrement, de chef de culture ou sur des fonctions administratives ou d’animation.

Et les autres, que deviennent-ils ?

MR: Lorsqu’ils nous quittent, la moitié des salariés se dirige vers des emplois durables, de transition, des parcours d’insertion ou des formations principalement dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, de l’hôtellerie-restauration ou de l’agroalimentaire. Néanmoins, lorsque le retour ou l’accès à l’emploi se trouvent entravés par des difficultés sociales importantes rencontrées par la personne (au niveau de la santé, du handicap, du surendettement, etc.), le Réseau Cocagne oriente ces publics vers d’autres structures permettant de dispenser un accompagnement social. Un tiers de ces sorties concernent des mesures d’accès aux soins.

Un programme de recherche pour favoriser la sécurité alimentaire des populations vulnérables

Le programme de recherche « Agriculture urbaine et alimentation des populations vulnérables », mené par AgroparisTech et l’université Pablo de Olavide en Andalousie, est né en 2015. Comme son nom l’indique, ce projet vise à étudier et comparer l’émergence de projets d’agriculture urbaine en lien avec les populations vulnérables en Île-de-France et en Andalousie : « Qui ces projets concernent-ils ? Est-ce que ces jardins communautaires ou ces micro-fermes créent des emplois durables ? Pour qui ? Quels sont les destinataires finaux des productions ? » énumère Jeanne Pourias ingénieure de recherche et coordinatrice du programme pour parler des objectifs de cette étude. Pour ce faire, des jardins communautaires, aux pieds d’immeubles d’habitation, mais aussi des micro-fermes, en banlieue parisienne et près de Séville, sont suivis par l’équipe de recherche. Même s’il est trop tôt pour divulguer les résultats, qui seront publiés cet automne, des observations sont déjà disponibles. « Nous avons constaté que les personnes les plus vulnérables, celles qui auraient le plus besoin de ces productions, n’ont pas accès ou ne souhaitent pas avoir accès à ces jardins au pied de leur immeuble, résume Jeanne Pourias. Ainsi se pose la question de savoir comment encourager ces populations à s’emparer de ces jardins. Les épiceries sociales et solidaires, les associations d’aide alimentaire, les banques alimentaires sont des pistes à explorer ». Autre possibilité : vendre ces productions locales dans les supermarchés Carrefour de ces quartiers (la Fondation d’entreprise Carrefour soutient ce programme de recherche). Un modèle testé près de Séville et peut-être bientôt en Île-de-France. Alexandra Luthereau

La solidarité se cultive en ville

Dossier réalisé en collaboration avec la Fondation d’entreprise Carrefour. Depuis sa création en 2000, cette fondation d’entreprise accompagne l’insertion de personnes éloignées de l’emploi grâce à l’agriculture. En 2016, 15 projets de développement agricole, dont six potagers urbains, ont été soutenus à hauteur de 1,1 million d’euros. En plus de l’apport financier, la fondation accompagne les structures pour la production, la vente, la distribution, notamment dans les magasins de l’enseigne. La fondation s’adosse ainsi aux compétences de l’entreprise pour assurer un effet de levier et optimiser l’impact positif des programmes soutenus. Engagée dans le soutien de projets autour de l’alimentation à vocation solidaire ou humanitaire, en France et à l’étranger, la Fondation Carrefour s’est associée à UP le mag pour la réalisation de ces pages consacrées à l’agriculture urbaine. Zoom sur quatre projets soutenus par la fondation et centrés sur la lutte contre les exclusions.

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