Quatre ans après la publication d’un arrêté ministériel visant à limiter les pollutions lumineuses en ville, l’association nationale pour la protection du ciel nocturne (ANPCN) établit un bilan. Résultat : les villes ont fait des progrès, mais beaucoup d’autres encore restent à faire.

Que l’on ait l’âme poète ou pas, un ciel sans étoiles n’est pas l’idée que l’on se fait de la nuit. Pourtant, dans de nombreuses villes en France et dans le monde, les étoiles sont peu ou pas visibles. En cause notamment : la pollution lumineuse, c’est-à-dire ces excès de lumière artificielle pendant la seconde partie des jours.
Pour diminuer ce phénomène, un arrêté ministériel est entré en vigueur le 1er juillet 2013 pour limiter les éclairages inutiles la nuit. Il stipule que l’éclairage des bureaux professionnels, les façades des bâtiments, les vitrines des commerces soient éteints une heure après leur occupation pour les bureaux ou entre 1h et 7h du matin pour ce qui concerne les autres locaux. L’association nationale pour la protection du ciel nocturne (ANPCN) vient de publier, le 26 juin, le bilan de ces quatre années, élaboré à partir des plus de 500 constats réalisés sur le terrain par des bénévoles dans 13 grandes villes françaises. Résultat : peut mieux faire. Malgré des « améliorations notables », l’association déplore « des statu quo difficilement compréhensibles ».

Le bilan révèle ainsi qu’à Bordeaux 17 % des sites sont conformes à la réglementation et sont éteints après 1h du matin, 13 % le sont partiellement et 70 % ne sont pas du tout conformes.Tout comme Limoges, Marseille, Grenoble, Saint-Etienne, l’ANPCN estime que la ville de la Gironde à des progrès à faire. Paris est en position moyenne (39 % de sites conformes, 52 % de partiellement conformes, 9 % de non conformes), comme Lyon, Nice et Montpellier.

Impact sur la biodiversité

Pour avancer encore dans cette lutte contre la pollution lumineuse, l’association rappelle également que les « progrès ne s’effectueront pas sans une forte mobilisation des autorités. Qu’il n’y ait de la part de l’Etat, comme des collectivités, aucune mesure prise pour effectuer le suivi de la réglementation publique constitue une négation des impacts des nuisances apportées par le sur-éclairage aux Français et à l’environnement ». L’ANPCN rappelle par ailleurs qu’entre 1960 et 2015, ne serait-ce que l’éclairage lumineux public a presque doublé, que ce soit en terme de nombre de points lumineux ou de quantité globale de lumière émise.

Toute cette lumière artificielle la nuit a un impact sur la biodiversité de la faune et des animaux, qui a besoin d’une alternance jour/nuit. Le manque d’obscurité et une luminosité trop forte la nuit peut perturber les cycles biologiques et les relations prédateurs/proies, la pollinisation par les insectes diurnes, les déplacements d’animaux, leur reproduction… La luminosité peut également contribuer à la fragmentation des des habitats terrestres, aériens et aquatiques. De son côté, l’Homme n’est pas épargné. Les nuisances lumineuses peuvent diminuer la qualité et la quantité de sommeil et donc dérégler son horloge biologique et hormonale. D’un point de vue économique, respecter la réglementation de 2013 permettrait également de baisser la facture d’électricité des communes de 25 à 75 %.


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