Des étudiants de l’IRIS ont constitué des binômes avec des réfugiés pour pratiquer le badminton grâce à la mobilisation de clubs de la ligue Île-de-France de ce sport, entre mars et juin. Retour sur cette expérimentation qui pourrait être répliquée.

« Je sais que le terme “vivre ensemble” est galvaudé, mais en réalité, quand on le prend concrètement, c’est ça, Vivre ensemble : partager un moment – ici, en l’occurrence -, s’affronter. À partir de là, le processus d’intégration prend sens, l’autre est reconnu comme son semblable. » C’est en ces mots que Fathia Mlati, directrice de l’intégration à France terre d’asile, une association œuvrant pour l’accueil et l’intégration des réfugiés, décrit, lors d’une conférence organisée mardi 20 juin sur le sujet à l’IRIS  (l’Institut de relations internationales et stratégiques), le projet ” Les volants de l’union “, mené en partenariat avec des étudiants de l’IRIS, l’association Solibad et la Fédération française de badminton.

« Depuis 2015, on a été secoué par l’arrivée massive de personnes en Europe, avec des réactions hostiles dans la société civile, mais aussi un élan extraordinaire de nouveaux acteurs qui s’intéressent à ces questions. Tout l’enjeu pour nous, c’est d’oser la juste complémentarité. C’est la première fois qu’on nous a proposé un projet avec du sport », souligne Fathia Mlati. Certes, comme le précise Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS, «le sport n’est pas une baguette magique » et doit être pensé « en complémentarité avec d’autres outils », mais il peut être un puissant outil d’intégration. C’est la raison pour laquelle, de mars à juin 2017, 12 binômes et 4 trinômes, réunissant des étudiants de l’école de l’IRIS, IRIS Sup’, et des réfugiés statutaires de 22 à 35 ans, ont pu pratiquer le badminton, gratuitement, dans 13 clubs de la ligue Île-de-France de badminton.

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“Aller au delà du simple fait de jouer”

Ainsi, Agathe, étudiante à l’école de l’IRIS, a échangé régulièrement quelques volants avec une réfugiée syrienne de 28 ans les mercredis soir au club de Pantin. Les deux femmes étaient débutantes, mais elles ont progressé ensemble en suivant les entraînements. Pour Agathe, « le but était d’aller au delà du simple fait de jouer, mais aussi de discuter, d’échanger, pour que les réfugiés ne se retrouvent pas uniquement entre eux». « Même si, sur le terrain, on est sportif avant d’être réfugié, cela a aussi permis de sensibiliser les autres joueurs du club à la question des réfugiés », souligne Violaine, qui a pour sa part constitué un binôme avec un Afghan de 28 ans, au club de Barbès.

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Pour Philippe Limouzin, directeur technique de la Fédération française de badminton, il était naturel que cette discipline s’engage, tant le badminton est « une histoire de partage et de main tendues ». Selon lui, la force de ce sport, très pratiqué dans les écoles, est d’être « accessible et mixte ». Après cette première action, les différents partenaires vont faire un bilan, pour réfléchir à sa déclinaison, peut-être à l’échelle nationale. « Demain, ce qui m’intéresse, c’est que notre fédération s’interroge sur la manière dont nous pourrions modifier notre licence », affirme Philippe Limouzin. Certains imaginent par exemple une sorte de « licence solidaire ». Mais le directeur technique insiste sur le fait que, pour élargir cette action au plus grand nombre, il faudra des moyens humains, et plus d’espaces pour pratiquer, car certains gymnases sont déjà pleins.

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