En 2009, Thierry Morfoisse, chauffeur de profession, est décédé d’une crise cardiaque sur son lieu de travail. Sa famille a lancé une procédure judiciaire pour faire reconnaître ce décès comme accident du travail, causé par la toxicité des algues vertes bretonnes. Le Tribunal de la sécurité sociale vient d’ordonner l’ouverture d’un débat entre la famille et la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) qui permettra de déterminer qui, des deux parties, devra prouver les causes du décès. Le résultat pourrait marquer le début de la reconnaissance de la dangerosité de l’algue pour les humains. 

En plus des amoureux des baignades, d’autres espèces prolifèrent sur les plages bretonnes chaque année, à la belle saison : les algues vertes. Plusieurs milliers de tonnes de ces ulves sont ramassées sur le littoral tous les ans. En effet, si elles sont inoffensives fraîches, au bout de 48h elles commencent à pourrir et à dégager du sulfure d’hydrogène, un gaz très toxique. C’est la mort d’un cheval en 2009 qui a d’ailleurs poussé l’Agglomération de Saint-Brieuc à organiser le ramassage de ces laitues de mer, à partir du printemps.

Plus grave encore, elles pourraient avoir également causé la mort d’un chauffeur en 2009. C’est ce que sa famille entend prouver. Thierry Morfoisse est mort à la déchetterie de Lanay-Lantic après être descendu de son camion, lequel transportait des algues pourrissantes ramassées sur la plage de Blinic dans les Côtes-d’Armor. Depuis, une bataille juridique est engagée pour imputer l’arrêt cardiaque de cet homme de 48 ans, sur son lieu de travail, au sulfure d’hydrogène. Et donc déclarer cette mort comme accident du travail.

L’affaire vient de connaître une avancée certaine. Le 15 juin, le tribunal des affaires de la sécurité sociale (TASS) a demandé la réouverture du débat pour savoir à qui appartient d’apporter la preuve de lien de causalité, entre la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ou la famille de Thierry Morfoisse. Les deux parties seront entendues dans une prochaine séance, le 19 octobre. Autrement dit, si les arguments de la famille Morfoisse sont entendus, ce sera à la CPAM de prouver qu’une autre cause, que l’intoxication par les ulves, a provoqué le décès.

Des indemnisations ?

Cette décision pourrait à terme permettre à la famille d’obtenir des indemnisations. Pour les opposants d’une agriculture intensive en bretagne, révélée être à l’origine de la prolifération de ces algues vertes par l’Ifremer, ce serait un grand pas en avant pour étayer leur position. Et peut-être permettre une meilleure sensibilisation des agriculteurs, notamment, pour faire évoluer leurs pratiques dans la région. En creux, se dessine une bataille idéologique avec d’un côté les tenants d’une production intensive avec bien sûr sous-jacentes les questions d’emploi et de production agricole ; et de l’autre, les défenseurs de l’environnement.   

 D’où provient le phénomène des algues vertes en Bretagne ? Les algues vertes se nourrissent de nitrate, que l’on retrouve dans les cours d’eau. En Bretagne, des scientifiques ont établi que la fertilisation des terres par épandage d’engrais azotés et de déjections animales est responsable à 90% des flux de nitrates dans les eaux. Plus l’eau contient des nitrates, plus les ulves peuvent se développer. D’autres conditions favorisent encore leur prolifération comme l’ensoleillement et l’absence de tempête, qui ne permettent pas la dispersion des algues. Ainsi les quantités d’algues seront-elles différentes d’une année à l’autre. En 2017, à la faveur d’un hiver calme et d’un printemps particulièrement ensoleillé, ayant réchauffé les eaux, la prolifération d’ulves est importante. Le ramassage sur le littoral breton a d’ailleurs démarré plus tôt cette année, dès avril, plutôt que juillet ou août d’ordinaire.  
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