LA QUOTI DU SAMEDI – Parce que de nombreuses solutions locales méritent d’être mises en lumière, UP le mag vous propose de retrouver, chaque samedi, un focus sur une initiative solidaire et durable… en région !


P récarité ne rime pas avec laisser-aller ! Cela fait six ans que l’institut de beauté parisien Joséphine a ouvert ses portes à des femmes démunies. Des clientes désireuses de se réconcilier avec leur image et autour desquelles une équipe de professionnels s’affaire pour redonner coup d’éclat et estime de soi. Reportage.

Le pas est hésitant, mais la volonté est là. Mère célibataire de 50 ans, c’est la première fois que Faiza pousse la porte de l’institut Joséphine, situé dans le quartier de la Goutte d’or, dans le 18e arrondissement de Paris. Elle est accompagnée d’Aurore, technicienne d’intervention sociale. « Tu vas voir, ce lieu est magique ! », la rassure-t-elle, en s’installant dans le canapé rococo de la salle d’attente.

« Je vous offre un café, un thé ? », invite chaleureusement Jadwiga Frassoni, la coordinatrice du salon. Avec sa robe bleue nuit, cette petite dame blonde au regard bienveillant, rehaussé par de grandes lunettes orange, rappelle la bonne fée de Cendrillon. C’est qu’elle est aux petits soins pour chacune de ses clientes, entre 7 et 8 chaque jour.

Une cinquantaine de bénévoles gravitent autour du Salon Joséphine de Barbès qui, depuis 2011, a reçu 6 000 femmes. @France4

« Ici, on accueille des femmes de tous âges, et de tous bords : des mères célibataires, sans emploi, SDF, des prostituées, des étudiantes, des journalistes, ou des médecins », confie Jadwiga. Ancienne cliente, puis bénévole, elle est désormais l’unique salariée du salon et s’occupe des tâches administratives, et du ménage. Elle est ainsi chargée de recevoir toutes les fiches de liaison. Un document rempli au préalable avec une assistante sociale par chaque cliente qui informe sur sa situation actuelle et les objectifs de sa prescription.

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« Le rouge vous va si bien »

« Je n’ose jamais vraiment les couleurs, je porte surtout du noir », laisse échapper Faiza devant le miroir du showroom, situé entre l’espace coiffure et le cabinet d’esthétique. Chez Joséphine, on commence généralement par passer entre les mains expertes de Priscille, la conseillère en image. « Mon but, c’est de définir avec la cliente la couleur et la forme qui lui va le mieux. » Styliste-costumière le reste de la semaine, elle vient le lundi offrir ses conseils vestimentaires.

« Je vous propose d’essayer ce pantalon kaki avec ce chemisier en soie écrue. Ensuite, on tentera cette robe rouge », entreprend Priscille, le nez farfouillant dans des rangées de vêtements donnés par des associations. Convaincue par la première tenue, Faiza se laisse séduire par la robe, malgré l’appréhension d’être « trop moulée » : « Vous savez, à mon âge, on a du ventre… » Priscille ne constate qu’une chose : « Le rouge vous va si bien. » Faiza esquisse un sourire : « C’est vrai que ça égaye mon visage. »

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Se retrouver pour retrouver un emploi

Faiza passe ensuite à l’espace coiffure tenu aujourd’hui par Lisa. Depuis deux ans, cette jeune coiffeuse dédie son jour de repos à Joséphine : « Ce qui me plaît ici, c’est qu’on prend le temps avec chaque cliente. On n’a pas le diktat du rendement contrairement à un salon classique. » Faiza voudrait tenter une nouvelle teinture. « Du rouge ? », plaisante Aurore. « Les cheveux quand même pas », sourit-elle, complice.

Coiffeuse de studio pendant 25 ans, Lucia Iraci a travaillé pour les plus grands noms de la mode, avant de fonder l’association Joséphine. @Auféminin

À chaque coupe, une contribution de 3 euros est demandée et 1 euro pour chaque prestation supplémentaire : maquillage, épilation, etc. « On propose aussi des ateliers avec un coach emploi, des cours de sophrologie, et des entretiens avec un psychologue », rajoute Lucia Iraci, à l’origine du salon et de l’association Joséphine. Autant de services pour qu’elles puissent retrouver confiance et estime d’elles-mêmes, et se réinsérer dans la société. »

Après une longue dépression, Angélique est déterminée à retrouver un travail dans le secteur de la vente. « Et ça passe par mon image, affirme cette maman de 37 ans, venue pour une couleur. Mon fils est handicapé. Jusqu’à ce que je trouve une place dans un centre médical spécialisé, je devais m’en occuper seule avec un RSA. Je n’avais même pas l’idée de prendre du temps pour moi. » C’est aujourd’hui la troisième fois qu’elle vient au salon, et apprécie le fait d’ « être chouchouter sans être jugée », avant de conclure : « Me sentir belle, cela ne m’était pas arrivé depuis 10 ans. J’ai l’impression que rien ne peut me résister. »

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Le vœu de se multiplier

Seul petit bémol : c’est un peu loin de chez elle. Angélique habite dans le Val d’Oise et met presque deux heures pour venir. “Nous avons un autre salon à Moulins dans l’Allier, mais on doit encore essaimer partout en France parce qu’il y en a vraiment besoin”, martèle Lucia Iraci. Grâce au Groupe SOS*, que l’association a récemment rejoint, elle commence d’ailleurs à élargir le champ des dotations. Depuis six ans, elle en reste convaincue : “Je suis sûre qu’on y arrivera !

* Le Groupe SOS édite également UP le mag.

L’Association Joséphine participe à la deuxième édition de la Fabrique Aviva. L’objectif pour Joséphine est d’obtenir un maximum de votes du grand public d’ici le 11 avril pour faire partie des finalistes et espérer remporter 50 000€. 

Pour voter : https://lafabrique-france.aviva.com/voting/projet/vue/17-712

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