LA QUOTI DU SAMEDI – Parce que de nombreuses solutions locales méritent d’être mises en lumière, UP le mag vous propose de retrouver, chaque samedi, un focus sur une initiative solidaire et durable… en région !


Et si nos bonnes vieilles routes en bitume devenaient plus intelligentes ? Et si elles permettaient de produire de l’électricité ou faire des économies d’éclairage ? La société Colas, leader dans la construction de route, a planché sur deux projets innovants.

Le soleil éclaire une route normande

Il fallait une inauguration digne de ce nom pour cette grande première mondiale, l’ouverture d’une route solaire ! Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, s’est rendue en décembre dernier en Normandie en personne pour ce grand événement. Il faut dire que l’État a investi 5 millions d’euros dans cette voie du futur, développée par le géant de la construction Colas et dénommée Wattway.

2 800 m² de dalles photovoltaïques ont été posés sur le bitume d’une départementale, dans l’Orne à Tourouvre-au-Perche. La chaussée made in France a une durée de vie de 15 ans, et elle est censée résister au passage des poids lourds. L’idée : que l’électricité, produite grâce au soleil, rejoigne directement le réseau de distribution local.

France 24 rapporte que cette technologie peut « permettre de produire l’équivalent de l’éclairage public d’une ville de 5 000 habitants ». Et Pascal Duhoo, le directeur business et développement de Wattway, d’apporter cette précision dans Le Parisien : « Ce revêtement peut servir de complément d’énergie sur des aires d’autoroute, dans des centres de vacances ou des zones isolées non raccordées au réseau électrique. »

Le quotidien parisien rapporte néanmoins des propos plus critiques, venant du président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Jean-Louis Bal s’interroge. « Quelle sera la durée de vie de ce produit et quelle quantité d’énergie produira-t-il alors que la route va se salir, sera parfois enneigée et à l’ombre quand les véhicules passeront dessus ? » Et, pour l’instant, la méthode (l’intégration de la dalle dans le bitume) a un coût : 5 millions d’euros par kilomètre. Beaucoup pour une commune d’un peu plus de 1 500 habitants… Bien que cela puisse alimenter l’éclairage public, voire même les feux de signalisation, le rendement énergétique est incertain.

En tout cas, la ministre affirme son soutien et souhaite que la technologie se développe sur d’autres territoires. En attendant, le journal Le Perche écrit que cette route attire des badauds, curieux de la toucher pour se rendre compte de « l’effet granuleux ».

Explications du fonctionnement de la route par son constructeur.

À Limoges, roulez sur de la porcelaine recyclée

Le géant de la construction Colas s’est aussi lancé dans les routes conçues à base de… porcelaine recyclée (à 30 %). L’entreprise d’entretien des infrastructures a récupéré des morceaux d’assiettes chez des fabricants, comme Bernardaud, pour rénover, il y a quelques mois, une partie de voie à Limoges. Dans la capitale de la porcelaine, cela permet de réutiliser, plutôt que jeter, les rébus de céramique.

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De la porcelaine dans le goudron ! Crédit : Colas

Autre avantage, la céramique réfléchit la lumière et permet un meilleur éclairage. « Plus les voitures roulent sur ce type de revêtement, plus la porcelaine est décapée, plus elle est visible », explique Colas dans Le Populaire. Carole Cheucle, directrice générale adjointe à l’agglomération de Limoges du centre, renchérit, dans le même article : « Nous allons pouvoir diminuer l’intensité lumineuse des lampadaires, et c’est écologique puisqu’il s’agit de matériaux recyclés. Nous espérons une économie d’énergie de l’ordre de 50% ».

Mais l’initiative sera-t-elle amenée à être exportée, voire généralisée sur des portions plus grandes ? Pas si sûr. Si une autre artère de 5 km sera rénovée dans quelques mois, toujours à Limoges, et que le procédé « est satisfaisant en termes de sécurité », selon Jacques Senant, le directeur de Colas, il s’agissait avant tout d‘un test qu’un laboratoire ne pouvait pas offrir. « Il est certain que nous ne construirons pas dans l’avenir des autoroutes en porcelaine », poursuit-il. Le système, qui surfe positivement sur un principe d’économie circulaire, ne mérite-il pas un autre destin ? Dommage.

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Retrouvez l’article “Et la lumière… bio fut !” dans la 13ème édition de UP le mag

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