10 territoires en France viennent d’être sélectionnés pour participer à l’expérimentation « Zéro chômeur longue durée ». Voici comment fonctionne ce dispositif.

Communes, communautés de communes ou quartiers s’engagent à proposer, à toutes les personnes privées d’emploi qui le souhaitent, un emploi, en CDI, adapté à leurs savoir-faire, à temps choisi. Voici le principe du projet Territoires zéro chômeur de longue durée. 10 territoires, du Nord au Sud de la France, dans des zones urbaines ou rurales de 5 000 et 10 000 habitants, viennent d’être sélectionnés parmi 42 candidats pour participer à l’expérimentation de ce dispositif. Les premières embauches devraient débuter durant le premier trimestre de 2017.

Cette idée ne date pas d’hier. Elle a été imaginée, il y a plus de 20 ans, par Patrick Valentin, un homme investi dans le domaine de l’emploi et de l’insertion depuis plus de 40 ans. La naissance des « Centres d’aides par le travail » (entreprises adaptées aux personnes en situation de handicap, aujourd’hui appelés ESAT), dès 1975, a été chez lui un déclic. « Le but de ces activités étaient de proposer des emplois. J’ai été enthousiasmé devant le fait que notre pays ait pu concevoir l’emploi comme un droit et un produit de première nécessité sociale », raconte-t-il.

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Halte aux idées reçues

« J’ai pensé à une méthode qui renverse les idées reçues : personne n’est inemployable, les chômeurs ne sont pas incapables, les travaux utiles ne manquent pas et les budgets existent puisque le chômage entraîne des dépenses pour la collectivité. » En 1994, il décide de lancer une expérimentation locale de la méthode « zéro chômage longue durée » avec le maire de la commune de Seiches-sur-le-Loir (Maine-et-Loire), l’un de ses amis. Mais, grosse déception, le préfet refuse. Il faudra attendre 2003, pour que la loi autorise « l’expérimentation législative » locale, puis 2011, pour qu’il se joigne à ATD Quart Monde pour étoffer et relancer son idée. Finalement, en février 2016, la loi autorisant l’expérimentation du projet est votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Il ne s’agit pas de distribuer des jobs à tour de bras par simple générosité, mais d’allouer le coût de la privation d’emploi à la création d’emplois utiles aux territoires. Concrètement, selon une étude réalisée par ATD Quart Monde, une personne privée d’emploi coûte à l’État environ 75% du smic. Il s’agit d’utiliser cette somme pour financer une partie des salaires. Le reste des fonds sera apporté par d’autres sources de financement tels que les territoires, les départements, mais aussi des fonds privés…

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Des nouveaux services locaux

…Sans oublier la richesse générée par les emplois créés ! Les territoires retenus vont monter des « Entreprises à but d’emploi », un nom qui désigne les structures qui serviront à embaucher les personnes volontaires, pour des missions variées, utiles et solvables, qui correspondront à leur profil. Cela peut aller de l’entretien d’espace vert, l’aide à l’organisation d’événement ou des activités de maraîchage.

La répartition des financements est « un ordre d’idée », précise Loïc Hamon, chargé de communication chez ATD Quart Monde. « Ça va être du cas par cas. Il y a des engagements plus ou moins importants des comités départementaux au niveau des régions etc. Mais dans tous les cas, il y a cette nécessité de ne pas tout attendre de l’argent donné par l’État », affirme-t-il.

Une vidéo de la ville de Thiers explique comment les missions ont été définies.

À Villeurbanne, par exemple, le projet sera déployé dans un quartier enclavé de 3 500 âmes. « Tout a été fait en co-construction dès le départ, avec les habitants, les entreprises d’insertion, les entreprises conventionnelles, la mission régionale d’information sur l’exclusion etc. Cela a permis de faire émerger des dynamiques auxquelles nous n’avions pas pensé. Le projet rassemble déjà une quinzaine de personnes mobilisées, soit à titre bénévole, soit à titre professionnel », se réjouit Agnès Thouvenot, adjointe déléguée à l’emploi et l’insertion, l’économie solidaire à Villeurbanne.

Côté emploi, plusieurs pôles d’activité de l’économie solidaire ont été identifiés dans ce quartier : la création d’une « super-conciergerie » de quartier (offrant des services de courses, des pédibus et des petits travaux), du coaching scolaire et des métiers liés à l’économie circulaire, c’est-à-dire tout ce qui est lié au réemploi de matériaux et au recyclage. « À chaque fois, nous veillons à ce que les missions créées ne concurrencent pas des entreprises déjà existantes », précise Agnès Thouvenot. Ce sera l’occasion « d’incuber » certains projets. Il y a par exemple l’idée de tester le retour des consignes de verre. L’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée, c’est aussi l’expérience de nouveaux services qui bénéficieront à tous.

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