Ils sont vantés pour leurs bienfaits pour la santé… mais leurs conditions de production font débat. Pour le consommateur, pas toujours facile de s’y retrouver parmi les différentes injonctions du concept flou du « bien-manger ».

Manger moins d’aliments sucrés pour sa santé, moins de viande pour la planète, moins de produits animaux pour des raisons d’éthique… Les appels à modifier nos régimes alimentaires ont amené de nouveaux produits dans nos assiettes, présentés comme plus sains. C’est le cas par exemple de l’avocat et du quinoa. Ces deux-là ont pour point commun de susciter aujourd’hui des critiques liées à leurs conditions de production. Des exemples qui illustrent bien que critères de santé ne riment pas toujours avec développement durable.

L’avocat est un peu la star des recettes vegan. Sa texture permet de remplacer des aliments issus d’animaux tels que la crème. Seulement, ses valeurs nutritives indéniables ne doivent pas faire oublier où et comment il est produit. Ainsi, cet été, Le Monde relatait comment, au Mexique, le boom de « l’or vert » provoque la « déforestation massive et profite au crime organisé ». Plus récemment, une enquête de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, reprise par Courrier International, levait le voile sur les conditions de production de ce fruit en Afrique du Sud, dénonçant, entre autres, son impact sur l’environnement. Sa culture exige notamment une grosse consommation d’eau, 1 000 litres pour deux avocats et demi, quand 180 litres d’eau suffisent pour faire pousser un kilo de tomates.

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Loin des yeux, loin du cœur

Autre aliment star des régimes dits « sains », car sans gluten et riche en protéines, le quinoa suscite des critiques similaires à l’avocat. Un reportage de Libération racontait récemment comment la flambée des prix du quinoa, suivie d’une chute depuis deux ans, laisse un goût amer en Bolivie et au Pérou. Les producteurs péruviens, en particulier, se sont tournés vers une production intensive de la graine, avec un usage massif de pesticides qui s’est finalement retourné contre eux.

Pour Bruno Parmentier, auteur de Faim zéro, en finir avec la faim dans le monde (2014, La Découverte), il faudrait être « naïf » pour croire que les conditions de production de certains pays tropicaux aux structures sociales instables sont toutes roses. « Manger sainement n’exclut pas le fait que le monde est dur et injuste. Les régimes peu démocratiques restent ce qu’ils sont. À partir du moment où la demande augmente, les prix montent pour les pays pauvres, et donc leurs voisins, c’est un fait », affirme-t-il.

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Des producteurs de quinoa au Pérou en 2007. Wikipedia/cc/Michael Hermann

Certains médias ont écrit que les populations locales ne pouvaient plus manger de quinoa car il est devenu trop cher. Une affirmation que récuse Thierry Winkel, chercheur en agroécologie à l’IRD, ayant travaillé plusieurs années en Bolivie sur le sujet. Selon lui, « en Bolivie, le quinoa n’a jamais été un aliment de base comme peut l’être le riz en Asie. Il a toujours été utilisé comme complément, par exemple une cuillère dans la soupe ». De plus, dans le pays, la consommation de produits exportés, comme les pâtes, date d’avant le boom du quinoa, dans les années 70. Elle a été introduite via l’aide alimentaire internationale et adoptée par les populations pour des raisons pratiques. Thierry Winkel rappelle qu’en Bolivie, la production de quinoa a débuté dans des réseaux bios et équitables. Il estime que ce marché « a sorti des populations de la misère » et que, surtout si on reste dans le commerce équitable, il n’y a pas de souci éthique à acheter ce produit. Pas de boycott donc, pour peu qu’on fasse attention à ce qu’on achète ?

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Local, oui mais…

Le consommateur perdu pourrait considérer qu’il faut mieux se rabattre sur des productions locales. Il est en effet clair que plus la production est proche, moins les conditions de travail et l’impact environnemental du produit sont opaques. De plus, consommer local permet de réduire les distances de transports émetteurs. Mais là encore, tout n’est pas si simple et le quinoa est un bon exemple. En France, l’Américain Jason Abbott s’est lancé dans la production du quinoa en Anjou. Une production non-bio, émettrice et accompagnée d’un brevetage des semences. L’agronome a l’exclusivité sur le commerce et la culture des 3 variétés qu’il produit. Est-ce mieux en termes environnemental et social ? Pour l’avocat en revanche, c’est plus simple, en France, seule la Corse en produit, et en bio !

Équitable, bio, bon pour la santé, local… tous ces aspects positifs ne se combinent pas toujours, malgré la confusion qui est parfois entretenue dans la tête des consommateurs. Voilà pourquoi le seul moyen de s’y retrouver est de bien lire les étiquettes, pour acheter en toute connaissance de cause. On notera, en tout cas, que soutenir un maraîcher, en souscrivant des achats de panier de légumes via une AMAP, permet d’avoir des fruits et des légumes de saison, produits localement, dans le respect de l’environnement. Et pas de souci à se faire pour la santé… les pommes et les betteraves sont elles aussi très riches en vitamines.

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Retrouvez l’article “Le bio s’installe durablement” dans la 13ème édition de UP le mag

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